‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 41 sur 297 · S. Cyr., Catech. ix, C, 7, 9, 14, 15, passira · texte numérisé non relu

S. Cyr., Catech. ix, C, 7, 9, 14, 15, passira

n'aurions pas pu l'embrasser par la pensée; car, comme nous ne pouvions le voir tel qu'il est, ni jouir de lui, il s'est fait ce que nous sommes, afin que nous puissions aussi le posséder. Que si nous ne pouvons, en effet, regarder le soleil qui n'a été Tait que le quatrième jour, comment poufrions-nous voir Dieu qui en est l'auteur? Dieu s'était montré sur le mont Sinaf, et le peuple n'a pu soutenir son éclat Si

entendre la voix de Dieu donne la mort, voir Dieu luimême, comment cela n'eût-il point été mortel?... L'expérience de notre faiblesse étant ainsi faite, le Seigneur a opéré ce que désirait l'homme. L'homme désirait entendre la parole de la bouche d'un être fait comme loi ; le Sauveur a pris notre nature pour instruire plus

aisément les hommes Les hommes oubliant Dieu

s'étaient fabriqué des idoles à forme humaine : et la figure humaine recevait ainsi à tort les honneurs divins. Dieu s'est fait véritablement homme, afin de détruire Je mensonge. Ainsi, par les œuvres mêmes que le diable employait pour nous écraser, nous avons été sauvés1. *

C'était là un point délicat pour l'orateur chrétien, car ce rapport mystérieux de l'unité divine avec l'humanité

I. M, Catech. xu, 13, 14, 15, passim. — On se rappellera peut-être lue cette pensée de saint Cyrille est tout à fait analogue à celle que nous avons développée dans l'Introduction de la première partie de cette histoire, relativement à l'origine de l'idolâtrie et à l'effet salutaire de l'Incarnation pour rendre la croyance à un Dieu unique facile à l'humanité. (Voir U 1, p. 78-88.)

du Christ était précisément le nœud de toutes les discussions de l'Église et la source de toutes ses agitations. Cyrille détourne prudemment les yeux de ses auditeurs de ce douloureux spectacle. A l'abri de la neutralité prudente qu'avait gardée son honnête mais timide évêque, Maxime, au milieu de tous ces conflits, il évite de se prononcer trop ouvertement sur les questions débattues autour de lui. H tire seulement des maux du temps quelques sujets d'instruction morale : « Si vous entendez dire, conlinuc-t-il, que des évêques s'élèvent contre des évêques, des prêtres contre des prêtres, des populations contre des populations, et qu'ils en viennent jusqu'à verser du sang, ne vous troublez

pas, car cela a été prédit dans les Écritures Et si

moi qui vous enseigne, je viens à faillir, ce n'est pas une raison pour que vous périssiez avec moi. Mais le disciple peut devenir meilleur que le maître, et celui

qui est arrivé le dernier peut devenir le premier

Si la trahison s'est trouvée parmi les apôtres, vous étonnerez-vous qu'il y ait entre les évêques des luttes contraires à la fraternité chrétienne 1 ? »

Puis il s'arrache h ces tristes pensées pour retourner promptement au grand spectacle du siècle, à cette conquête paciûque du monde soumis par la foi, miracle permanent dont l'évidence chaque jour croissante entraînait et subjuguait tous les cœurs.

i. /«/., Catech. xv, 7.

« Tout, s écric-l-il, doit vous convaincre de la puissance du crucifié; tout, jusqu'à voire présence ici. Qui est-ce qui vous a amenés dans cette enceinte? Quels soldats vous y ont traînés? Où sont les fers dont vous avez été liés? Où est la sentence du juge qui vous y a condamnés? — C'est le trophée de Jésus- Christ, c'est la croix qui vous a tous amenés ici ; c'est la croix qui a réduit les Perses à la soumission, qui a apprivoisé les Scythes ; c'est la croix qui a donné à l'Êgypte la connaissance du vrai Dieu, à la place de ces vils animaux, de ces chiens, de ces chats, de ces idoles de toutes sortes et de toutes formes qu'elle adorait Glorifions- nous donc de cotte croix, applaudissons et tressaillons de joie, adorant celui qui a été crucifié, et le Père qui l'a envoyé, et le Saint- EspriV 1 . »

De tels enseignements prêchés, ou pour mieux dire de tels chants de triomphe entonnés à l'ombre des sanctuaires élevés par la piété d'Hélène, en face du bois de la croix naguère souillé de boue, aujourd'hui tout étincelant des joyaux de la couronne impériale, retentissaient au fond de toutes les âmes et couvraient le bruit discordant des dissensions ecclésiastiques. Le courant du fleuve conservait encore assez de son impétuosité première pour franchir en bondissant les premiers obstacles déjà semés sur sa route.

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