‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 3 sur 297 · Zos., ibicU · texte numérisé non relu

Zos., ibicU

ff) ATHANASE A ROMB.

venus probablement à Constantuople pour les funérailles de leur oncle ; enfin cinq antres membres de la famille impériale qui ne sont pas nommés, périrent' assassinés en peu de jours. Ces scènes nous sent racontées crûment et sans détail, avec ce laconisme énigraatique qui est la flatterie des historiens de cet âge. Il ne resta de toute cette branche collatérale de la maison de Constantin, que deux enfants en bas âge, dont l'un était tenu en réserve par la justice divine pour venger ces forfaits. Le soulèvement s'étendit assez loin autour de Constantinople, car Àblave périt aussi de la même manière dans sa maison de plaisance de Bilhynie , où il s'était retiré. Quand on vint le chercher pour le faire mourir, le vieux ministre crut, avec la présomption naturelle aux ambitieux en disgrâce, qu'on le rappelait à la cour, peut-être même pour le couronner. Il courut donc de lui-même au-devant du messager, qui n'eut que la peine de le frapper. Telle est la vanité des volontés des mourants. Constantin avait tout fait pour mettre la dignité impériale à l'abri des caprices militaires , et on l'accusait même d'avoir compromis, dans cette vue, la défense de l'État. À peine avait-il fermé les yeux qu'un de ses fils suscitait une émeute de soldats, pour se débarrasser de rivaux importuns *.

I. Zos., loc.cxt. — Eus., VU. Const., iv, 68. — Juî., adAthen., p. 497, 498. — Bunap., /oc. cit. — AnrëL VicL, de Cœs,9 42. — Eotr., i, 9. — Soc, u, 15; ui, 1. —S. Àthan., ad Soi., p. 856» — S. Jér.9 Chron. — En faisant suivre immédiatement la mort de Constantin du massacre de ses neveux, nous nous conformons à la chronologie

ATHANASE A ROME, fl

Pondant que ces scènes sanglantes se passaient à Constanlinople, sous les yeux et avec le tacite assentiment du ils de Constantin, la nouvelle de la mort de l'empereur arrivait à Rome, où elle était reçue avec toutes les marques de la douleur officielle. Les spectacles, les divertissements étaient suspendus: les bains, les lieux de réunion publics étaient fermés. On espérait que te corps de l'empereur serait rapporté dans la vieille capitale de l'empire; Home eût aimé à posséder après sa mort celui qui l'avait dédaignée et qu'elle avait haï pendant sa vie. Quand on sut que cette espérance devait être trompée, le dépit des Romains fut assez vif. Les cérémonies ordinaires ne furent pourtant pas interrompues, et rien ne fut changé à l'étiquette accoutumée. Constantin eut son apothéose comme ses prédécesseurs. Le sénat ne recula pas devant le ridicule de donner aux dieux pour collègue dans le ciel le souverain qui sur la ]

terre avait détruit leurs autels. Il exprima en même 1 temps le vœu que les fils de l'empereur fussent seuls appelés au rang d'Augustes. On ne sait si quelque nou-

adoptée par -Pagi , préférablement à celle de Tilleniont. Eusèbe dit, en effet, que ce fat aussitôt après la mort de Constantin, que les soldats demandèrent que les fils de l'empereur seuls fussent Augustes ; et tous les auteurs s'accordent à charger Constance seul du meurtre de «es parents, ce qui n'aurait pas eu lieu s'il avait auparavant, comme le suppose Tille mont, fait le partage de l'empire avec ses trois frères. — Daifleurs, si Dalmace avait régné, même un jour, il eut régné à C3n3tantincple, puisqu'il avait la Thrace en partage; et cornn*at ce fert serait-il demeuré sans mention dans l'histoire? - Voir ^pendant les difficultés de texte que Tillemont oppose. Constance,

velle des massacres de Constantinople était déjà parvenue aux sénateurs, ou s'ils devinaient seulement, avec 1 instinct de la servilité, le cours prochain qu'allait suivre la fortune. Quoi qu'il en soit, ce vœu était exaucé par avance1.

