‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 191 sur 321 · Jul, Ep, VII (Ed. Span.),p · texte numérisé non relu

Jul, Ep, VII (Ed. Span.),p

î. Jul., Fmgm, (Ed. Span.), p. 468, 454.

était pas exempt de malice, à faire à chacun des prorits une réparation personnelle et nominale, et à mener ainsi combien il était au courant, dans le dernier itail, des divisions des chrétiens. Il en avait connu un "and nombre dans sa jeunesse, tant orthodoxes qu*hé- Cliques : il leur écrivit lui-même, de sa main, des letes caressantes pour les engager à le venir trouver, rappant à toutes les portes, il s'adressait à la fois à un 9 ses anciens camarades d'école, déjà connu pour être an des champions les plus déterminés du Consubstan- 'el, et au grand coryphée des novateurs, Àétius. A un comme à l'autre, il rappelait leurs anciennes rela- ODS : « Venez, leur disait-il ; vous trouverez ici une our sans hypocrisie, la première de ce genre peut-être [ue vous aurez rencontrée, où les flatteurs sont réputés i régal des plus dangereux ennemis. Nous nous accusons t nous reprenons les uns les autres, lorsqu'il y a lieu, ans nous aimer moins pour cela. y> Puis il leur ofl'rait I tous deux les voitures publiques pour se rendre à la our. Il en écrivait autant à l'évêque de Sirmium, liotin, et faisait montre de sa science théo logique, en iscutant avec lui la subtilité dogmatique très-délicate oor laquelle il avait été condamné quinze ans auparaant<.

S*il en faut croire Ammien Marcellin, que sa qualité

1. Amm. Marc., xni, 5. — Soz., v, 5. — Jul.. Ep. xii et xxi (Ed. (pan.), p. 881 et 404. — S. Chrys., De sanct, Babyld (Ed. Gaume), . II, p. 686. — Maffei, Osservazione litterarie^ t. m, p. 69. — Tourlet 'Euvres de Julien^ t. m, p. 854.

de païen et d*ami ne rend pas suspect dans ses blâmes, ces invitations amicales renfermaient un piège caché. Julien aurait voulu se donner le plaisir de faire lutter les chrétiens entre eux devant lui et devant sa cour. « Il pensait, dit Ammien, que la licence de tout croire augmentant les discussions, il n'aurait plus à craindre de trouver devant lui une population unanime , ayant éprouvé lui-même que les bétes féroces ne sont pas plus ennemies des hommes que les chrétiens ne le sont souvent les uns des autres » En ce cas, sa tactique ne réussit qu'imparfaitement, car il ne parait pas qu'aucun des grands évéques, véritables représentants de la vraie foi , se soit soucié de venir se défendre devant l'apostat qui la reniait. Ni Àthanase ne sortit précipitamment de sa retraite encore inconnue; ni Hilaire ne quitta sa Gaule chérie ; ni Libère ne couh promit de nouveau, dans l'atmosphère des cours, l'énergie retrempée de son caractère. En revanche, des hérétiques de toute espèce, il en vint, et en grand nombre : leur habitude de flatter la puissance survivait même à tout espoir raisonnable de l'employer à leur proflt. Ariens, semi-Ariens, Novatiens, accoururent sans trop se faire prier, et Julien les reçut de bonne grâce ^ Il eut même la joie de voir arriver du fond de l'Afrique les émissaires d'une petite secte qui avait eu ses jours de

