Philostr., m, tî
î. Cod. Theod. Çhron., p. 49 î vu, t. 1, 1. 4. - Jol., Or. i, p. 77, 78.
espérance. Peut-être aussi comptait-il ne pas s'exposer personnellement au péril de la mêlée. J Sa marche vers l'Occident fut prompte et résolue. 11 traversa Constanlinople , dont les habitants
étaient livrés à un grand effroi. Sa présence et son altitude déterminée les rassurèrent A Héraclée, il reçut une nouvelle députation de Magnence, à laquelle, par une faiblesse insigne, Vétranion avait consenti à s'associer. Magnence lui demandait en mariage sa sœur Constance, et lui offrait pour lui-même sa propre fille. Constance se montra encore inflexible, et ne ralentit pas un instant sa marche2. Zonare raconte que, remarquant quelque ébranlement dans ses troupes; il feignit d'avoir aperçu en songe l'ombre de Constantin qui lui défendait d'entrer en relations avec le meurtrier de son fils, et qu'il ranima ainsi le courage des soldats qui défaillait. Au pas de Sucques, défilé qui garde l'entrée de la Dacie, Vétranion l'attendait avec toute son armée rangée en bataille, mais sans manifester d'intentions décidément hostiles. Il eût été trop hardi de le sommer ouvertement de se soumettre : Constance entra en pourparlers avec lui, et lui demanda une entrevue pour s'entendre sur les conditions d'une alliance, et concerter une attaque commune contre Magnence. Une estrade fut dressée en vue des deux armées, et les deux chefs y montèrent. Constance, usant de la prorogative de son rang, prit la pa-
i, Thém., Or. m, vi, p. 42 et 56. — 2. Petrus Patricius, Excerpta de legationibus, éd. 1003, p. 27. — Zon., un, 7.
rôle le premier, et au lieu de s'adresser au général, il se tourna du côlé des soldats et se mit à les haranguer dans la langue latine, qu'il possédait parfaitement. Il leur rappela, avec une grande chaleur d'éloquence, les bienfaits de son père* en leur faveur, et les serments qu'ils avaient faits d'être fidèles à ses enfants. — a Laisserez-vous impuni, leur disait-il, le meurtre du fils d'un si grand roi, votre compagnon et votre chef dans tant de guerres, qui vous a comblés de biens et d'honneurs? Ne penseriez-vous point aussi, ajoutait-il en terminant, que, par le droit de la nature, les frères doivent recueillir l'héritage de leurs frères '? »
Constance n'avait parlé que de Magncncc, et le nom de Vétranion n'était pas sorti de sa bouche ; mais un grand tumulte qui s'éleva parmi les soldais montra assez qu ilsavaient compris sa pensée, et qu'ils se chargeaient eux-mêmes de l'achever : « Plus d'empereurs bâtards et illégitimes, s'écrièrenl-ils dans un accès de ferveur monarchique. » Et de loutes parts Vélranion se vit sommé par des gestes menaçants de dépouiller la pourpre et le diadème. Le vieux général, dont le caractère faible tenait, disent les historiens, de la nature d'un enfant, se sacrifia de bonne grâce et se jeta aux pieds de l'empereur, en implorant sa miséricorde. Satisfait de ce triomphe, Constance le releva, l'embrassa, l'appela son père, et lui offrit son bras pour descendre de l'estrade.
1. Zos., u, 44. — Jol., Or. 2, p. 143, 144. — S. Athan., ad Soi., p. 844. — Soc, u, Î8. — Soz-, IV, 4.
Sa présence d'esprit et son éloquence lui avaient ainsi valu, sans coup férir, une grande province, une armée de vingt-cinq mille hommes, et une juste popularité. Tout le monde vantait sa clémence, et Vétranion plus que personne. Retiré, par la suite, à Pruse, en Bithynie, où il vivait doté d'une riche pension, devenu chrétien fervent et tout consacré aux exercices de la foi et de la charité, le bon vieillard ne cessa de remercier Constance de Tavoir débarrassé du pouvoir suprême, et d'invoquer Dieu pour son bienfaiteur dans ses prières*.
Constance n'avait donc plus en tète d'autre concurrent que Magnence. La saison était trop avancée pour passer les Alpes, et il fallut hiverner à Sirmium en Illyrie2. Pendant qu'il y séjournait, attendant un temps plus favorable, on lui apporta des nouvelles de la frontière de Perse, qui faisaient craindre le retour des attaques de Sapor. Rétrograder en face de Magnence en armes eût été impossible ; laisser l'Orient sans défense, c'était le comble de l'imprudence. Constance vit ainsi de nouveau se dresser devant lui le problème que le génie seul de son père avait su résoudre. L'empire était trop grand pour un seul homme : de gré ou de force, le partage était nécessaire. Constance voulut au
1. Zos. — Zon. — Soc. — Soz. — Jul., hc. cit. — Thém., Or. it, p. 56.
2. A. D. 851.— Indictio. xi. — U. C 1104.— Post consulatnm Sergit et Nigrîtiani. — L'année est marquée ainsi, parce que les désignations consulaires faites par Magnence ne furent pas reconnues par Constance.
moins que la royauté ne sortît pas de la race royale.
D n'avait pas d'enfants lui-même, et une mort prématurée venait d'enlever l'impératrice. De la famille Fiavienne, décimée par tant de meurtres, deux rejetons seuls subsistaient, oubliés par le fer des meurtriers : 'c'étaient les enfants du patrice Jules Constance, sauvés par miracle dans le massacre de Constantinople, grâce
aux soins de Tévêquc Marc d'Aréthuse, qui les avait cachés dans ces jours d'horreur1. Une fois qu'ils étaient échappés au péril des premiers moments, il avait bien fallu les laisser vivre ; et, dès qu'ils vivaient, il fallait bien aussi les traiter en princes, leur rendre une partie au moins de leurs biens5. Constance s'était décidé à regret à les épargner, en se réservant de veiller de près, avec une sollicitude menaçante, à leur éducation3.
Ces deux jeunes princes, nés de lits différents, étaient séparés par une grande distance d'âge. Gallus, l'aîné, était déjà un homme fait ; Julien, le second, tout enfant encore à la mort de Constantin, sortait, en 350, à peine de l'adolescence4. On les avait longtemps séparés; Julien était resté spécialement confié aux soins d'Eusèbc de Nicomédie, dont il était parent par sa mère. Mais depuis
1. S. Grég. Naz., Or. iv, 91, 41 et sulv. 3. Jul., Fragmentum. Ed. Span., p. 290.