‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 129 sur 321 · Amm. Marc., zri · texte numérisé non relu

Amm. Marc., zri

LA PERSÉCiJTION ARIENNE. 369

On lui persuada, ou ii s*imagina lui-même que, quand l'empereur s*élait déclaré ennemi des dieux, ceux qui les consultaient encore avaient nécessairement juré la perte de leur souverain. Il crut qu'on ne pouvait demander aux démons que la mort du prince chrétien et du plus grand des serviteurs de Dieu. Dès lors, interroger les augures ne fut plus seulement offenser Dieu, ce fut offenser l'empereur: ce ne fut plus un acte d'idolâtrie, ce Ittt un crime de lèse-majesté, mot bien autrement terrible éveillait la cendre des Domitien et des Néron. Il n'y eut plus de jour où quelque grand de la cour ne fût mis en jugement pour une accusation de ce genre *, et Tâpre inquiétude de Constance s'aigrissant sans mesure se ré- ^^la enfin dans la loi suivante , adressée principalement ^ sa cour, à ses amis. Peut-être aussi était-elle destinée ^^Ire entendue au delà des Alpes par le jeune César, ^<>nl le nom, comme on le verra, s'illustrait tous les J^nrs aux armées , mais qui continuait à porter dans ^wlesles affaires religieuses une modération suspecte.

«Bien que d'ordinaire, et sauf les exceptions pré- ^^esje corps des hommes élevés aux honneurs ne doive I^ïnl être soumis à la torture, et quoique les magiciens ^e toute sorte, quelque partie de la terre qu'ils habitent, doivent être tenus pour ennemis du genre humain; ^pendant, comme ceux qui font de tels métiers ert notre offensent plus directement encore notre propre

Anam. Marc., xtiii, 8; m, ii.

ni.

370 LA PEftSÉCUtîON AfttteNNE.

Majesté, nous décidons que si quelque magicien, ou quelque homme mêlé aut pratiques itiëgiques (qtiê le vulgaire appelle faiseur de maléfices) , ou quelque arttspice , oii quelque diseilr de bonne aventure, auguré Od mathématicien , ou divinateur de sotige;^, eil uti mot, quelque homme de celte espèce, est saisi dans noire coUï* ou dans celle de César, aucune dignité ne le préservera des tourments et de la mort. El s'il refuse d'avotter le crime dont il est convaincu , il sera mis sur uri chèvalet, dos ongles de fer déchireront ses flânes, el il expiera ainsi justement son crime ^ »

Ces excitations à la violence, propagées de lacourédfiâ les provinces, y avaient nécessairoment pour conséquence de chuelles exécutions. La loi sans doute n'tXéil pas rigoureusement appliquée partout, el plus d'une population , profitant de la connivence des gouveriletirs païens , défendait encore ses vieux oracles. Mais il tt'en fiillail pourtant pas davantage pour qu'un minlslre qirt voulait plaire, pftl arbitrairement, sur le soupçon toujours facile à justifier de pratiques augur{^les, fermer les temples, les détruire, les piller, et en offrir les dépouilles à réglise voisine, si elle avait à sa tête un pnHre hérélique bien vu du maître, ou à quelque eunuque soi-disant chrétien de la communauté*. Par

1. C<x/. Théod., IX, t. 16, 1. (i. — Cette loi est do l aunée 858, postérieure par consétiucnt d'un an à r«.*pr)quo où nous sommes par?enii8; mais nul doute qu'elle n'ait été motivée par une longue suite de faits antérieurs.

2. Amm. Marc, xxii, 4, dit des courtisans de Constance : PastL

ces fayeurs compromettantes, l'Église devenait complice, aux yeux des peuples, d'un zèle amer qu'elle n'avait pas provoqué, dont elle éprouvait elle-même les plus rudes atteintes , et contre lequel protestaient en vain ses véritables représentants. Des lois sévères contre les Juifs, des exemptions imprudentes et excessives accordées au clergé ' , achevaient de jeter indistinctement sur tout ce qui portait le nom de chrétien une sombre couleur de cnpiditéet de violence; et la postérité môme, trop aisément trompée par cette confusion, a fait tomber plus d une fois sur rÉvangile la solidarité des méfaits du persécuteur d'Athanase

Ravi cependant d'être obéi, même au prix du sang des innocents et de Thonneitr de l'Église ; contemplant d'un sec toutes les ruines qui l'environnaient, les temples dépouillés, aussi bien que les églises détruites; nageant dans I orgueil de la toute-puissance , Constance n'avait plus qu'une pensée: c'était d'aller se faire voir , dans ce comble de la grandeur humaine, à la capitale de Tem- P''^ , qu'aucun empereur n'avait visitée depuis trente et qui éiait restée en suspicion depuis les mauvaises

I^Ptorum spoUis; et S. Hilaire dit à Constance : Auro reipublicœ ^^uin oîieras, et vel detracla templis, vel publicata edictis, vel

PcBnis Dec ingeris. Ad. Const. Imp. p. H45. . • ^od. Théod., XVI, t. 8, l. 6 cl T^til. «, 1. 11 et li. J'ai analysé 128, ces dtux derni»;ies lois.

' '-^ .{rtupart des historiens ecclésiastiques s'accordent à blâmer, ^ ^'^^^ intempestive et violente, la conduite de Constance à l'égard du Païen pendant ces dernières années. Le professeur Dullinger, Ses Origines du christianisme, qualifie proprement ^absurde et * ^ protection donnée par Constance au christtanisme, t. ii, ch.

(lisposilions qu'elle Avait témoignées à Conslantin. Un voyage à Rome était le rêve de son ambition enivrée, et, dès le milieu de 357, il se crut en mesure de le réaliser. Une légère victoire remportée dans une bataille livrée à coup sûr contre les Barbares, en Khélie, lui permettait de donner à son entrée toute la solennité d'un triomphe. Il s'était assuré, d'ailleurs, des dispositions paisibles de la population, en envoyant, dès Tannée précédente , sa femme Eusébie sonder la terrain. La grâce de l'impératrice, sa beauté, sa douceur, des abondantes aumônes, lui avaient gagné tous les cœurs, et elle avait rapporté de ce premier voyage des impressions qui permirent à son époux de satisfaire en sécurité le désir qu'il nourrissait depuis longtemps

Rien ne fut négligé pour la splendeur de la cérémonie. L'empereur se fit accompagner de sa femme et de sa sœur Hélène, destinée à représenter Julien, qui n'avait pas de temps à perdre en fêles , ou qu'on ne se souciait pas de produire. Le jeune prince persan llormisdas, frère de Sapor, banni de sa patrie dès son enfance et élevé, comme on l'a vu, 5 la cour impériale', devait se joindre au cortège pour en augmenter l'éclat. Toutes les grandes villes furent invitées à envoyer des couronnes d'or qui durent être présentées au souverain le jour de son entrée, avec Taccompagneinent obligé d'un panégyrique fait parle rhéteur du pays

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