1. Amm. Marc, ixii, 6. Cest Texpression même employée par Athanase pour exprimer les fureurs des Ariens.

2. Ib. — Soc., II, 38; iii, H, atteste l'extrême fareur témoignée par Julien aux Novatiens.

'enoniy mais qui s*était bien effacée dans les grands truii- )le8 religieux de I*empire. C'étaient les Donatistes, les miniers hérétiques à qui Constantin eût fait sentir le Krtds du glaiTe séculier ^ Ils étaient demeurés tranquil- », sous un régime de demi-tolérance, pendant les derières années de ce grand prince; mais l'anarchie reliieuse et politique qui avait suivi leur avait rendu le oarage de s'agiter de nouveau et de se livrer h une proftgande active. Un chef habile» qui, par une singulière oincidence, portait le même nom que le fondateur même e la secte, Donat de Carthage, homme d'une éloquence lopulaire et d'un caractère audacieux, qui exerçait sur es partisans une véritable fascination et bravait hautenent les magistrats et même l'empereur, avait puissamnent contribué à leurs progrès. Ils avaient étendu leurs ramifications hors de l'Afrique et jusque dans l'I^.glise le Rome, où ils avaient osé établir un évêque en face môme du successeur de saint Pierre. Mais leur force principale venait de l'appui qu'ils trouvaient dans une horde de paysans révollés, débris de la vieille popuàtion punique, incapables de tout temps de porter le !mg d'un gouvernement régulier, et qui s'étaient préipités dans le schisme pour y braver plus à leur aise rate loi humaine aussi bien que divine. Ces furieux, n proie à une grossière exaltation, vivaient d'une exis- SDoe nomade^ parcourant les campagnes, pillant les

1. Ydr pnmière partie de cette Histoire, 1 1, p. t56 et soir.

maisons, violant les femmes, massacrant les propriétaires, assassinant les voyageurs, et couromuint celle série de forfaits par la singulière manie du suicide. Une mort violente au bout d'une vie sanguinaire et débauchée, c'était l'ambition de ces têtes échauffées par l'enthousiasme d'une superstition bizarre, par le désespoir d'une vie misérable et par l'ardeur du soleil d'Afrique. Les Circoncellions (c'était le nom de ces farouches auxiliaires) avaient fait à la fois la force et la honte de la secte des Donatistes ; ils avaient attiré sur eux les plus justes rigueurs de l'autorité impériale. A plusieurs reprises, dans les dix dernières années du règne de Constance, l'Afrique s'était vue le théâtre des plus hideux désordres, suivis d'une répression sanglante. Condamnés par un concile de la province d'Afrique, et déportés par un édit de l'empereur, Jes Donatistes semblaient enfin abattus, et leurs prêtres et leurs évèqaes languissaient dans l'exil, quand l'appel de Julien vint les en tirer. Sur-le-champ ils firent partir une députalion pour demander à être réintégrés dans leurs droits, et ils la chargèrent d'une requête rédigée dans les termes les plus respectueux et, par avance, les plus reconnaissants.^ ^ <c Nous savons, lui disaient-ils, que la justice seniors ^ règne sur votre esprit »

1. Optât. Milev., 1. m, p. 60, 70 ; 1. ii, p. 48. 49. — Conc. pooK^r»., éd. Labbc, t. ii, p. 713. — S. Aug., Contra epistolam Pannenin ^^Kini Donntistœ; çojitrn lifteras Petilianiy 1. ii, c. xxxix; in Cresconium. Br^^ reviculum collationis cnrthaginiensis ; Ad Donatistas post collationr ~w, passim. Tous ces traités se trou veut dans le tome vu des œuvres de

Ce compliment touchait Julien au point sensible : ien ne pouvait d*ailleurs le flatter plus que d'avoir

réparer des injures dont l'origine remontait jusqu'à onslantin. Aussi, sans se demander si les Donatistes et lurs alliés les Circoncellions n*étaient pas coupables de lelque autre méfait que de leur erreur dogmatique, il rdonna sur-le-champ que les pétitionnaires fussent stablis dans tous leurs droits ^ Puis il put se donner

son aise la comédie qu'il souhaitait. Il fit venir tous is représentants des sectes chrétiennes , présents à sa 3ur, et les engagea à vivre en paix sous sa protection : Suivez mes conseils, leur dit-il avec emphase. Les Jleoiands eux-mêmes et les Francs s'en sont bien rouvés. » Le tour était heureux, mais Ammien, qui ne tasse rien à son héros, ne manque pas de nous averir qu'il n'était pas entièrement original, et que Marc- Lurèle, dans une occurrence semblable, importuné des daintes des Juifs, avait déjà laissé échapper, avec plus le naturel, une exclamation analogue^.

