‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 3)Chapitre 7 sur 297 · S. Alhan., Epistola fettalit H, dans Mat, Nova Mliotheca · texte numérisé non relu

S. Alhan., Epistola fettalit H, dans Mat, Nova Mliotheca

U TI, p. 110 «t SUIT.

30 ATHANASS A ROME.

Mais pendant qu'il se concentrait lui-même dans ces nobles et paisibles occupations, autour de lui ses amis et ses partisans s'agitaient pour sa défense. Les évêques d'Égypte , de Thébaïde et de Libye , qui avaient gardé le souvenir du rôle humiliant qu'on leur avait fait jouer à Tyr, se rassemblent presque spontanément à Alexandrie au nombre de plus de quatre-vingts, pour rédiger une lettre collective, qu'ils adressèrent à tous les évêques du monde, et en particulier au pape Jules*. Cette lettre, que saint Alhanase nous a conservée tout entière, n'est qu'une dénonciation animée de la longue et odieuse intrigue qui se poursuivait sous leurs yeux depuis dix ans. C'est le plus précieux et le plus complet des documents qui* peuvent guider l'historien dans toute cette narration. Mais, outre l'intérêt qui s'attache à l'exacte connaissance des faits, l'esprit qui anime celte généreuse protestation ne permet guère de la lire sans émotion. Il y règne un chaleureux dévouement à l'innocence persécutée, un dédain contenu, mais fier, des menaces de la puissance temporelle, qui consolent et relèvent l'âme. Tandis que les intrigues ecclésiastiques et les faiblesses épiscopales ouvraient presque partout largement la porte aux empiétements de l'autorité civile, et semblaient prendre les

1. S. Athan., ApoL, p. 7ÎI.-757; ad. Afr., p. 940. — S. Hilaire. ex opère historico Fragm. Il, Paris, 1693, p. 1286. — Cest de cette lettre que nous ayons tiré la plupart des détails insérés dans le récit do second Tolume de cette histoire, relativement au concile de Tyr et à l'information de la Maréote.

empereurs par la main pour les foire entrer dans le sanctuaire, les évêques d'Égypte s'écriaient noblement: € De quel droit ces gens ont-ils pu réunir un concile contre nous? De quel front peuvent-ils appeler concile cette réunion présidée par un comte ; où des appariteurs de justice étaient présents ; où, à la place des diacres de l'Église, on voyait des gens de police introduire et foire ranger Ici assistants 1 ; où le comte parlait pendant que les évêques se taisaient ou se courbaient sous toutes ses paroles ; où ce qui plaisait au commun des évêques était empêché par le magistrat? Il commandait, et des

soldats nous faisaient mouvoir En somme, frères

chéris, quelle espèce de concile était-ce là, où la mort et J'exil pouvaient être prononcés contre nous s'il avait

plu à César? S'ils avaient voulu juger en évêques,

qu'avaient-ils besoin de comtes et de soldats et de lettre^ de convocation signées d'un empereur?..... Ne les écoMtez donc point, disaient-ils en lerminant, s'ils vous écrivent contre l'évêque Alhanase. Tout ce qui vient d eux est frauduleux et mensonger; et quand vous verriez les noms des évêques d'Égypte en tête de leurs lettres, n'y ajoutez aucune créance 2. p

L'émotion était grande aussi autour d'Alexandrie et pénétrait jusque dans les retraites des solitaires. Le

1. Sot le sens des mots speculator et commentarius employés dans la lettre des évêques, voir Cod. Theod., ix, t. m, 1. 5; xi, t. 30, 1. il, et les notes de Godefroy.

ft. S. Athan.,^., p. 728, 7ftO et 7».

32 ATHANASE a ROME*

pieux Antoine, du fond des déserts, faisait parvenir à son ami engagé dans les luttes de la terre, des parole* qui fortifiaient celte grande âme, mais qui eussent épouvanté un moins intrépide ; elles annonçaient un grand triomphe, mais précédé de longues et douloureuses épreuves. Un jour, après une longue extase, le saint s'était relevé de sa prière, tremblant et tout baigné de larmes : « 0 mes enfants, avait-il dit, qu'ai-je vu? J'aimerais mieux mourir... J'ai vu l'autel de Dieu environné de mulets qui le renversaient à coups de pieds; c'était une. grande confusion de bêtes qui sautaient et ruaient; et j'ai entendu une voix qui disait : Mon autel sera profané... Mais ne perdez pas courage, car la colère de Dieu n'est pas pour toujours, et il nous délivrera. . . Prenez garde seulement 5 la doctrine des Ariens *. »

Les lettres du pape tombèrent au milieu de cette émotion générale. Autant Athanase avait mis autrefois de répugnance et de lenteur à comparaître devant un concile

irrégulièrementconvoquéetsouraisàraction usurpatrice d'un magistrat; autant il mit d'empressement à répondre

au premier appel du chef légitime de l'Église. Cette 1

âme fière, pleine du sentiment de sa dignité et de ses

droits, avait su résister à un ordre de l'empereur : la

moindre prière du pape la trouva docile. Il était à Rome,

même avant toute convocation officielle, dès la fin de

l'année 339 a.

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