‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 130 sur 321 · JuL, Or. 8,p. Î · texte numérisé non relu

JuL, Or. 8,p. Î

t. Voir première partie de cette histoire, i. ii, p. 307, 308.

le plus en vogue. La ville de Constantinople surtout , qui ne pouvait voir, sans quelque Jalousie, cette visite rendue à sa sœur aînée, mit un grand empressement à désigner son député. Ce fut un sénateur, du nom do Thémistius, grand philosophe, grand orateur, et surloiil grand flatteur, qui, malgré ses opinions païennes, avait déjà fait deux fois l'éloge de l'humanité et de la philosophie de Constance, et avait mérité ainsi les honneurs de la curie. Thémistius se hâta de composer son morceau d'éloquence, destiné à rappeler, en style pathétique, à l'empereur les mérites et le dévouement de la seconde Rome. Tombé malade, au moment de se mettie en route, il ne voulut pas laisser perdre son chefd'œuvre : il eut soin de l'envoyer à l'empereur, d'en faire publiquement lecture à ses concitoyens, et la postérité peut encore l'admirer aujourd'hui dans ses œuvres'.

A Rome les préparatifs ne furent pas moins empressés. C'était toujours celte même population, avide de plaisirs et de fêles , incapable autant qu'insouciante d'aucune vraie liberté, mais conservant avec ses maigres la franchise de son langage, comme un souverain déchu qui garde encore dans ses manières la dignité d" rang qu'il a perdu. Celle fois, le plaisir de revoir un ^"ïpereur après trente ans de privation et de péni- ^'^ce, le divertissement des fêtes qu'on se promettait,

Themist., Or. 3, p. 40 et suiv. — Voir aussi la vie de ce rhéteur ^ te père Hardouiu, en tète de ses œuvres, Paris. 1784.

PERSÉCUTION AftIENNE.

Temportaienl chez elle sur toule autre pensée. Puis uo grand changement s'était opéré.sinon dans les mœurs et ïos vrais sentiments, au moins dans la foi extérieure des habitants. La désertion de l'autorité impériale avait laissé agir sans contre-poids Tascendant de rautorilé spirituelle. La grandeur de l'évêque de Rome avait profité de leloignement de Tempereur 5 et, par suite de cet accroissement , aussi bien que par la distribution habile et bienfaisante des richesses attribuées à TÉglise romaine, et par Tinfluence des vertus de ses pontifes, le christianisme avait fait dans les rangs du peuplade trèsrapides progrès. Le sénat, les corps constitués , restaient encore, il est vrai, presque exclusivement voués au culte des faux dieux et ne voyaient peut-être pas sans in- ([uiétude un voyage dont ils pouvaient suspecter les n)olifs. Mais le peuple était désormais au naoins partagé, et Constance n'avait point à craindre de lui la malveillance séditieuse qui avait jadis irrité Torgneil et égaré r^sprit de son père.

Ce fut dans les derniers jours d'avril que le cortège impérial , suivant la voie Flaminienne *, arriva à proximité de Uome. A plus de quinze lieues encore de la ville, au petit village d'Otriculi, dans le voisinage de

1. La date du voyage de ConsUiaco à Rome est déterminée dans les FastPs iC Id/tcc et la Chnmiquo Alexandnne. S. Jérôme s'est trompé d'ane aunée. Ammien Marcelliu dit qu'il n'y resta qu'un mois, et qu*il ea partit le iv kal. de juin ou le 29 mai. Sou arrivée eut donc lieu dans les derniers jours d'avril. — Cf. Glynton ^ Fa^/i Romani. — Cod. Théod, Cfiron., p. 57.

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Narni, Çpi)stanc0 fit ranger m bataille ses compagnies protecteurs 9 toutes composées de beaux jeunes hommes, (ils des premières familles de l'empire , et qui s'avançaient plutôt parés qu'armés c|e leurs boucliers et de leurs casques d'or. Leurs bannières , chargées de lourdes broderies se dre$aaienl au-dessus de leurs têtes, trop rigides pour flotter au vent * . c( Ce n'était plus le temps, dit tristement le stoïque A>mmien , ou les plus vieux généraux se contentaient, dans la paix • de fflarcber précédés de deux licteurs. y> Puis venait ConslaDce lui-même , assis sur un chariot doré, et littéralement couvert de pierreries. Les rayons du soleil, réfléchis par ces métaux et ces joyaux divers, formaient, en ^jouant, mille feux étincelants. Ilétaitseul,car,par une étiquette sévère dont il était rinvenleur,il s'était imposé Id régie de n'admettre jamais personne dans sa voilure. Au-4essus de sa tête flottaient les étendards de pourpre consacrés, sortes de ballons tissus en forme do serpents, le vent s'engoulfrait par la gdeule avec un siflleï^enl étrange, et simulait ensuite de redoutables mou- ^eoienls de queue-. Derrière s'avançaient les cohortes ^6 cavalerie, nommées caiaphractes, toutes bardées de ^^r, de pied en cap, mais dont l'armure était faite de

RigeQliaqne auro vexilla.

Ces dratjoQs figurent dans plusieurs autres desciiptious ae cor- ^e^s impériaux. Lindenbro?, dans la note de ce passage d'Ammien ^fccllin, cite, entre autres, S. Jean Chrysost. Orat. ik futuro Dci j^icio ; S. Grég. Naz., iv et v; Claudien, in ILl consuL Uonor., etc.

mailles si légères et si flexibles » qu'elle se prêtait à tous les mouvements du corps. C'était une invention que Constance avait lui-même empruntée aux Perses*.

La roule grossissait de moment en moment autour du cortège. Aux portes de la ville, on trouva le sénat Jes grands corps, les chefs des familles patriciennes, qui venaient apporter leurs hommages. Les cris de vive l'empereur Auguste retentissaient de toutes parts» et se mêlant nu bruit des clairons, puis répétés par les échos des montagnes, produisaient un fracas étourdissant. Mais Constance , immobile sur son char, ne tressaillait pas, ne sourcillait pas, ne clignait pas les paupières. U ne cessait de regarder fixement devant lui, portant le corps roide^ la tête haute, ne tournant les yeux ni à droite^ ni à gauche : les cahots de la voiture ne lui arrachaient pas un mouvement. Durant toute la cérémonie, on ne le vit pas une seule fois ni cracher ni se moucher, ni passer la main sur son visage. On ne lui surprit qu*un seul geste : en passant sous les portes, il courbait sa petite taille, comme s il eût craint que son front n'allât heurter le sommet des arcs de triomphe. Ainsi s'avançait, à travers les flots des Romains surpris, l'idole que l'Orient envoyait à leur adoration ^.

Quand il crut avoir fait suffisamment preuve d'une majestueuse impassibilité, il sortit enfin de ce rôle de= statue pour faire entendre à ses sujets une éloquence

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