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boucliers contre leurs genoux , ce qui était le grand signe de joie et d'approbation dans les camps. A ce bruit militaire, le nouveau césar tressaillit, releva la téte et promena sur l'assemblée ses grands yeux pleins d*éclat; un sourire éclaira son visage. L'enthousiasme alors fut général : toute la foule se pressa autour du char où montaient ensemble les deux souverains, et leur retour fut un triomphe. Cependant, au moment de passer le seuil du palais, on entendit le prince, repris de terreur, murmurer tout bas ce vers d'Homère :
« La mort Ta couvert de pourpre , et la puissance du destin a mis la main sur lui. i>
jours suivants se passèrent en fêles : il n'y avait ytmais, dans la famille impériale, d'alliance politique «ns mariage ; et, quoique l'expérience eût bien prouvé fragilité de tels liens, on tenait toujours à paraître te resserrer. Ce fut Hélène, dernière sœur de Constance, îw'on destina à Julien. Eusébie se mêla encore très-acti- ^^oienlde cette union, et, en l'honneur d'un si beau jour, ^'fe Combla les époux de riches présents, parmi lesquels ^® P'tis précieux aux yeux de Julien était sans doute ""^ fiche bibliothèque, composée des meilleurs au- ^eor^ ^ A son tour, il rendit politesse pour politesse. Il ^''^ï^osa avec tout le soin dont il était capable, et dans
A.mni. Marc., /oc. cit. — Ilfafff, v. 23. • -^mm. Marc., loc. cit. — Jnl., Or. 3, p. Î30.
les formes traditionnelles des écoles, le panégyrique de Constance. C'élait Ténuméralion de toutes les vertus du demi-dieu qui siégeait sur le Irône impérial , le récit emphatique de ses exploits devant Nisibe ou contre Magnence*. En y regardant de près, on eût aisément reconnu l'imitalion d*un morceau d'apparat, déjà composé sur le même sujet par Libanius. C'était le même ton de pensée et la même école de style, avec je ne sais quoi de plus net et de plus dégagé, qui trahissait rhomme d'État déjà caché sous le rhéteur. Les récits de batailles, bien qu'encore pleins des lieux communs ordinaires, ont pourtant une précision qui indique des études et une aptitude naissante. Mais rien ne révélait dans ce morceau de flatterie ni les ressentiments légitimes de la piété filiale, ni les sympathies d'un secret adorateur des Dieux, l^as un mot qui ne pût convenir à un chrétien, et Constance y était loué de ses vertus de famille, par l'orphelin qu'il avait privé de son père*.
1. Il y a trois discours de Julien à leloge, soit de Coastance, soit de safeiiiiiie Eusébie. Tous les trois sout évidemment placés entre cette année 355,etrépoque de larupture des deux princes. Nous en mettons un ici,avec tous les chrouologistes (celui qui p<.)rte le numéro I dans tontes les éditions de Julien), et qui doit avoir été prononcé à Milan, ou présencc de Constance , puisqu'il ne contient aucune allusion aux doctrines favorites de Jiïiien. Les suivants, au contraire, déjà foil empreints d'un cat aclère païen, ou du moins philosophique, se rapportent à une époque où Julien, encore oMigé aux ménagements envers son coUègue, prenait pourtant déjà plus de lil»erté. Un souvenir d'Athènes, qui ne se trouve (jue dans l'édition de Spanhtùm (p. 8) , atteste aussi la disposition d'esprit d'un étudiant qui vient de quitter son école.
2. Jul., Or. 1, p. 60. M. Desjardins, dans la savante thèse citée
Un tel langage dut flatter rempereur, qui avait entendu naguère des vérités plus dures de la pari de vieillards plus faibles el moins oflensés. Toute en eur est sœur du mensonge, el il y a dans les causes perdues une faiblesse qui énerve leurs plus courageux soldats.
Malgré ces flatteries réciproques, la méfiance durait toujours entre les deux parents. Sous prétexte de composer la maison royale et militaire du césar, on changea tous les domestiques de Julien ; on ne lui laissa que quatre de ses serviteurs, à savoir, deux esclaves encore enfants, son médecin et son bihiiotliécaire. Ces choix n'^^laient pas tous heureux, car le médecin, qui se 'ïommail Oribase, était fort avant dans la confiJence de maire, dont il partageait les croyances païennes. Ainsi escorté, ou plutôt surveillé, Julien partit de Milan '® ^" décembre, et Constance l'accompagna jusqu'à Wque distance de la ville
demi -siècle s était écoulé depuis le jour où, ^«'chappant de Nicomédie, le chef de la race impériale ^^^'^ mis le pied en fugitif sur le territoire des Gaules. " ' Irait alors, ignorant de sa destinée, el ne sachant P^^ qu'il lui était réservé d'élever la croix, encore pros- 5^^ur les ruines des templ(?s. Au même âge, nourri ^ans l^j^ mêmes périls, mais l ame pleine d'un dessein
? \ ^oitfJeia dans cette pièce une nu.iure dironio carhoc sous la ^- - Nous no pouvons la découvrir.
' • ^> im Marc, /oc. n7. — Jul., ad Athen., p. 509 ; Or. 3, p. 24r,. — F-mi., 1 -7. 470.
30*2 LA JKL'NKSSR UE JTLIEN.
mieux arrêté, Julien s'avançait par la même roule, maudissant rœuvre de Constantin. Il trouvait partout les églises ouvertes, les autels de Dieu chargés de présents et d'hommages. Tout semblait changé, et pourtant, du sein de cette Kglise triomphante, des gémissements s'échappaient encore, plus profonds peut-être et plus douloureux. La persécution sévissait presque aussi rude que cinquante années auparavant, et avec cet accroissement inouï de douleur, que les proscripteurs et les victimes de TÉglise invoquaient tous deux le nom de Jésus-Christ. Déshonorée par ceux qui usurpaient son autorité, la Toi semblait ainsi imposer li*,$ mêmes souf- Trauces à ses serviteurs, tout en inspirant moins d'estime à ses ennemis. Triste fruit des prospérités humaines, et grande leçon pour ceux qui les appellent , les regrettent ou Vy confient!