S. Gi^g. Naz., Or. v
fussent trompés, quand une affreuse nouvelle est venue comme un trait percer nos oreilles : Julien mort et ramené dans un cercueil, et le sceptre entre les mains de je ne sais qui ! Les Perses maîtres de l'Arménie et de tout ce qui leur convenait ! Je jetai aussitôt les yeux sur mon épée, pensant qu'il n'y avait point de mort violente qui ne me fût désormais moins pénible que la vie.
Ensuite je réfléchis à la loi de Platon, qui défend atout
homme d'opérer lui-même sa propre délivrance, et je songeai qu'allant par cette voie chez Plu ton, j'y serais accusé devant lui ; certes on me reprocherait de n'avoir pas attendu les décrets de Dieu. Puis il me sembla que c'était mon devoir de vivre pour faire l'oraison funèbre d'un tel homme*. »
Mais son respect pour la volonté des dieux, assez fort pour lui faire supporter l'existence, n'empêche pourtant pas Libanius d'accuser en termes très-libres l'abandon où ces mêmes dieux ont laissé leur défenseur. « À qui dois-je m'en prendre parmi les dieux , s'écne-t-il, ou plutôt qui ne dois-je pas accuser? car tous également ont manqué aux soins qu'ils devaient prendre d'une tête si précieuse. Ils ne se sont souvenus, ni de tant de victimes, ni de tant de sacrifices, ni de tant de parfums brûlés sur l^urs autels, ni de tant de sang répandu et le jour et la nuit ! Car il ne faut pas dire qu'il honorait les uns et qu'il négligeait les autres, comme faisait l'Étolien qui ou*
«. Liban., De vita sua, p. *5, 46.
LE RETOUR DE l/^KMÉE. 453
bliait Diane dans le partage de ses offrandes. Mais tout ce que les poètes nous ont appris à connaître en fait de divinités, dieux et déesses, dieux pères et dieux engendrés, dieux souverains et dieux inférieurs, il adorait tout également ; à tous il offrait en abondance les brebis et les bœufs. Aussi je me disais souvent : Il ne manque rien à cet homme : ses chevaux sont viles, ses archers habiles, ses oplites vigoureux, toute son armée brave comme les Dix mille de la Grèce. Mais il a de plus autour de lui tous les dieux, petite armée qui peut beaucoup. Il saura obtenir d'eux qu'ils se montrent à découvert aux yeux de ses ennemis; et j'espérais que les trombes, les foudres, les éclairs et les autres traits du ciel, viendraient fondre, sur les Perses. xVais voilà la justice de ces dieux : ils se sont laissé rassasier de graisse; ils lui ont fait les plus brillantes promesses. D'abord ils ne lui ont rien refusé ; à la fin ils ont tout perdu. Ils l'ont attiré, comme le pécheur prend le poisson, par l'hameçon, et c'est par les mains de l'Assyrien déjà vaincu qu'ils l'ont livré à la mort. On dira donc désormais : Il avait raison celui dont on s'est tant moqué (Constantin ou Constance ), qui vous avait, ô dieux, déclaré une guerre acharnée et violente, qui avait éteint votre feu sacré, qui a fait cesser le charme de vos sacrifices, qui a foulé aux pieds vos autels, détruit et fermé vos temples, qui a laissé profaner vos sanctuaires par ses courtisans, et qui, abolissant votre ancien culte, a livré votre héritage à un homme mort que personne ne con-
naît1. » « C'en est fait, s'écrie-t-il un peu plus loin? Qai est-ce qui a fabriqué le fer qui devait porter un si grand coup? Quel démon a conduit vers l'empereur l'audacieux qui Ta frappé et a dirigé la pointe vers son Oanc? Ah! ce n'est point un démon qui Ta perdu, c'est l'excès de son ardeur à courir de toutes parts pour exciter la paresse de son armée! Lui, il ne pensait point à son corps; mais Vénus ou Minerve, comment n*ont-elles point songé à enlever le trait de sa blessure, elles qui autrefois ont bien su secourir, Tune Ménélas, l'autre Pàris, cet homme criminel, justement immolé? Que! tumulte s'est élevé alors dans le ciel ? Qui s'est levé pour accuser Mars, comme jadis fit Neptune2?... Pleurons-le tous, philosophes! pleurons le seul homme dont le génie sut pénétrer tous les secrets de Platon ! Orateurs, pleurons celui qui excellait à parler lui-même et à apprécier la parole des autres... 0 malheureux paysans, qui allex être la pâture des exacleurs! Malheureux magistrats, dont toute la vertu s'évanouit!... Gémissements des pauvresse vous ébranlerez désormais inutilement les airs! Pleurez, légions de soldats, vous perdez un roi qui vivait comme l'un de vous!... Mais respirez à Taise, ô Celtes; Scythes, faites des chœurs de joie Sarmates, chantez l'hymne de Péan! Votre joug est levé, et vos cous sont libres désormais... 0 le meilleur des souverains, tu méditais de grandes choses, et tu m'avais choisi pour les