‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 163 sur 297 · Jùl., Or. 8, passim. — Liban., Or. 10, p · texte numérisé non relu

Jùl., Or. 8, passim. — Liban., Or. 10, p

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il était timide sur le champ de bataille, et n'avait d'art que pour tourner des phrases à sa propre louange : on verrait bien le peu qu'il valait, si on le laissait faire tout seul. » II n'en fallut pas davantage pour qu'un ordre de rappel fût envoyé sur-le-champ à Salluste, qui reçut un commandement en Thrace; et Julien apprit avec une douloureuse surprise qu'il était privé de son ami1. La haine avait frappé juste. Son désespoir fut violent, bien que contenu. Il l'exhala dans une lettre, qui servit à la fois d'épanchement à sa douleur et d'exercice à sa rhétorique. Les souvenirs classiques s'y mêlent étrangement à l'accent d'un sentiment vrai et au cri d'un cœur navré.

« 0 cher ami, s'écrie-l-il, si je ne te disais ce que je ne cesse de me dire à moi-même depuis que j'ai appris ton départ, je me priverais de toute la consolation qui me reste... Nous avons tout partagé, douleurs, plaisirs, actions, discours, affaires privées et publiques, repos du foyer et agitation des camps : il faut que nous trouvions, en commun, un remède au mal présent, quelque grand qu'il soit. Mais qui saurait imiter la lyre d'Orphée, ou répondre aux chants des sirènes? Qui pourrait découvrir un nouveau népenthès , pour verser l'oubli des maux?.... Je ne sais en vérité comment il

1. Amm. Marc, xvn, il. — In odium venit cum victoriis suis, capella, non homo : ut hirsutura Julianum carpentes, appeUantes loquacem talpam et purpuratum simiura et litterionem graecura...., ut segnem incusantes et timiduni et umbratilem, ges Laque secus verbîs comptioribus exornantem.

se fait que le chagrin et la peine naissent toujours de la même source, et se succèdent l'un à l'autre. Mais c'est l'opinion du sage que les événements les plus tristes et les travaux les plus laborieux doivent apporter à l'homme de sens autant de jouissances que de peine. Les abeilles du mont Hymette tirent des herbes acides une douce rosée dont elles font du miel. Les corps sains et robustes se nourrissent de tous les aliments qu'ils rencontrent, et ceux qui paraissent le plus nuisibles , nonseulement ne leur nuisent pas, mais se tournent pour eux en nouvelles forces... Et de même les âmes qui ont une santé forte (je ne parle même pas de la vigueur d'Antisthène ou de Socrate, ou du courage de Callisthène, ou de la patience de Polémon) parviennent à trouver quelque joie dans l'âpreté même du malheur. Mais , pour moi, j'ai fait une triste expérience de moimême, lorsque j'ai appris ton départ. Ma douleur fut égale à celle que j'éprouvai le jour que, tout enfant, on m'enleva mon précepteur. Tout m'est revenu à la fois en mémoire : les fatigues que nous avons partagées, ces affectueux saluts de chaque jour d'une tendresse si sincère, ces entretiens tout pénétrés de vérité et de justice , cette communauté d'efforts pour le bien, cette même ardeur, ce même courage à résister contre les méchants , une telle union des cœurs, une telle ressemblance des mœurs, une telle confiance d'amitié , et je me suis rappelé le vers d'Homère : Ulysse est maintenant abandonné ! — C'est

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à ce héros que je suis semblable. Pour toi, un Dieu l'a retiré, comme autrefois Hector, du milieu des traits que dirigeaient contre toi les sycophantes. À vrai dire , pourtant, c'était moi qu'ils cherchaient à travers toi, car ils ont su que je n'avais qu'un point vulnérable, et qu'ils ne pouvaient m'atteindre qu'en me privant d'un ami fidèle, mon défenseur intrépide et le compagnon infatigable de tous mes périls... Que ma douleur soit juste, privé que je suis, non d'un ami seulement, mais de quel appui , Dieu le sait ! je pense que Socrale lui-même, le héraut et le maître de toute justice, ne le contesterait pas, du moins autant que je le puis conjecttirer d'après les discours de Platon qui nous le font connaître. Platon dit, en effet: ce Gouverner la chose « publique m'a toujours paru la plus difficile de toutes « les tâches, car on ne peut gouverner sans amis et « sans compagnons fidèles, et de telles gens ne se « trouvent pas aisément. » Que si cette tâche a paru à Platon plus difficile que de percer le mont Àthos , que faut-il que j'en pense , moi qui suis plus éloigné tic sa sagesse et de sa prudence qu'il n'était lui-même clc Dieu?... Vers quel ami bienveillant me tournerai-je aujourd'hui? À qui permettrai-je de me traiter avec une noble franchise? Qui est-ce qui me conseillera avec prudence, me réprimandera avec douceur, et tournera mon âme sans faste et sans arrogance vers toutes les choses honnêtes 1 ? »

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