‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 141 sur 321 · Coft. Th^od., XVI, fit · texte numérisé non relu

Coft. Th^od., XVI, fit

triomphait. Depuis quarante ans que ce grand débat s*agilait devant le monde , deux systèmes avaient été en présence, celui de la vraie foi qui unissait les diverses ^rsonnes divines dans une commune majesté et dans une égale adoration; celui d'une philosophie téméraire c|ui sondait et scindait la Trinité » el portail la division «Jans la substance divine. Entre ces deux doctrines tranchées flottait un groupe d'esprits moins décidés, qui cherchaient à expliquer le dogme sans le détruire. Chacune c3e ces opinions avait son sens philosophique et théolo- Sique. Identité, similitude , dissemblance de substance, chacun de ces mot^ représentait, sinon une vérité, au moins une idée et une conviction. Mais les vainqueurs «le Constantinople étaient également étrangers à toutes les nuances de la pensée chrétienne; c'était un ramas d'hommes dépourvus de croyance, qui prononçaient ^ne suite de mots vides de sens. La formule de Rimini déclarant que le Fils est semblable au Père , sans dire s'il est son égal , son inférieur, sa créature, ou l'associé de ses œuvres, ne tranchait aucune question , et défiait l'examen par sa nullité même. Elle n'était ni orthodoxe, ni semi-arienne, ni pleinement arienne. C'était une pure arme de guerre , une équivoque destinée à recruter des alliés et à frapper des adversaires dans tous les rangs. Jamais ne fut consommée plus audacieuse invasion de la politique dans la religion.

Jamais aussi la servitude ne produisit de fruits plus amers. Sous une apparente unanimité, arrachée par la

force , la confusion était partout. « Le monde, dit saint Jérôme par une exagération éloquente, gémissait et s*étonnait de se trouver arien «. » Chacun élait surpris de ce qu'il avait fait, de ce qu'il avait dit et de ce qu'il était. Dans l'Église chacun avait peine à reconnaître sa foi; dans l'hérésie personne ne comprenait plus son système. A pari les lumineuses exceptions qui brillaient dans rexil,au milieu de cette série d'épreuves diverses, tour u tour les plus fidèles avaient faibli, et les plus obstinés s'étaient rétractés. Touserraient maintenant, égarés, cherchant leur voie, et privés de leurs guides. Les évèques, rentrant dans leurs diocèses , rapportaient et répandaient autour d'eux le trouble de leur esprit Heureux encore quand le désordre ne descendait pas aussitôt dans la place publique et dans les rues. Osîus^ à peine de retour à Cordoue, mourait tristement, ne

1. s. Jér., Dial. ado. Luc., 19 : « Ingemuit totus orbis et ariannm miratus est se esse. » Cette phrase est évidemment une exagération de rhétorique, car la formule signée alors par la plupart des évèques d'Occident et d'Orient était plutôt encore un non-sens qu'une hérésie. Elle laissait dans le doute la question qu'on avait tranchée à Nicée, défendait même de Tagilcr, mais elle ne la résolvait pas précisément en sens contraire. D'aillenrs, il s'en fallait bien qu'elle eût en sa faveur, je ne dis pas l'unanimité, mais même la majorité des évéqnes. Le nombre des prélats présents à Rimini, à Séleucie, élait petit, et on verra de combien de protestations leur faiblesse fut suivie, à commencer par celle du pape Libère, que nous relaterons plus tard. Kn tout, il n'y a eu dans toute cette époque qu'une seule décision de toute TÊglise, et par conséquent. un seul décret de foi infaillible: celui de Nioee,et celui-b ne fut jamais ni retiré, ni modifié par aucune autorité égale à celle qui lavait iwrté. Les autres décisions furent toujours isolées, partielles et failUMes. Il y eut donc du trouble, de la confusiou d;tns les t sjirits et dans les consciences, jamais contradiction dans la véritable loi ecclésiastique.

LA FERSÉCUTION ARIENNE. 443

pouvant supporter les reproches de sa province, et maudissant d'une voix faible l'erreur qui l'avait déshonoré*. Rome se partageait violemment entre le peuple attaché au pape Libère, malgré sa faiblesse, et un groupe d'héï^liques obstinés qui suivaient l'usurpateur Félix Parmi les évêques défectionnaires de Rimini, les uns, honteux et repentants, écrivaient aux confesseurs exilés pour demander pardon. D'autres s'enfermaient dans teurs églises, ne voulant plus communiquer avec per- ^nne, ni entendre parler de rien. D'autres enfin s'cnga- Epient et se maintenaient, par vanité^ dans l'opinion qu'ils avaient embrassée par terreur Dans les rangs 4e Tarianisme, c'étaient mêmes incertitudes, bien qu'avec ■'^oins de scrupules, et mêmes querelles , tempérées par ^oiiis de charité. Le calme, banni du monde chrétien, ne régnait plus qu'au fond des retraites de la solitude. Là ^ reflétait dans le cristal des âmes pures cette lumière ^ Nicée, brisée de toutes parts par le prisme de l'erreur.

^ Heureux , s'écriait du sein des âpres montagnes de

^- Marc, et Faust., p. 35 et 39. — S. Hil., Fragm. p. 1356. l\ atténaer certainement la sévérité des lucifériens Marcellin e^ ^^^Win sur la fin d'Osius, parce que Topiniou de ces deux écrivains ^ portait à noircir, autant qu'il était en eux, la conduite des défec- ^QûUaires. Mais la lettre citée dans les Fragments de saint Hilaire ^y^atc cependant que le retour du vieux confesseur en Espagne ne *ûF>éra point sans scandale.

Blarc. et Faust., p. k. — Soc., ii, 37. — S. Jér., Chron. — Voir "î^fOftius, Afin, eccl., an. 357, § 57, sur les troubles qui, d'après les "■^iiuments de l'Église de Rome, suivirent la rentrée de Libère. ^- 8.Jér.,/)ûi/.a(fo. ittc.. 19.

la Mésopotamie un de ces élus du désert , heureux celui qui a fixé son regard sur le miroir limpide de la vérité pour y regarder le mystère de la génération divine qui surpasse toutes paroles!.. Heureux s*il a élevé autour de ses oreilles la muraille du silence, et si les discussions des docteurs ne l'ont point franchie ! Heureux celui qui a laissé croître silencieusement en lui les ailes de TEsprit-Saint, et, voyant qu'il y a des débats sur la terre , a pris son vol et s'est élevé vers le ciel! Heureux le matelot de la Toi qui , des orages de la controverse, a abordé dans le port du silence! Heureux celui qui a senti que le langage de sa bouche était trop faible pour celte inexprimable génération de Dieu,., qui ne se perd point dans la recherche de Tincompréhensible, mais qui chante devant toi, Seigneur, comme une harpe dont les sons portent la paix à ceux qui l'entendent... Heureux celui qui est muet quand on discute ta génération, mais qui résonne comme une trompette quand on Tadore! Heureux celui qui sait qu'il est difficile de te connaître, cl qu'il est doux de te louer!.. Heureux qui n'a point goûté la sagesse des Grecs, ni perdu la saveur de la simplicité des Apôtres »

Ainsi parlait, avec une suavité céleste, la piété attristée des solitaires. Mais d'autres, plus actifs et nés pour la lutte, ne consentaient pas à se réfugier dans ce port du silence. Au contraire, du sein de l'oppression , dans

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