Mais il fallait refaire le partage de l'empire, puisque les dispositions testamentaires de Constantin avaient été si violemment bouleversées. Pour procéder à cette division nouvelle, les trois empereurs se donnèrent rendezà. d. vous à Sirmium en Pannonie *. Ni Constantin , ni Con-

stant, ne réclamèrent, comme on peut le présumer, contre des crimes dont ils n'étaient pas complices, mais dont ils ne dédaignaient pas de profiler. La dépouille des morts ne fut point partagée sans quelques difficultés. Il y a lieu de croire, d'après plusieurs indices, ou que la conférence de Sirmium se prolongea fort longtemps, ou qu'il y eut deux réunions de souverains différentes et successives dans le même lieu. La question la plus difficile à trancher parait avoir été la possession de la Thrace, qui entraînait colle de Conslantinople. Quelques expressions de la Chronique alexandrine et de Zosime feraient croire que Constantin le jeune y prétendit

1. Eus., Vit. Const., it, 69. — Aurèl. Vict., 42. — Eutr., x, 8 : atque inter divos menât referri. Voir des médailles où Constantin est représenté parmi les dienx. Ducange, Fam. Byj., p. 33 et suiv. — Il est difficile d'interpréter autrement que comme une des conséquences de l'apothéose les tableaux qu'Eusèbe nous dit avoir été faits à Rome après la mort de Constantin, et où cet empereur était représenté montant au ciel.

1. A. D. 838.— Indictio. xi.— U. C. 1091.— Ursus et Polemius. Coss.

ATKANA.SE A ROME.

en sa qualité d'alné, et qu'il exerça même cette souveraineté pendant quelques mois. Mais c'était une province trop éloignée pour le monarque qui avait à régir les Gaules et à défendre la frontière du Rhin. Constantinople appartenait naturellement au mattre de l'Orient : ce tut, après quelques hésitations, Constance qui finit par l'avoir en partage, et il reçut par là le prix de sa criminelle audace et en même temps de l'habile modération dont il fit preuve dans ses relations avec ses frères. Constant s'agrandit en Ulyrie et céda l'Afrique à Constantin1. Le monde se trouva ainsi partagé, au sein de la profonde indifférence des peuples, sans plus de formalités ni d'embarras que s'il se fût agi de la succession d'un bourgeois riche.

Au nombre des points que débattirent entre eux les royaux interlocuteurs , les affaires de l'Église, le schisme triomphant en Orient, l'exil d'Athanase, durent tenir une grande place. Ils avaient trop longtemps vécu auprès de leur père, et sous ses yeux, pour ne pas attacher à

f . Jul., Or. i, p. 83. — Cod. Theod.% Chron., p. 88. — Zos., n, 3fl, — Chron, Alex., p. 670. — Ces deux auteurs disent, l'un en propres termes, l'autre par une expression indirecte, mais assez claire, que Constantin régna à Constantinople : et, d'un autre coté, la suite des faits fera Toir que Constance y fut maître, même ayant la mort de son frère aîné. La cession de l'Afrique à Constantin par Constant résulte de la comparaison des deux lois du code Théodosien (Chron., p. 89 et 40), où l'on yoit successivement ces deux empereurs régner en Afrique. Ce sont aussi deux lois du code Théodosien, citées aux mêmes pages de la Chronologie, toutes deux datées de Pannonie presque à un an d'intervalle, qui font croire, ou que le séjour des princes en Pannonie se prolongea huit mois, ou qu'ils y revinrent deux fois.

\k ATHANASK A ROME.

tout ce qui touchait l'Église chrétienne une extrême importance. Sur le fond même des questions, ils étaient tous à peu près dans une égale ignorance ; mais comme ils arrivaient des points opposés de l'empire, et que chacun d'eux avait subi l'influence de ceux qui l'entouraient, leurs impressions étaient fort différentes. Constance, qui n'était pas sorti d'Orient, et n'avait guèrequittélacourde son père, était tombé dès le premier jour sous l'empire presque exclusif d'Eusèbe de Nicomédie et de son parti. Les historiens ecclésiastiques, Rufln, Socrate, Théodoret, font aussi reparaître auprès de lui le même prêtre arien qu'ils ne nomment pas, et qui avait abusé des derniers moments de l'impératrice Constantia, et de l'émotion pieuse de son frère4. Il paraîtrait que ce prêtre était employé dans le palais aux missions les plus confidentielles, et qu'il jouissait surtout de l'affection des princesses et des dames de la cour. L'impératrice, femme de Constance, vivait entièrement sous sa direction. I? n'était pas moins bien placé dans l'esprit d'un ordre de courtisans, trop illustre dans les annales de l'empire, que Constantin parait avoir éloigné de sa faveur *, mais qui reprenait auprès de Constance un rôle depuis longtemps connu, de servilité et d'astuce. C'étaient les ennuques, ces victimes dévouées de l'immoralité des cours anciennes, toujours pressés de cacher leur humiliation

