‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 247 sur 297 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Ibid., p. 104-105.

vers d'autres cités [qui savent encore servir les Dieux avec lui, relever les temples, et même détruire les sépulcres des impies.

La colère trop visible de Julien ne faisait que montrer plus clairement son impuissance : aussi n'émut-elle guère vivement que les sophistes de son entourage, fort embarrassés du traitement qu'une grande ville, digne de parler grec, faisait subir à leur favori. Ils intervinrent à plusieurs reprises entre les habitants et l'empereur, essayant tour à tour des deux parts l'effet de leur éloquence. Julien était toujours gracieux pour eux, mais se défendait contre leurs arguments avec des ressources inûnies d'esprit, et restait très-profondément irrité contre la ville. « Cet empereur, écrivait Libanius à un de ses collègues, en sortant* d'un de ces entretiens, n'est pas plus mauvais que vous ne l'avez connu : à vrai dire, il est bien meilleur; car la vertu parvenue à sa plénitude vaut mieux que l'audace irréfléchie du jeune âge... Mes prières ont réussi à délivrer la ville de la famine et, même sans aucune invitation, son bon jugement seul l'aurait amené au même résultat. Mais j'ai voulu essayer de le convaincre que notre ville ne l'avait pas offensé, et je suis parti sans avoir réussi. C'est un terrible orateur à combattre. Il reste encore beaucoup à faire pour dissiper

1. Cette phrase ferait supposer que Julien avait fini par enlever le maximum mis sur les denrées. Nous n'avons pas d'autres traces de la révocation de cette mesure ; mais il est très-vraisemblable qu'à défaut d'un retrait explicite, l'impossibilité de rappliquer la fit tomber en désuétude.

ces nuages. Je vous appelle pour me venir en aide 1 . * Ces paroles ne respiraient plus beaucoup d'enthousiasme. Mais tel était déjà, au bout d'un an Je chemin fait dans les esprits, que les amis de Julien eux-mêmes sentaient refroidir leur affection. Bien plus, Constance, naguère si haï, était déjà regretté : le peuple répétait qu'on n'avait rien souffert de pareil aux maux présents sous le règne du X (clii)et du K (cappa), désignant, sous ces deux initiales, le Christ et Constance, la religion et l'empereur que Julien avait renversés2. Celte comparaison habituelle, tantôt avec un parent qu'il avait toujours méprisé môme avant de le vaincre, tantôt avec le chef illustre de sa famille, dont la renommée légitime l'avait toujours importuné, était au nombre des choses qui l'irritaient le plus. Le souvenir de Constantin lui devint tout particulièrement odieux : il lui semblait qu'il y avait entre eux une sorte de rivalité posthume. Tous deux ils avaient entrepris de faire dans l'empire une révolution religieuse : mais où l'un avait réussi avec éclat, l'autre se sentait échouer misérablement. Constantin, du fond de sa tombe, triomphait encore de son héritier vivant, jeune et tout-puissant. Cette irritation contre la mémoire de son oncle est visible presque dans chacun des rares documents qu'on rencontre dans le Code Théodosien avec la date d'Antioche et le nom de Julien. Ils ne sont

1. Liban, Ep. 786, p. 35* ; Conf. 758, p. 858, 889. — Le sens de la première de ces deux lettres n'est pas tout à fait clair. *. Mis., p. 95.

pas nombreux , car l'activité législative du roi philosophe n'était pas grande; mais il n'en est à peu près aucun qui n'ait pour objet de révoquer quelques-unes des modifications introduites par Constantin dans le droit civil, soit pour adoucir la condition des femmes, soit pour relâcher les liens de l'esclavage. C'est une réaction trèstimide, très-gênée, tentée par une main très-peu expérimentée, mais dont la tendance visible est tout entière dans le sens de l'ancien droit quirilaire «Les vieilles coutumes, dit une de ces lois, font l'instruction des temps nouveaux. Lorsdonc qu'il n'est point intervenu decauso d'utilité publique pour y déroger, ce qui a été doit toujours rester en vigueur a. »

