CHAPITRE VIII
Le 27 juin 363, quand le soleil seJeva sur les plaines d'Assyrie, la situation de Tannée romaine parut dans toute son horreur. L'ennemi , postë sur les hauteurs qui la dominaient, la pressait par derrière; la famine décimait ses rangs, et le soldat devait désormais avancer, sans chef pour le guider, à travers des pays inconnus. Toute la pensée de la guerre , et même de la retraite , était dans la tête de Julien. Il disparaissait, ne - laissant ni instructions, ni testament, ni successeur désigné, ni héritier naturel. Pour donner à la fois un général aux soldats et un empereur au monde, nul mode d'élection n'était prévu. On avait à peine quelques heures devant soi, pour faire choix d'un commandant et pour arrêter un plan de campagne.
Le conseil des grands officiers, s'adjoignant les chefs principaux des légions , se réunit dès l'aube sous la tente impériale. C'était comme on Ta vu, l'assemblée la
plus discordante : il y avait des gens de toute espèce, des chrétiens , des augures, des philosophes. Une profonde et ancienne division existait entre les anciens officiers de Constance conservés par son successeur, tels que les deux maîtres de la cavalerie et de l'infanterie, Arîntheus et Victor, et les compagnons d'armes de Julien , Gaulois ou de'rai-Barbares , comme le duc Dagalaîphus et le consulaire Nevitta. Les rivalités contenues par lascendant du génie de Julien éclataient sur son lit de mort. Les officiers de Constance dédaignaient les parvenus de la guerre qui, à leur tour, n'avaient que des expressions méprisantes pour les militaires de cour. Aucun des deux partis n'aurait voulu du candidat de l'autre. Pour sortir de peine, la majorité du conseil étant païenne, on consulta les oracles. Ils donnèrent un conseil fort sage en désignant le préfet du prétoire Salluste Second, dont le caractère conciliant était connu. Mat Salluste était vieux et très-fatigué de la campagne. II s'excusa sur son âge et sur ses infirmités , et ne voulut se laisser couronner à aucun prix. L'embarras devenait extrême. Un officier d'un grade honorable» dit Aiumien Marcellin (sans le nommer, ce qui ferait penser que c'était lui-même), ouvrit alors l'avis de ne poini faire d élection, de se comporter tout simplement comme on eût fait en l'absence de Julien, c'est-à-dire de laisser le commandement de l'armée au plus ancien en grade, et d'attendre pour choisir un empereur que la retraite fût accomplie et qu'on eût rejoint l'armée restée en
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Mésopotamie; car il n'entrait dans l'esprit de personne qu'un empereur pût élre nommé par d'autres que par des soldats1.
C'était le parti le plus raisonnable : ce ne fut pas celui qui prévalut. Avant même qu'on eût été aux voix , il s'éleva un peu de tumulte au bas bout de l'assemblée, qui était fort nombreuse. Une petite partie des membres présents, probablement des officiers d'un grade inférieur, impatientés de ces lenteurs et de ces rivalités auxquelles ils étaient étrangers, se concertèrent entre eux et dirent qu'ils voulaient avoir pour empereur le comte des domestiques, Jovien. C'était un brave officier, d'un grade peu élevé, mais d'une naissance honorable (car son père, le comte Varronien, comptait de * bons services), et d'un caractère facile. Quoique chrétien fidèle, et ayant même bravé la disgrâce pour sa foi, il était ami du plaisir, et on lui reprochait un peu de propension pour le vin et pour les femmes. Ces défauts, qui n'ont jamais été trop mal vus dans les camps, ne l'empêchaient pas d'être très-aimé du soldat. Aussi , dès que son nom fut prononcé , les officiers supérieurs sentirent que le choix était populaire, et qu'il n'y aurait pas sûreté à s'y refuser. Ils acceptèrent donc l'idée proposée, plus par crainte d'exciter quelque mécontentement que par une résolution bien arrêtée. On jeta à la hâte sur les épaules de Jovien un vêtement de pourpre , beaucoup