1. Voir première partie de cette histoire, t. n, p. H9et suir.

2. Lampridius dans V histoire Auguste loue (jODBtantin de s'être soustrait au joug des eunuques. Gibbon, ch. xix. '

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«ros l'édat dn pouvoir» et de tromper par l'activité de l'inlrigue l'oisiveté de leur vie. Le chambellan de Constance, Eusèbe, était l'an de ces êtres malheureux, et il avait tous les vices de sa condition. 11 entra avec passion daus la carrière de machinations ecclésiastiques où se plaisaient les prélats ariens. Il se fit ainsi tout naturellement, autour de Constance, un concert de récriminations contre les évêques orthodoxes. On les accusait de tous les maux de l'Église ; et comme le nouvel empereur ne pouvait porter à l'œuvre du concile de Nicée le même attachement que Constantin, qui se flattait d'y avoir concouru, on s'enhardissait jusqu'à accuser le symbole même de cette assemblée, et jusqu'à désigner de nouveau le fameux mot consuls lantiel, comme l'innovation téméraire qui jetait le trouble dans les con^ sciences

Constantin le jeune et Constant rapportaient d'Occident, où la foi de Nicée régnait sans contestation, des sentiments tout opposés. Le premier surtout venait de voir à Trêves l'illustre martyr de celte foi, proscrit à la fois et triomphant, opposant à la condamnation impériale et à l'enthousiasme populaire la même impassibilité chrétienne. Il n'avait point échappé à

i. Soc., n, a. — Théod., u, 3. — Rufln, i, 11. — S. Àtnan., ad Sol., p. SIS. — Nous avons expliqué dans le volume précédent (p. 875) pourquoi nous écartons l'histoire d'un testament confié à ce prêtre arien par Constantin, pois livré par lui à Constance. Les dispositions testamentaires de Constantin étaient parfaitement connues, puisque le par* tagâ de l'empire était consommé de son vivanW

l'ascendant du génie et de la sainteté. Aussi, pressé par l'opinion de tous ceux qui l'environnaient, à peine avait-il été maître de ses actions qu'il en avait profité pour révoquer de sa propre autorité la sentence qui condamnait Athanase. Par un reste de précaution et de modestie, il avait seulement eu soin de se mettre encore ici à couvert derrière le nom de son père, et de lui supposer des intentions qu'il savait probablement lui-même fort contraires à la réalité \

« Vous n'ignorez pas, avait-il écrit au peuple d'Alexandrie, qu' Athanase, l'interprète de notre adorable loi, a été envoyé dans les Gaules pour quelque temps, de crainte que l'inimitié de ses sanguinaires ennemis ne menaçât sa tête sacrée, et qu'il ne souffrît du crime de ces hommes vils quelque mal sans remède. Pour le dérober donc à la férocité de ces gueules ouvertes qui cherchaient à l'engloutir, on lui a ordonné de venir vivre sous ma loi ; et pendant qu'il a demeuré dans cette

i. Nous refusons encore ici d'admettre que Constantin eût véritablement rappelé saint Athanase avant de mourir. — Sozomcne ( ni, 2), est le seul historien qui parle de ce rappel, et il se sert de ce mot : On dit : Arpru. — On ne peut rien tirer non plus, à l'appui de ce fait, de la lettre dn jeune Constantin que nous allons citer, car eUe est évidemment contraire en substance à la vérité. Constantin le jeune savait parfaitement que ce n'était point pour soustraire Athanase à la fureur de ses ennemis que son père l'avait banni. Les termes dont il se sert n'ont donc pour but que de ménager le respect filial, en révoquant la volonté paternelle. Saint Athanase, qui rapporte cette lettre, en aurait tiré un plus grand parti si elle avait contenu la preuve d'un changement dans les dispositions de Constantin. 11 dit seulement qne Constantin le jeune se souvenait de ce que son père avait écrit : expression très- vague, dont on ne peut rien conclure (S. Athan., ApoU, p. 805 )•

ville, on a pourvu avec abondance à tout ce qui lui était nécessaire, quoique sa vertu si renommée, soutenue par le secours divin, se soit montrée assez forte pour supporter sans fléchir le fardeau de la mauvaise fortune. Mais comme notre père et seigneur Constantin, voulait rendre ce grand évèque à votre piété et le rétablir dans son siège, et qu'il a été prévenu par la mort avant d'exécuter ce dessein, j'ai pensé qu'il me convenait d'accomplir moi-même la résolution de ce prince de divine mémoire. Et quand vous verrez Athanase, vous apprendrez de lui le respect que je lui ai témoigné. Et il n'y a rien là qui doive vous surprendre, car la pensée de vos regrets et la vue d'un si grand homme ont poussé mon âme à cette coriuite, Que la divine providence vous conserve »

La lettre était datée de Trêves du 15 des calendes de juillet (17 juin), moins d'un mois par conséquent après la mort de Constantin. Athanasc, cependant, n'avait pas fait usage sur-le-champ de cette permission. H attendait probablement que tous les arrangements étant réglés entre les co-partageants du pouvoir, il fût sùr de l'accueil que Constance lui réservait 2.

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