I. S. Grég. Nyss., Vita S. Maerin . — S. Bas., Ep. ccxziu
Les pères ont-ils le bonheur qu'il enseigne l'art de la parole à leurs fils? Mais des personnes sont venues, qui nous ont dit que vous embrassiez une vie bien supérieure, et que vous songiez plus à vous rendre agréable à Dieu qu'à gagner de l'argent. Alors j'en ai félicité et la Cappadoce et vous-même 1 . »
Basile, insensible aux compliments, marchait droit à son but. Avant de s'établir lui-même dans la retraite, il voulut étudier les grands modèles de vie solitairé que donnaient les Éphrem en Mésopotamie , les Hilaire en Palestine, et en Égypte l'innombrable postérité d'Antoine. Un long voyage fut entrepris dans cette pensée unique, voyage plein de difficultés au milieu des agitations du schisme et des souffrances de l'Église , mais aussi plein d'édification et de joie. Passant tour à tour des montagnes au désert, partout il trouvait l'accueil d'un frère ; partout il partageait la table frugale et la cellule rustique; partout il admirait l'abstinence dans la nourriture , la patience dans les fatigues, la constance dans les prières, le sommeil vaincu, et toutes les nécessités de la nature foulées aux pieds, et, à travers la faim , la soif, le froid et la nudité , la force divine se dressant indomptable. Dans son ardeur de tout connaître pour tout mettre à profit, il ne négligeait pas même la société des philosophes païens respectables qui pou* vaient lui donner quelque modèle de la pratique des
i. S. Bas., Ep. cccxxxvi.
vertus. Il retrouvait, pour leur parler, ou pour leur écrire, tous ses souvenirs d'érudition classique : « Je n'ai pu vous rencontrer nulle part, écrivait-il au philosophe Eustathe; j'ai couru après vous en Asie et en Égypte, comme on fait courir un troupeau, en tenant devant lui un rameau chargé de feuilles , et si je vous ai manqué partout, n'est-ce pas, comme vous le diriez, l'œuvre
du destin? n'est-ce pas là ce que les poètes représentent par le supplice de Tantale *? » Cet empressement à rechercher et à imiter tout ce qui lui paraissait bien le fit tomber dans plus d'un piège ; il lui arriva plus d'une fois de se laisser tromper par les apparences d'une fausse vertu, et de prendre (comme il en convenait lui-même plus tard, en se séparant d'un faux frère qui l avait séduit) un vêtement grossier, une ceinture et une chaussure faite de cuir non corroyé, pour les garanties
et les marques certaines de la sainteté2.
De retour dans son pays, et suffisamment instruit de la règle de vie qu'il voulait suivre, il prit, pour s'enchatner tout à fait, les premiers degrés du sacerdoce avec la qualité de lecteur, et alla s'établir dans le Pont, sur les bords de la petite rivière d'Iris. Quelques disciples, qui suivirent son exemple , eurent bientôt formé autour de lui un véritable monastère. Sur l'autre rive du cours d'eau était une petite maison de campagne qui faisait partiedu patrimoine de la famille de Basile. Emmélie,