‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 61 sur 297 · Soi., vi, 33. — S. Epiph , Hœr., lui · texte numérisé non relu

Soi., vi, 33. — S. Epiph , Hœr., lui

190 Là JEUNESSE M JULIEN.

à fait dans leurs rangs, passa plusieurs années de sa jeunesse. Dans cette vie à la fois d'aventures et de prière , sous l'action de la ;gràce et du repentir, e t par l'essor d'une imagination naturellement originale, se développa chez Éphrem une éloquence émue et poétique, pleine d'onction. 11 avait par excellence ce que , dans le touchant langage de la piété mystique, on appelle le don des larmes ». ta II était plongé, dit un pieux biographe, dans un ttbime de componction. » « L'Esprit-Sainl, dit Grégoire de Nysse, lui avait donné une source si merveilleuse de science, qu'encore que les paroles coulassent de sa bouche comme un torrent, elles étaient trop lentes pour exprimer sa pensée. Quelque prompte que fût sa langue, elle ne pouvait suffire à l'abondance d'idées que son esprit lui fournissait. Elle dépassait la vitesse des autresintelligences, mais ne pouvait suivre la sienne. Et c'est pourquoi l'on dit que ce grand homme pria Dieu de modérer ce flux inépuisable, en lui

disant : Retenez, Seigneur, les flots de voire grâce. Car cette mer de science, qui voulait saas cesse se décharger par sa langue, l'accablait de ses flots *. » Les écrits de saint Ephrem, presque tous composés dans la langue syriaque, qui était l'idiome populaire de la Mésopotamie, et qu'il avait ployée, malgré sa rudesse, aux règles d'une versification harmonieuse, conservent, même à travers

1. S. Giè%.Ky&.,Encomium Ephrem. Syr.,àws les œuvres grecques de ce saint, 1. 1, p. 7.

». S. Greg. Nyss., 16., p. il.

d'ingrates traductions, cette verve, cet élan, cette émotion1. A côté d'une sagace intelligence des textes sacrés & d'une ardente piété chrétienne, on est touché de rencontrer un délicat sentiment des grands spectacles de la nature. On sent comme le parfum des bois.

Sincèrement dévoué à Jacques de Nisibe, de qui il avait reçu le baptême, et dont il imitait les exemples, Éphrem était venu, à la première nouvelle du siège, partager ses travaux et ses périls. L'attaque Tut plus rude à soutenir que dans les sièges qui avaient précédé. Sapor avait d'abord essayé de venir à bout de la ville par la soif, en détournant le cours de la rivière Mygdone ; mais les puits suffirent à la consommation des habitants, et ce moyen se trouva impuissant Profitant alors des tra-

I. Les écrits de saint Ephrem, faits en syriaque, avaient, de son ▼irant même, été traduits en grec, et on les lisait publiquement dans les églises. Le nombre en était très-considérable, car Photius lui attribue jusqu'à mille ouvrages, et Sozomène ( toc. cit.) dit qu'il avait composé jusqu'à trois ceut miUe vers. On a publié les œuvres de saint E[jhrem à Rome, en six volumes, mais seulement dans une traduction latine faite sur le texte grec; et l'authenticité d'un grand nombre de pièces contenues dans ce recueil est fort douteuse. Nous sous sommes servi, dans les extraits cités plus loin, d'un choix d'écrits fait et traduit en anglais par le rév. Morris, Oxford, 1847. — Sur la part prise par S. Éphrem au siège de Nisibe, on pp.ut consulter l'ouvrage récent intitulé : S. Ephrem, Syr. Carmin. Niiibera. Dickell. Leipzig, 1866.

». Jul., Or. i, h, p. 49, 50, 1Î&. — Chron. Alex., p. 536. — Théopb., Chronogr., 32. — ThéocU, u, 80. — . ZonM xiu, 7. Les détails de ces divers récits ne sont pas tous pareils. Ainsi Julien ue fait aucune mention de l'intervention de Jacques de Nisibe, et attribue la déroute des Perses aux effets de l'inondation provoquée par euxmêmes, et qui les aurait engloutis. Théophane rapporte commn un fait véritable l'apparition d'un ange ayant la figure de Constance, sur la muraille, etc. — Nous avons combiné ces divers récits de la manière la plus vraisemblable.

vaux qu'il avait fails, Sapor retint la rivière dans de hautes digues, puis, quand une masse d'eau suffisante lui parut accumulée, il lâcha subitement les écluses, et le Ilot vint battre de tout son poids contre les murailles. Une grande partie des remparls céda à ce débordement artificiel, et une brèche de cent coudées fut ouverte. L'assaut donné immédiatement aurait infailliblement emporté la ville, sans un orage effroyable qui vint en aide à la défense héroïque des habitants, en éblouissant les regards des Perses par une succession d'éclairs, et en chassant dans leurs visages une pluie abondante. Il fallut renoncer à profiter de l'avantage et à pénétrer dans la ville ce jour-là !.

Dès le soir, tous les habitants, toujours excités par Jacques et Ephrem, étaient à l'œuvre; et, pendant qu'une épaisse colonne d'hommes armés défendait la brèche, d'autres travaillaient à élever par derrière un second mur. On aime à penser que, pendant cette longue nuit passée au travail, ces pieux ouvriers répétaient quelque cantique d'Ephrem semblable à celui-ci, composé on ne sait à quelle veillée de Noël :

« Joyeux doit être l'homme qui veille, puisque celui qui veille toujours est venu pour nous éveiller... Ne veillez point comme l'usurier, qui pense pendant la nuit à l'argent qu'il a placé, qui calcule son capital et son intérêt. Ne veillez point comme le voleur qui a enterré le sommeil avec son larcin dans la terre. U

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