‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 258 sur 297 · Amm. Marc., xxm, 2. — Zos., m · texte numérisé non relu

Amm. Marc., xxm, 2. — Zos., m

î. Amm. Marc, loc. cit. — Soz.,vi, 1.— Liban., Or. 10, p.312.Cesl Sozomène qui rapporte les termes injurieux et fanfarons dont se servit Julien en donnant ses instructions à Arsace. C'est d'après le bruit qu'avaient fait ses instructions, et le souvenir qui en était resté, que quelque faussaire contemporain aura fabriqué la pièce publiée par Muratori [Anecdota grœca),el insérée dans la collection complète des lettres de Julien par Heyler, p. 135. Mais nous adhérons entièrement à l'opinion des savants d'aujourd'hui, qui regardent cette pièce comme apocryphe. Elle n'a ni les habitudes de style, ni le ton de Julien, et ne correspond même pas à l'extrait de la lettre originale que donne Sozomène.

La guerre devait être cette fois agressive de la part des Romains, et non simplement défensive, comme l'avaient été toutes les précédentes. Or, pour envahir le territoire des Perses en parlant d'Antioche, on pouvait suivre deux voies différentes : on pouvait traverser la Mésopotamie à peu près en ligne droite , et tendre vers cette partie supérieure de l'Assyrie qu'on appelait l'Adiabène ; l'autre , marche consistait à descendre le cours de l'Euphrale, à parcourir la Mésopotamie tout entière du nord au sud , et à n'entrer qu'avec le fleuve même sur le territoire de l'ennemi .

La première de ces deux routes était incontestablement la plus sûre. Elle traversait toute la partie de la Mésopotamie que le dernier traité imposé par Galère au roi Narsès avait réunie à l'empire, et où s'élevaient maintenant de grandes villes fortifiées. Carrhes, Édesse, Nisibe, formaient sur celte ligne comme une chaîne de citadelles qui pouvaient maintenir des communications faciles entre le centre de l'empire et l'armée envahissante. De plus, en cheminant dans cette voie, on tenait sa gauche constamment appuyée contre les montagnes d'Arménie , à portée des secours de celte province amie. Enfin , on pouvait passer le Tigre encore en pays romain et sur un point où il n'a que peu de développement; sur l'autre rive, on rencontrait les cinq petites provinces d'Arzacène, de Moxoène, de

t. Amm. Marc, uni, 3.

Rabdacène, de Rahimène et de Corduène, soumises, également depuis Galère, sinon h la souveraineté directe, au moins à la haute domination de Rome. Par l'autre chemin, au contraire, on arrivait de très-bonne heure à ces contrées inférieures de la Mésopotamie qui avaient échappé à la puissance romaine , moins par suite des conquêtes des Perses que par la nature indomptable de leurs habitants. Au delà du fleuve Abore, un des affluents de l'Euphrate, on entrait non-seulement en territoire ennemi, mais dans des plaines arides, dépeuplées, parcourues par des tribus errantes; on se trouvait , en un mot , en plein désert.

Ce fut pourtant par cette voie que Julien résolut de so diriger. Plusieurs raisons d'une valeur douteuse le déterminèrent à ce parti audacieux. Précisément parce que l'autre route était plus facile, elle aVait été plus fréquentée. Il y avait un champ de bataille à presque toutes les étapes, et comme les armées romaines n'avaient pas dans leurs annales beaucoup de victoires sur les Perses h célébrer, de tels souvenirs pouvaient être d'un effet fâcheux sur les imaginations. Julien craignait d'évoquer des visions funestes en secouant la poudre des légions de Crassus, d'Antoine et de Yalérien. La seconde route, au contraire, n'avait été parcourue que par les armées victorieuses de Trajan et de Septime- Sévère. Puis elle conduisait plus directement à Ctésiphon, l'une des deux capitales de l'empire Perse. Un coup de hardiesse et de fortune pouvait donc faire tom-

ber en très -peu de jours le souverain, la cour et l'État des Perses toi| entier entre les mains des Romains. C'était un éclat de ce genre dont Julien avait besoin. Il s'y préparait en embarquant sur le fleuve une flotte immense destinée à lui apporter toutes* les munitions et toutes les machines de guerre nécessaires pour faire ud grand siège. L'Euphrate devait lui amener tout cet appareil jusqu'à dix ou douze lieues de Ctésiphon ; car cette capitale était bôtié sur le Tigre, à l'endroit où les deux fleuves se rapprochent et ne sont plus séparés que par une petite journée de chemin.

Telle fut l'entreprise audacieuse qui s'empara de l'imagination de Julien. Il sacrifia à l'espoir qu'il nourrissait, disons mieux, au besoin qu'il éprouvait d'une campagne prompte et brillante, un succès plus modeste, plus lent, mais assuré. Ce regrettable parti une fois arrêté, il retrouva pour le mettre à exécution sa prudence et son génie accoutumés. Il importait, avant tout, de tenir sa résolution secrète aussi longtemps qu'il serait possible , pour induire les Perses en erreur et les décider à porter toutes leurs troupes sur les points que l'on ne comptait point attaquer. Le rendez-vous général de l'armée fut donc indiqué à Carrhes, à quelques lieues au delà de l'Euphrate, sur le chemin ordinaire ' de l'Assyrie: C'était là, d'ailleurs, que Julien voulait procéder à la répartition de ses troupes. Car, tout en renonçant à suivre la ligne importante d'Édesse et de Nisibe, il était impossible de la laisser complètement

JULIEN PERSÉCUTEUR. 3ft5

découverte, et il fallait en confier la défense à un corps d'armée. Cette division nécessaire n'était pas le moindre des inconvénients du plan adopté.

