‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 188 sur 297 · Jul., ad Them., passim · texte numérisé non relu

Jul., ad Them., passim

la capitale, le 11 décembre, eut lieu au milieu de l'enthousiasme universel. Sa jeunesse, sa gloire, ses périls, la miraculeuse rapidité de sa marche, les signes inattendus qu'il paraissait avoir reçus de la protection divine, étaient l'objet de toutes leâ conversations, et la foule suivait la fortune avec son empressement accoutumé*. Constantinople saluait avec orgueil un souverain né dans ses murailles, et qui mettait beaucoup de prix à se dire son enfant.

Les premiers actes de Julien, empreints d'une politique conciliante, furent habilement calculés peur maintenir cette disposition favorable, La nouvelle année qui allait s'ouvrir rendait nécessaire la désignation de nouveaux consuls. Julien partagea cette dignité entre l'orateur Mamertin , et un général distingué , mais d'origine barbare, nommé Névitta. La seconde de ces nominations, il est vrai, déplut aux vieux Romains qui trouvaient étrange qu'après avoir blâmé souvent Constantin de ses faiblesses pour les Barbares, le jeune Auguste commençât par les imiter : mais elle plaisait fort à l'armée, où les Barbares étaient nombreux et Névitta très-eslimé. L'autre choix, au contraire, combla de joie le sénat et les fonctionnaires civils. On vit avec plus de plaisir encore, le matin de l'intronisation des consuls, Julien se lever de meilleure heure que de coutume, pour courir au-devant des nouveaux

1. Amm. Marc., xxii, 1. — Soc., m, i. — Zos., in, il. — Eunap.» Bœc. leg.

magistrats, leur donner avec respect le baiser de paix, et les conduire lui-même, lui à pied et eux sur leurs chars, jusqu'au sénat, où ils devaient être installés. Dans les jours qui suivirent, pendant les jeux du cirque que donna le consul Mamertin, Julien mit la même affectation à effacer la dignité impériale derrière les vieux insignes républicains. Parfois il ne savait pas bien l'étiquette, déjà un peu surannée, de la cérémonie, mais il se laissait instruire de bonne grâce. Ainsi l'usage voulait qu'on amenât en public plusieurs esclaves, auxquels le nouveau consul, pour sa bienvenue, donnait la liberté. Julien, par mégarde, prononça en son propre nom leur émancipation : on l'avertit de sa méprise, et sur-lechamp il la répara en se condamnant lui-même à une amende de dix livres d'or. Les sénateurs furent charmés de tant de modestie, et plus ravis encore de voir le nouvel empereur assidu à leurs séances et y prenant fréquemment la parole; il s'exprimait habituellement dans la langue grecque, qui apparaît, en effet, à cette date, * pour la première fois, dans les recueils des décisions impériales. Le sénat de Constanlinople n'avait jamais obtenu de Constance pareille faveur : à peine lui avait-on accordé quelques rares audiences dans le palais impérial ; toujours secrètement jaloux de celui de Rome, inquiet et humilié de son infériorité, il n'était point insensible à ces flatteries délicates d'un nouveau maître1.

1. Amm. Marc, xxn, 7; xxi, 10. — Pan. vet., Manurt. in Jul. — Liban., Or. 10, p. 298, *99. — Cod. Th*od.t xi, t. 37, 1. 5, et voir le

En l'honneur des Grecs, aussi, le rhéteur Thémislius fut fait préfet de Constantinople.

L'approbation du public fut exprimée avec vivacité dans un panégyrique directement adressé par Mamertin à l'empereur. A travers les formes convenues de la louange et de la bassesse qui traînaient depuis tant de siècles d'école en école et dont l'hommage était offert par tous les rhéteurs à tous les tyrans, on y saisit quelques

éclairs d'une admiration véritable et d'un enthousiasme sincère.Voici une prosopopée, par exemple, qui n'est pas

dépourvue d'éloquence : l'orateur fait revivre les divers prétendants à l'empire , massacrés pendant le règne de Constance, et leur propose de prendre le pouvoir à l'essai sous la condition d'en remplir les devoirs comme Julien : « Venez, leur dit-il , Népotien et Sylvain : vous avez cherché l'empire à travers les glaives levés et sous le coup d'une mort menaçante. Maintenant la faculté de régner vous est donnée, mais à. la condition de régner comme Julien. Vous aurez donc à veiller nuit et jour pour le repos de tous ; on vous appellera seigneurs, mais vous serez les esclaves de la liberté des citoyens; vous marcherez plus souvent au combat que vous ne vous assiérez aux festins; vous n'enlèverez rien à personne; vous ferez largesse à tous ; vous n'aurez envers personne ni complaisance ni cruauté; sur toute la surface de la terre pas une vierge n'aura à vous reprocher sa pudeur

commentaire de Godefroy sur cette loi singulière, la seule du code Théodosien qui soit rédigée en grec.

violée; votre couche, exemple même des plaisirs légitimes, sera plus pure que celle d'une vestale ; vous braverez, tête nue, l'été la poussière de la Germanie, l'hiver les brumes de la Thrace. Assurément, ajoute • l'orateur , leurs oreilles délicates ne supporteraient pas la rudesse de telles paroles. Effrayés de si grands devoirs, ils prendraient en dégoût, non-seulement l'empire, mais la vie, et se hâteraient de retourner aux rives inférieures des enfers. Car ils auraient vu sous sa face inquiète, chargée de labeurs et de soucis, ceprincipat qui ne leur était apparu qu'avec ses agréments et ses charmes1. » Un peu plus loin, les regrets encore enveloppés, les espérances encore timides d'un païen longtemps contraint, se font jour dans*des expressions indécises : « C'est vous, ô grand empereur, dit-il, qui rendez aux vertus exilées leur droit de cité dans la république - : c'est vous qui rallumez la flamme éteinte des études et des lettres ; et la philosophie naguère encore suspecte, dépouillée de ses honneurs, accusée même et jugée comme une coupable, non-seulement vous l'avez délivrée de toute condamnation, mais, vêtue de pourpre, et le front ceint d'or et de perles, vous la faites asseoir sur le trône royal. Maintenant il nous est permis de lever les yeux vers le ciel, de regarder les astres d'un œil tranquille, à nous qui naguère tout tremblants tenions notre visage baissé vers la terre comme les animaux.

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