‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 57 sur 297 · Soz., ii · texte numérisé non relu

Soz., ii

superflus, et un édit royal, rendu vers Tannée 313 condamna tous les prêtres à faire abjuration, sous peine de mort, ordonna la destruction des églises, et cita l'évêque de Ctésiphon, Siméon, à comparaître devant le roi, pour rendre compte de ses méfaits.

Siméon parut, en effet, au jour marqué, amené par des soldats et chargé de chaînes. 11 entra le front haut, et fit quelques pas devant le trône royal, sans se prosterner suivant la mode de Perse, à laquelle, jusque-là, les chrétiens n'avaient fait aucune difficulté de se conformer. Le roi lui demanda, fort en colère, ce que signifiait cette insolence nouvelle, a C'est, dit l'intrépide vieillard, que « Ton m'amène devant vous pour trahir mon Dieu.Quand « je venais comme voire sujet, jje n'ai point refusé de « vous rendre les respects dus à un souverain; mais il « n'est point permis de s'ineliner, au soldat qui vient dé- « fendre sa religion et la vérité. » — « Adore le soleil, « lui dit Sapor, et je te comblerai d'honneurs. Si tu re- « fuses, et toi, et toute la race des chrétiens, vous êies « perdus. » — Ni menaces, ni promesses ne firent effet sut Siméon ; mais, pour lui donner le temps de réfléchir, le roi consentit qu'il fut ramené ce jpur-là en prison.

1. Nous adoptons cette date, avec Tilîemont et Barontas, conformément à la Chronique iU S. Jérôme, mais contrairement à Sozomùne et à Tliéodorct, et à la chronique de Théophane, qni placent la grande persécution sous le règne de Constantin. Ce serait même, suivant ces historiens, à l'occasion de cette persécution que Constantin aurait écrit a Sapor Illettré que nous avons rapportée plus haut (première pirtie de cette histoire, t. u,p. 312 et suiv.) ; mais cette lettre ne fait aucune mention d'une persécution imminente.

lu moment où Siméon franchissait le seuil de la salle, un vieil ofûcier qui était de garde à la porte s'inclina et mit un genou en terre devant lui. Le confesseur lui jeta un regard de colère, et passa en délournanl le visage. L'officier s'attacha à ses pas», fondant en larmes et déchirant ses vêtements. C'était un eunuque, du nom d'Ustazade, très-attaché à la famille régnante, et qui avait veillé sur l'enfance dn roi, pendant sa longue minorité. II était chrétien d'origine, et l'avait été longtemps aussi de profession ; mais les menaces de l'édil et une vive affection, pour son royal élève, avaient triomphé de sa fidélité, et peu de jours auparavant il s'était décidé à adorer la soleil. La vue du péril et du courage de son ancien pasteur, qui avait été longtemps son ami, lui ouvrait les yeux, sur sa faute.

Repoussé par la généreuse indignation de Siméon, Ostazade alla dépouiller ses riches vêtements de cour, et, revêtu d'une robe noire, revint s'asseoir à la porte du palais, en poussant desombres gémissements, a Malheur à moi, disait-il! quel jugement portera donc de moi le Dieu que j'ai renié, puisque Siméon, mon ami, ne veut même plus me regarder? » Le roi, informé de cette scène lugubre, appela son vieil ami auprès de lui, et lui demanda avec intérêt quel malheur l'avait frappé. « Aucun malheur, ô roi, répondit l'eunuque; plût à Dieu que je fusse atteint de quelque mail... Je gémis au contraire de ce que je vis quand je devrais être mort, et de ce que je vois ce soleil que j'ai adoré pour

vous plaire. J'ai doublement mérité la mort : J'ai trahi mon Dieu, et trompe mon roi. Mais, j'en prends à témoin le Dieu créateur du ciel et de la terre, c'en est fait, je ne changerai plus. » Sapor, contrarié de celte défection inattendue, n'en conçut qu'une colère plus vive contre les chrétiens qui lui enlevaient ainsi ses meilleurs amis. Plusieurs jours furent employés h tâcher d'obtenir d'Ustazade, soit par intimidation, soit par des caresses, qu'il ne donnât pas le funeste exemple de l'insubordination; mais, ne pouvant arracher de lui une nouvelle faible$se, Sapor enfin perdit patience et crut que le supplice d'un favori serait plus propre que toute autre chose à répandre la terreur, et à faire connaître son inflexible volonté. Il ordonna donc qu'on tranchât la tète à Ustazade. L'eunuque apprit sa sentence sans faiblesse; mais, pour unique grâce et comme dernier témoignage de sa fidélité à Dieu et à son maître, il demanda qu'on fit crier dans la ville par un héraut public, qu'Ustazade mourait, non pour avoir trahi l'État, mais pour n'avoir pas voulu adorer le soleil. Il périt le Jeudi Saint, et le lendemain Siméon subit le môme sort avec cent autres prêtres chrétiens1.

La persécution devint alors atroce et générale. Les Mages et les Juifs parcouraient les campagnes et les villages, pour découvrir les retraites des chrétiens et les livrer aux bourreaux. Les sœurs de saint Siméon, accusées de sorcellerie et d'empoisonnement, puis livrées h

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