‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 38 sur 297 · Va. Patr., lrt>. u,p. <8U · texte numérisé non relu

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La vérité est donc toujours au fond de tels récits, quand même les détails et la forme en restent parfois douteux 1 .

Le progrès et la vie n'étaient pourtant pas tout à fait réfugiés au désert. L'Église militante et mêlée aux populations en gardait sa part. La prospérité avait ses avantages comme ses périls. Bien qu'elle introduisit dans le sein de l'Église de dangereux éléments de corruption, elle lui permettait pourtant de donner à toutes les influences bienfaisantes de la charité plus de régularité et d'extension. A l'abri des actes arbitraires du pouvoir, pouvant paraître au grand jour et songer au lendemain avec confiance, la charité chrétienne, jusque-là répandue avec une effusion intermittente, allait faire prendre à ses bienfaits le caractère de stabilité et de persévérance qui s'attache à une propriété durable. Les fondations pieuses de toute nature commençaient à se multiplier autour des églises devenues riches et propriétaires. Ce

1. Voici comment s'explique au sujet deces prodiges le savant professeur MOhler : «Les récits que l'on a faits de la puissance qu'exerçait Pacônie sur la nature sont trrs-rcmarquablcs. Ou assure qu'il marchait sans être blessé sur les scorpions et les serpents, et que les crocodiles lui i notaient leur dos pour le porter sur le Nil. C'est ainsi que l'antiquité exprimait sa croyance que, pour les hommes pleinement réconciliés avec Dieu, la nature n'a poiut d'ennemis. Il faut voir ici plus qu'une fiction poétique : c'est l'expression de la haute opinion que les contemporains et la postérité s'étaient faite de S. Pacôrne » (MOhler, Gesammelte Schriften, publiés par Dôllinger; Ratisbonne,1840, t. u. p. 183). Le même MOhler ( Vie dAthanase, trad. par Cohen. Paris, 4840, 1. 1, p. 307 ) n'hésite pas à croire que beaucoup des détails même de la vie de saint Antoine par saint Athanase ont été insérés dans la pensée d'édifier les lecteurs plutôt qu'avec un rigoureux scrupule d'exactitude, et qu'U a pu plus d'une fois accepter comme vrai des récits appuyés sur des témoignais peu certains.

changement avait pris naissance même avant la liberté de l'Église. Dès les derniers temps de la captivité et à la laveur des instants de relâche que la persécution laissait aux fidèles, le trésor de chaque église, au début composé seulement des collectes faites dans les familles, avait commencé à s'immobiliser par l'acquisition de quelques biens-fonds; et c'est ainsi qu'on a vu l'édit de Milan ordonner la restitution de tous lès biens confisqués aux chrétiens, y compris (et très-spécialement) les propriétés autres que les lieux de réunion, appartenant aux corpotaUons ecclésiastiques Mais ce fonds, encore peu considérable, grossit tout d'un coup, dès le lendemain de la défaite de Licinius, par la disposition de Constantin qui attribua à chaque église les propriétés des martyrs morts sans testament et sans famille , et par la loi qui permit à tout testateur de disposer de ses biens en faveur des corporations2. A partir de ce moment, l'église de chaque diocèse devint maîtresse de propriétés considérables. Tout prêtre entrant dans son sein lui fit don de ce qu'il possédait; le pénitent, le catéchumène riche, la comblaient de leurs offrandes. De ce trésor commun, une partie fut consacrée à l'entretien de l'église même, de son culte et de ses ministres; une autre, et la plus considérable, resta la propriété des pauvres. Toutes deux furent remises à la disposition de l évêque 3. Mais déjà, à côté

4. Voir la première partie de cette histoire , 1. 1, p. 243. t. Première partie de cette histoire, 1. 1, p. 307 et 34î. 3. Voir et *4f canons do concile d'Antiocue en 341.

de lui, on voit dans les documents voisins de cette époque figurer un intendant spécial qu'on nomme l'économe des pauvres, le nourricier des orphelins

C'est que ce ne sont plus seulement quelques épargnes à distribuer régulièrement chaque dimanche à des veuves, à des orphelins ou à de pauvres passagers : il y a des maisons entières à régir, des établissements à gouverner. Le premier de ces asiles de la charité, celui qui s'élève presque partout auprès de l'église, c'est la maison de l 'hospitalité *. Le soin des hôtes, rappelé en termes si touchants par l'apôtre saint Paul , était la tradition favorite de l'Église chrétienne. Son unité et sa paix en avaient dépendu bien longtemps. Celait par l'habitude imposée de bonne heure aux familles chrétiennes de recevoir à leur foyer tout voyageur qui se recommandait du nom du Christ, qu'à travers la dispersion et le silence obligé, les relations entre les chrétiens s'élaicnt maintenues intimes et fréquentes. L'Église captive s'était propagée à l'ombre de l'hospitalité : libre, elle lui éleva des palais qui semblaientattestersa reconnaissance. II y eut dans chaque grande ville, à côté de la demeure del'évéque, un vaste bâtiment ouvert à tous les voyageurs. Puis au corps du bâtiment on ajouta plusieurs ailes; elles furent réservées aux malades, aux enfants ou aux vieillards. Chacune eut bientôt son administration particulière, sa population d'affligés et d'infir-

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