‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 29 sur 297 · A T II À X A S E A ROME · texte numérisé non relu

A T II À X A S E A ROME

resté paisiblement depuis la fin du concile de Sardiquc. Il ne se hâta point d'en profiter. Nul empressement frivole, nulle joie inconsidérée du triomphe, ne troublaient le calme de son âme. L'expérience de l'instabilîlé des volontés souveraines, le pressentiment des hostilités furieuses cl mal domptées qui l'attendaient en Asie, peut-être la réserve d'une dignité blessée qui ne voulait pas servir de jouet à un caprice impérial, le retinrent quelque temps dans sa retraite. Il fallut trois lettres consécutives, dont la dernière lui fut apportée par un diacre de son église, pour le décider use mettre en mouvement. « Enfin, dit-il, ayant reçu toutes ces lettres de l'empereur, je me rendis à Rome pour prendre congé de cette église et de son évêque. » Les adieux furent très-tendres. L'ardente amitié de Jules se Vivra, dans une lettre pontificale adressée h l'église d'Alexandrie, à des Iran-ports de joie qu'Athaiiase, plus prudent, ne partageait pas. Ce devoir de rcconnaissar.ee rempli, i/sc rendit à Anlioclic, où Constance l'attendait'.

L'empereur le reçut affectueusement, non sans quelque embarras pourtant; et, pour sauver un peu sa di- » gnité compromise, il lui fit avec une bonne grucc royale une réprimande légère et railleuse sur l'obstination de son caractère*. Alhanase reçut, avec autant de respect que de froideur, les reproches et les compliments ;

1. S. Àthan., toc. cit., et ad. Col., p. 8î3. — Soc., loc. cit. —

Tbéod., u, 11.

î. Huûu, i, 19. — Levi iucrci>atiooc i;crstiictnm.

et il ne parut guère dans l'entretien avoir qu'une seule pensée, c'était de convertir en sentence définitive et en chose jugée l'acte d'arbitraire impérial qui lui rendait momentanément ses dignités. Après tant d'informations successives, il demandait encore des juges et une enquête, souffrant d'être rappelé par faveur et ne voulant rien devoir qu'à son innocence et à son droit. Mais Constance l'avait fait revenir pour vivre en paix, pour se décharger d'un embarras qui gênait sa politique, et non pour se jeter de nouveau dans le trouble des procès, des contestations et des luttes. Il n'y eut pas moyen d'obtenir son attention sur le fond de l'affaire, et tout ce qu'il accorda aux instances un peu impérieuses de son interlocuteur, ce fut qu'on enlèverait des greffes et des tribunaux d'Égypte toutes les pièces de l'enquête de la Maréote qui pouvaient consacrer le souvenir de cette violence judiciaire1. En quittant l'audience impériale, Àthanase alla porter ses actions de grâces à Dieu, non dans l'église d'Anlioche, mais dans une petite assemblée particulière où, depuis la déposition d'fiustathe, quinze années auparavant, les vrais catholiques célébraient leur culte, à l'abri de la communion profane des évêques usurpateurs K

Les prélats eusébiens remplissaient toujours le palais impérial, n'osant murmurer contre la volonté du maître, mais cherchant à en troubler l'exécution. On vit peu de

1. S. Athan., Apol., p. 676, 772; ad Soi., p 823 et suit, et 839. S. Soz., m, 20, et voir première partie de cette histoire t. n, p. 300.

jours après l'effet de leurs conseils. Constance manda de nouveau Athanase auprès de lui : — « Athanase, lui dit-il, j'ai quelque chose à vous demander qui ne doit pas vous coûter beaucoup. Vous allez rentrer à Alexandrie par notre consentement et en exécution du décret du concile. Mais, comme il y a des gens dans votre ville gui ne veulent pas rester en communion avec vous, accordez-leur, je vous prie , la liberté de disposer d'une église ; vous en avez un si grand nombre à Alexandrie. — Eh! que puis-je vous refuser, répondit Athanase sans se troubler, à vous, empereur, qui avez le droit de tout ordonner? Mais, en retour, m'accorderez-vous une humble prière? — De grand cœur, dit l'empereur, et qu'est-ce donc? — C'est, reprit le prélat, qu'il y a aussi dans la ville d'Àntioche des gens de mon sentiment, à moi, qui ne veulent pas rester en communion avec les évêques qui sont ici; et je trouve qu'il serait équitable de leur accorder aussi une église. » L'empereur qui, effectivement, ne voyait pas de difficultés dans une si juste réciprocité, n'hésita pas à y consentir. Mais quand il eut rapporté la conversation à ses conseillers habituels, ceux-ci ne trouvèrent point que le partage fut à leur profit. Ils laissèrent donc tomber leur demande, et Athanase put partir sans qu'on lui fit de conditions nouvelles 1 .

La plupart des historiens ecclésiastiques en rappor-

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