Ce qui rendait la modération de Julien ^ l'égard des hrétîens plus facile peut-être et moins méritoire, c'est DB, pour les frapper, et même assez sévèrement, il

klitîon de Louvain. —Ep, 85, 88, 205, 134. Ordo novus, éd. Migne, (45.

i. Optât. Miley., m, p. 54. — Tous les détails du schisme des CMiatistes à cette époque, épars dans les controverses soutenues contre IX iNir S. Augustin au siècle suivant, sont fort bien résumés dans lOQTTage récemment puMié en Allemagne : Donatus und Augustinus i Ribbeck, Elberfeld, 1867, vol. i, p. 113-156. t. Amm. Ilarc.> xxii, 6.

n'avait presque pas besoin de paraître les poursuivre nL

même de s'apercevoir de leur existence. Il lui suflisai^^ de lâcher la bride à la réaction qui s'opérait de touIccLji parts contre les favoris de Constance et contre les prin^— . cipales mesures politiques de ce souverain. Gomme tou 9 les ministres de Constance avaient été chrétiens ou soi-* disant tels, Julien, en réparant de justes griefs, ou e/i donnant cours à des représailles légitimes, se délivrait sans éclat, sinon de ses plus honorables, au moins de ses plus puissants ennemis.

Le peuple, en effet, longtemps opprimé et toujours turbulent, demandait des victimes : on les lui accorda avec largesse. Une commission de justice, composée du préfet d'Orient, des consuls désignés, des généraux Arbétion et Agilon, du maître de la cavalerie Jovien et du préfet Hermogène, ami particulier de Julien, mandé par une lettre expresse de lui, eut charge de prendre connaissance de toutes les concussions qui s'étaient commises dans les dernières années et de faire rendre gorge à tous les spoliateurs. Les dénonciations ain^i provoquées ne manquèrent pas, et la commission, qui se tint à Chalcédoine dans le camp des Protecteurs, mit une promptitude militaire dans ses décisions. Les premiers coups portèrent sur des hommes justement

détestés. L'agent d'affaires Apodème, un des instru

ments les plus actifs de la mort du malheureux Sylvain.,* l'odieux PauMa-Chatne , l'intrigant eunuque Eusèbe^ furent envoyés au supplice au milieu de rexécratiori

générale. Malheureusement il est difficile de s arrêler sur la pente de la délation et de la vengeance. Aux grands coupables succédèrent les moindres, puis enfin les innocents. Le choix des commissaires, d*ailleurS| n'était pas heureux. Arbétion était lui-môme un homme insolent, cupide, qui usa de sa puissance momentanée» soit pour satisfaire ses propres ressentiments , soit pour flatter son nouveau mettre en châtiant impitoyablement tous ceux qui, à une époque quelconque, avaient pu desservir le césar auprès de l'auguste. Puis, les abords de la commission furent envahis de solliciteurs qui réclamaient l'argent donné par eux autrefois oux conclamnés pour acheter leur crédit. Il en venait surtout d'Égypte, la province la plus mal gouvernée de l'empire, et ils étaient si nombreux, si bruyants, ils insistaient si fort pour voir le prince, criant comme des eeais, dit Âmmien Marcellin , qu'on fut obligé de leur interdire le passage du détroit, en leur promettant au nom de Julien qu'il irait faire une visite en Égypte et prendrait connaissance lui-même de toutes les plaintes, et en môme temps un ordre exprès interdit à tout nalire de transporter aucun passager d'Alexandrie à Cbalcédoine. Dans le trouble produit par cette mêlée de réclamations diverses, les plus regrettables exécutions furent arrachées à la signature de Julien. Les maîtres des offices, Pentadius et Florentins, le comte du domaine privé, Évagre, le notaire Cyrinus, furent condamnés à la mort ou à l'exil. Une circonstance

fortuite rendit la condamnation de Fiorentius tout à fait singulière : son consulat n'était point achevé; il fallut donc faire figurer son nom en tête même de la sentence qui le frappait sous cette forme : <x Fiorentius et Taurus étant consuls, et Florentins étant amené devant le juge, par le crieur public, il a été décidé, etc. » Mais ce qui surprit le plus fut de voir livrer au bourreau le comte des largesses sacrées, Ursule, celui-là même qui, en Gaule, avait bravé le ressentiment de Ck)nstance, pour ouvrir à Julien, dans un moment d'embarras pécuniaires, un crédit sur sa caisse.

