Jul., Ep. xi, p. 385 et suiv
2. Oribase, Œuvres publiées par MM. Coussemaker et Darcmberg. Paris, 1851, i vol., p. 1. — L'ouvrage est précédé d'une dédicace à Julien.
conseils. Quelques-uns venaient le voir, et il les recevait avec empressement 4. Mais c'était avec Salluste surtout que son cœur s'ouvrait. Tout était commun entre eux, le goût des armes, la passion des lettres et la croyance religieuse. Plus heureux que son souverain, Salluste n'avait pas l'obligation de feindre pour la foi chrétienne un respect qu'il n'éprouvait pas. Tandis que Julien étaii encore obligé de laisser mettre son nom en tête des éditqui consacraient les immunités épiscopales, ou proscrivaient les augures2, Salluste, n'étant pas roi, avait la liberté d'être païen. Nul doute qu'il n'en usât pleinement , et que ce ne fût là le principal attrait qui lui valait la confidence intime de son jeune maître. Comme il se trouvait toujours à ses côtés, au camp comme à l'élude, cette communication constante avait fait naître entre eux une de ces amitiés à la mode antique, que Julien aimait à mettre sous l'invocation d'Oreste et de Pylade, d'Achille et de Patrocle, d'Épaminondas et de Pélopidas. Quelques mots feraient croire que Salluste joignait aux croyances païennes ordinaires ce culte bizarre de Mithra qui s'adressait particulièrement à l'astre du jour, et semblait vouloir éclairer l'âme de ses rayons. Ce serait alors dans ces longs épanchements de l'amitié que Julien aurait puisé la dévotion qu'il
1. Jul., Ep., p. 383, 414, 446. En approchant de Besançon, écrit -il à Maxime, j'ai vu arriver un cynique avec uue besace et un bâton : j'ai cru que c'était toi; c'était bien un ami, en effet, puisqu'il Tenait de ta part; mais c'est bien au-dessous de mon attente.
2. Cod. Theod., xvi, t. 2, 1. 14, 15, 16; t. 8, 1. 7; t. 10, 1. 6.
manifesta plus tard pour le Roi-Soleil, « régulateur des mondes intelligible et matériel , premier type des idées, émanation du Bien absolu et semblable à lui \ » Abreuvées ainsi aux mêmes sources d'enthousiasme et d'illusion, ces deux âmes se fondaient Tune dans l'autre et mettaient en commun , dans d'interminables entretiens, leurs actes d'adoration, leurs rêves de grandeur, leur inimitié contre les puissants du jour, et leurs chimères de bien public a.
Les malveillants qui les entouraient se firent un plaisir de rompre leur doux commerce. Florenlius, dont l'orgueil blessé ne pardonnait pas , écrivit à Constance que Salluste disposait en maître de l'esprit du jeune César; de la part d'un païen, cette influence devait être nécessairement suspecte. Mais il eut soin d'ajouter aussi que Salluste était un habile homme, versé dans l'art de la guerre, et que c'était à ses conseils qu'étaient dus les succès improvisés du nouveau héros*. Quant à Julien lui-même, ajoutait le calomniateur, dans un langage auquel tous les courtisans de Constance faisaient écho, « avec sa grande barbe mal peignée et son petit corps grêle, c'était une chèvre plus qu'un homme; il avait l'air d'un singe vêtu de pourpre; ce n'était qu'une taupe bavarde, à vue courte et à langue bien pendue. Cet écrivailleur grec n'aimait au fond que son cabinet;