Le mouvement général des troupes eut lieu dans les premiers jours de mars. L'empereur lui-même ne se mit en route que quand il les sut convergeant de toutes parts vers le rendez-vous. Le cortège qui dut l'accompagner offrait le plus singulier mélange. Il y avait, d'une pari, des philosophes, des sophistes, Maxime et Priscus, par exemple, un peu étonnés de se trouver au milieu du bruit des armes, et qui auraient peut-être su gré à Julien de les dispenser de ce témoignage de dévouement; puis des aruspisces toscans, qui n'aimaient guère les philosophes et ne s'entendaient pas avec eux; en outre, le médecin Oribase et le préfet du prétoire Salluste Second, païens d'un esprit doux et modéré; enfin quelques officiers chrétiens, comme Jovien, qu'il avait bien fallu rappeler auprès de la personne du prince, au moment du péril. Cet hommage rendu à leur loyauté et à leurs talents, pour être arraché par la nécessité, n'en avait que plus de prix.

Avant de partir, Julien voulut pourvoir à la sûreté de la ville où il laissait si peu de regrets. Il mit à la tête de la province de Syrie un certain Alexandre, homme de mœurs violentes et dures, originaire de celle ville d'Héliopolis qui s'était signalée par sa haine sanguinaire contre les chrétiens; et comme on réclamait contre cette élévation inattendue : « Je sais bien qu'il ne la mérite

pas, dit-il ; mais c'est vous qui mérite* de l'avoir pour maître, hommes avares et indociles que vous êtes. »

La foule le suivait pourtant le jour de son départ, le 5 mars, nombreuse, inquiète, suppliante : « Revenez heureux et glorieux, disait-elle, et soyez moins irrité contre nous. » Il répondait avec beaucoup d'aigreur et de colère : « C'est la dernière fois que vous me voyez : je ne rentrerai plus dans vos murailles. » Libanius, qui raccompagnait avec le sénat de la ville, essaya de faire entendre queîques paroles de paix : « Non, reprit l'empereur; c'est affaire faite. Si les Dieux me conservent, c'est à Tarse, et non ici, que je reviendrai. Je vois bien, ajouta-t-il , en regardant Libanius , que vous comptez sur cet excellent ambassadeur; mais je ferai en sorte que lui aussi vienne avec moi. Ses discours l'ont mis au premier rang des orateurs, et ses actions au premier rang des philosophes. » Et il se sépara de Libanius en se jetant dans ses bras et en lui témoignant autant de tendresse qu'il montrait de mauvaise humeur au reste de Passistance1.

Beaucoup de décurions ne pouvaient pourtant se résigner à perdre ainsi pour jamais l'espoir de la présence impériale. Ils voulurent tenter un dernier effort, et se mirent à la suite du cortège pendant toute une journée % de plus de quinze lieues. La route était mauvaise, défoncée dans une partie, et chargée de pierres dans une autre. Julien, très-rudement secoué, en prenait occasion

i Liban., Dê vita sua, p. 44. — Amm. Marc., xuti, «.

de s'écrier : « Voilà ce que c'est que les hivers de cette contrée ! » Il arriva donc à Litarbe, sa première étape, plus maussade que jamais ; et les sénateurs, reçus dans une dernière audience, ne retirèrent pas grand profit de eur démonstration de zèle1. Ils revinrent à Antioche, tout consternés, raconter à Libanius leur déconvenue. Celui-ci, qui avait au fond l'âme bonne, et qui aimait à rendre service, se reprocha fort de ne pas les avoir accompagnés, et, pour réparer sa faute, il se mit à l'œuvre dès le lendemain, dans l'espoir, déjà si souvent trompé, d'émouvoir le cœur irrité de son royal ami. <c J'ai bien maudit, lui écrivait-il, ce détestable voyage, et je me suis maudit aussi moi-môme d'être revenu si vite , de n'avoir pas été jusqu'à la première station , et de ne pas m'être donné la joie de revoir encore avec le soleil levant votre tôte sacrée. La ville elle-même ne pouvait rien pour me consoler, dans le malheur où elle est plongée. J'appelle son malheur, non point l'extrême cherté des vivres , mais le tort qu'elle a eu de se faire juger méchante et ingrate par celui qui a une telle puissance et une sagesse plus grande encore. Tant que mon ami Àliénus élait auprès de moi, j'ai eu à qui parler, pour m'accuser moi-même et pour me louer de l'honneur que vous m'avez fait. Mais depuis qu'il est parti , c'est aux lambris de ma chambre que je m'adresse en guise de confident , et , couché dans mon lit : Voilà

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