JolM ad Athen., p
4. La date de la naissance de Julien doit être fixée à 831 on 832. Écrivant aux Alexandrins peu de temps avant sa mort, qui eut Ueu en 363, il se donae 32 ans. Eutrope et Ammien Marcellin disent qu'à sa mort il n'avait que 81 ans. (Eutr., x, 16. — Axnxn, Marc, xxv, 8.)
lamorl de ce prélat, ils avaient été conduits ensemble dans un château de Cappadoce que les historiens nomment Macelle, et ils y avaient été, pendant six ans, environnés h la fois de tous les égards qu'on doit à des princes, et de toutes les précautions qu'on prend contre des prisonniers 1 : recevant des hommages, et ne jouissant d'aucune liberté ; ayant des serviteurs, et point d'amis.
Forcé pourtant de se donner un collègue, et voulant à tout prix un parent, Constance n'avait pas le choix: c'était dans cette retraite qu'il fallait aller chercher le nouveau César. Si, pour s'éclairer dans cette grande détermination, il prit alors des informations sur les dispositions de chacun de ses deux pupilles, les rapports qu'on lui en fit durent être fort différents. Rien n'était plus dissemblable, en effet, que le caractère et mémo l'extérieur des deux frères. Gallus était grand, bien fait de sa personne ; une belle chevelure blonde, l'un des agréments ordinaires de la race de Constantin, tombait sur ses épaules ; son visage, d'une beauté régulière, était animé par l'expression de passions ardentes, sensuelles, mais expansives; son naturel était violent et prompt à la colère ; il avait peu étudié, bien qu'on lui eût donné, comme à son frère, d'excellents maîtres; il était franc jusqu'à la rudesse2. Toute la personne de
1. Jul. ad Âthen., p. 499. — Amin. Marc, xv, 2. — Sox. v, 2. — S. Greg. Naz. Or. îv, 22.
2. Amin. Marc., xiv, 11. — Forma conspicuus bona, décente filo corporis membroi unique recta compage, ûavo capillo et molli, barba liciit recens emergeute lanugine teneia.
Julien, au contraire, était étrange et irrégulière. Son nez était droit, mais sa bouche trop grande, et sa lèvre inférieure tombait en formant une grimace désagréable: ses larges épaules contrastaient avec la petitesse de sa taille. Ces défauts étaient rachetés par des yeux brillants et une physionomie originale qui trahissait un feu contenu. Tandis que la contrainte sous laquelle l'un et l'autre avaient vécu, avait plus révolté que soumis Tâme impétueuse de Gallus, elle avait donné à Julien une réserve précoce et qui ressemblait à la dissimulation. Son premier maître, l'eunuque Mardonius, ancien ami de sa famille, lui avait enseigné à garder dans tout son extérieur l'apparence de la gravité et de la modestie, et à faire consister toute la vertu dans un exact cmpire sur soi-même. Dès le plus jeune fige, on avait donc vu le royal enfant marcher à pas comptés, les yeux baissés, et fuir les regards de ses camarades. Mais je ne sais quoi d'inquiet et de haletant dans toute sa personne, des mouvements convulsifs troublant soudain la gravité de son attitude, des regards sinistres jetés autour de lui à la dérobée, laissaient deviner cependant sous ce calme extérieur, les élans d'une ardeur mal comprimée1. De sa mère, qui avait été une dame d'un esprit cultivé, versée dans l'étude des poêles, il tenait, par héritage, le
1. Jul., Biisopogon, p. 80, 81 (éd. 1630); ad Athen., p. Î74 (éd. Span.). J'ai tâché défaire accorder ce portrait avec un autre fort différent que Grégoire de Naziauze trace (Or., v, 23), et sur lequel nous reviendrons, et aussi avec celui d'Ammien. Marcellin, xxv, 4, qui s'en écarte également en plusieurs points.
goût des lettres \ et cette disposition avait été fort développée par Vu lecture assidue d'Homère qu'on lui avait laissé faire dès ses plus jeunes années. Il s'était précipité en quelque sorte avec passion dans les études de tout genre, la grammaire, la rhétorique, et môme les instructions de la vérité chrétienne qui avaient tenu une grande place dans son éducation. Constance avait prescrit en effet, à cet égard, le soin le plus exact. Il avait voulu que ses jeunes cousins fussent élevés comme des chrétiens accomplis : on leur avait fait pratiquer avec rigueur toutes les règles ecclésiastiques, les jeûnes, les aumônes, l'assistance aux offices. On les conduisait avec dévotion aux tombeaux de tous les martyrs *. On les avait vus plus d'une fois l'un et l'autre, remplissant dans les cérémonies solennelles l'office de lecteurs, monter sur l'estrade qui faisait face au peuple, pour lire à haute voix les textes sacrés. Dans l'accomplissement de tous ces exercices, l'ardeur des deux frères paraissait égale ; leurs surveillants ne surprenaient chez aucun d'eux, ni ralentissement de ferveur, ni répugnance cachée. On racontait pourtant, comme un fait singulier, qu'ayant voulu bâtir en commun une église sur le tombeau de saint Marnas, martyr de Cappadoce, et chacun d'eux s'étant chargé de surveiller la construction d'une aile du bâtiment, celle qui était confiée aux soins de Ju-
i. Jnl., Mis., toc. cit.
a. S. Grég. Naz., Or., iv, 83.— Liban., Or., xt p. 169, -* Soc, m% 1. — Eunap., Vit, Soph. Maxim. — Théod., m, 2,
lien, toujours entravée pour un motif ou pour un autre, n'avait point été achevée Il semblait que Dieu refusât ses offrandes. Puis, dans les exercices de rhétorique que l'on faisait composer aux deux frères, Julien s'empressait de prendre le parti du plus faible; il se donnait presque toujours le rôle d'avocat du paganisme : c'était un jeu à la vérité, mais il s'y obstinait un peu plus que de raison, et ne se laissait battre qu'à la dernière extrémité*. Le jeune homme témoignait aussi, disait-on, un goût marqué pour l'observation des astres : on l'avait surpris, contemplant avec enthousiasme l'éclat d'un beau soleil d'été, ou perdu dans l'admiration d'une nuit étoilée, ce qui faisait craindre qu'il n'eût quelque propension pour le culte de Milhra, emblème de l'astre du jour, ou quelque faiblesse pour les visions de l'astrologie judiciaire.
Aucun motif de préférence ne portait Constance à s'éloigner du choix naturellement indiqué par le droit de 1 âge. Gallus fut donc désigné pour recevoir la dignité de césar, et Constance le manda pour lui en remettre les insignes. La cérémonie se fit avec des précautions qui indiquaient assez que la nécessité seule faisait violence aux instincts jaloux du fils de Constantin. On enjoignit à Gallus de prêter sur l'Évangile, en présence de plusieurs évôques, le serment solennel qu'il n'entreprendrait rien contre les droits de son cousin. Puis on lui