Mais où cet esprit de rivalité contre son prédécesseur éclate bien mieux encore, c'est dans un petit opuscule composé pour les fêtes de la nouvelle année, et qui semble n'avoir eu d'autre but que d'introduire Constantin en scène, pour le couvrir de ridicule. C'est une fiction, autorisée, dit le royal auteur, par la liberté des Saturnales, un petit drame dont voici le cadre : À l'occasion de sa féte, Quirinus, fondateur de Rome, fait Dieu depuis longues années, a voulu traiter dans le ciel tous les Dieux et tous les Césars, sçs collè-

%. Cod. Theod., h, t. 5, 1. 1; m, t. 13, 1. 2; xv, t. i, 1. 9. Il paraîtrait, d'après Ammien Marcellin, que Julien avait fait un assez gTand nombre de commentaires sur les anciennes lois pour les éclaircir. Mais nous les avons perdus.

1. Cod, Theod., v, t. 13, L i.- Liban, Or. 10, p. Î98. — Anun. Marc, xxi, 10.

gues. Il les reçoit à dîner dans la partie supérieure de l'éther, sous la concavité même delà lune. Quatre grands lits sont préparés pour les quatre grands Dieux : tin d'ébène pour Saturne, un d'argent pour Jupiter, et deux, faits d'or massif, pour Rhéa et pour Junoo. Audessous s'assoient, chacun suivant son rang, les autres Dieux de l'Olympe, et auprès de Bacchus, tout brillant de jeunesse, son précepteur, le ventru Silène, qui joue le rôle du bouffon de la cour'.

Les Dieux une fois assis , tous les Césars sont introduits à la file, à commencer par le grand Jules , qui s'approche du trône de Jupiter, le front levé, comme pour lui disputer le pouvoir. Tous, en passant, reçoivent un trait piquant décoché par Silène. C'est d'abord Auguste qui paraît, changeant de couleur à chaque pas, comme un caméléon, tantôt pâle, tantôt rouge, tantôt noir. Tibère le suit, le visage à la fois grave et farouche, laissant voir sur son dos, quand il se retourne, les stigmates de ses honteux excès. Puis c'est Claude qui s'avance. « Roi Quirinus, dit Silène, fais appeler Narcisse et Messaline : celui-ci, sans eux , n'est qu'un comparse de comédie. » Néron ne veut pas quitter sa guitare. Derrière lui vient une nuée de prétendants, les Othon, les Galba, les Vitellius; et Jupiter, tout étourdi du bruit qu'ils font, prie son frère Sérapis de se hâter de les dissiper en faisant venir Vespasien d'Égypte. Du peu

i. Jul. Cœs.t p. i-7. ♦

plus loin paraît Trajan, chargé de ses trophées. Puis, Adrien qui cherche du regard son Antinous : « Veille sur Ganymède, Jupiter, s'écrie Silène. » Toute la procession défile ainsi, la porte n'étant refusée qu'à Valérien et à Gallien, pour les punir d'avoir laissé humilier les armes romaines devant les étendards des Perses. En revanche, les derniers héros de l'empire, Claude, Probus, Aurélien, Dioclétien, sont salués avec estime par tous les Dieux. La marche est fermée par Constantin suivi de ses fils, et par Magnence qui, en sa qualité d'usurpateur, essaie, mais en vain, de forcer l'entrée

Après souper, et pour occuper les loisirs divins , Mercure propose d'établir entre les héros présents un concours de vertu et de gloire. Pour rendre la lutte plus complète et plus difficile, on va chercher Alexandre, qui prend une des places laissées vides par les exclus. Les concurrents admis à la lutte sont, outre le fils de Philippe, César, Auguste et Trajan. «A tant de guerriers n'opposerez-vous pas un philosophe? dit Saturne.» A celle demande, Marc-Aurèle est appelé et s'avance, le visage sévère et contracté, reconnaissable à son vêtement modeste et surtout (ne manque pas d'ajouter l'auteur) à sa barbe touffue. Bacchus demande alors que, pour avoir un échantillon de tous les genres, on fasse venir aussi un ami du plaisir *. « Prenons-en donc un , dit Jupiter, qui ne soit pas tout à fait exempt de vertus

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