Cet acte d'ingratitude causa une indignation générale, et Julien lui-même s'en émut. 11 protesta qu'on avait surpris son consentement et que la sentence avait été rendue, à son insu , par l'efiTet du ressentiment d'un des juges; puis il se hâta de restituer, en partie du moins, les biens du condamné à ses enfants. Alors aussi, par une autre loi un peu tardive, il mit enfin un terme aui z récriminations, en interdisant à tous ceux qui avaient ^

payé indûment quelque faveur, d'en réclamer Tindem-^

nité. C'était une manière de faire savoir qu'il voulait resterx^ étranger à toutes les violences de la commision, etqu'onr^v avait abusé de son nom. Il est difficile de croire pourtan que, prudent et attentif comme il Tétait, il eût ainsi laiss«-« libre cours, sans quelque secret dessein, à l'impétuosil ^ du zèle sanguinaire de ses amis. Le motif de sa néglfgence affectée n'est que trop aisé à présumer. Tous ces i accusés étaient chrétiens, presque tous considérables /

|Nur leurs emplois et amis des principaux évèques. On , es livrait donc sans regret à toutes les conséquences de eur inspopularité. C'était purger la cour d'un élément mportun. « On les frappait, dit saint Grégoire, moins our avoir servi l'empereur que pour être restés fidèles un plus grand maître. » Mais saint Grégoire n'ajoute as que ce qui rendait ces exécutions faciles, c'est que I plupart des victimes ayant figuré dans le nombre des lersécuteurs hérétiques, plus d'un chrétien opprimé es voyait succomber, sans trop de regret, même sous ine réaction païenne ^

Un calcul du même genre se laisse apercevoir jusque dans les réformes très-radicales que Julien opéra sans délai dans le personnel de sa cour. Constance, habitué à tout le fioiste de l'Orient, ne marchait qu'environné d'une nuée de serviteurs, de chambellans, de barbiers, de cuisiniers, tons gorgés de ses faveurs, vivant aux dépens du trésor, gardant et vendant l'entrée du palais, assouvissant de toutes manières leur avidité en flattant la sensualité du maître. Julien congédia , aux applaudissements de tout lé peuple, toute cette armée de parasites. Il réduisit sa ptropre maison au strict nécessaire , et imposa aux serviteurs qu'il gardait la frugalité dont lui-même donnait *exemple.On cita bientôt de lui de ces traits heureux qui, lans une grande cité, sont avidement recueillis et volent

i. Amm. Marc., xxii, 8, 6. — Jul., Ep, xx (Ed. Span.), p. 389. — KJban., Or. \0, p. 299.— S. Grég. Naz., Or. iv, 6, 3.— Cod. Tfieod., il, zziz, L 1.

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rapidement de bouche en bouche. H a^it, par eienpte, témoigné le désir de faire couper ses cheveux; le cmtfeur impérial arriva dans ses plus beaux vêtements de cérémonie. « Qui ôles-vous? lui dit l'empereur. J'ai demandé mon barbier, et non point un membre de mon conseil. » Puis il s'informa du traitement qu'avait cet important fonctionnaire. Vérification faite , on sut qu'il ne recevait pas moins de vingt rations de blé par jour, plus la nourriture d'autant de chevaux, et un traitement annuel, sans compter les profits extrordinaires. Tous ces articles et bien d'autres encore furent rayés de la dépense de la cour , et soulagèrent le trésor privé. Mais le consciencieux Ammien ne manque pas d'ajouter que, sous prétexte de chasser les bouches inutiles » on renvoya aussi des hommes probes, en petit nombre, à la vérité , mais qu'on eût mieux fait de garder. H n'eat pas difficile de deviner qui étaient ces élus que Julien cbasaait si vite , et que l'équité de son biographe regrette. ^ ^ Une suppression mieux vue encore fut celle des Bfenls^^^ d'affaires, dos curieux, des innombrables officiers d^» Me police, que la politique inquiète de Constance avai' .mrit multipliés sans mesure. Julien mit beaucoup d'ostenta^s^ tien à les éloigner et à paraître se confier à l'amouciz/r de ses peuples. Si l'on en croyait Libanius, il aura^w) supprimé jusqu'à l'office même de curieux D'aulr^^

1. Cet ufûce n'était point à Torigiae, comme le nom le poam// faire croire, un niôtior do \)o\\w. La charge n'giili^re des rwrimr éti// d'insi>ecler les ijoslcs et do s'assurer que personne ne disposait sanf

destinées à aggraver la responsabilité des percep- I d'impôU» à diminuer les contributions locales, à enîr rétablissement de nouvelles charges, enfin à ire ou à supprimer T or coronaire ( ce don de joyeux lement devenu un impôt véritable), suivirent de et complétèrent cet ensemble de mesures popu-

ir deux points en particulier, Julien trouva et saisit aillent l'occasion de satisfaire à la fois les justes andes de Topinion publique et les secrets ressentiito de sa politique. Il s'agissait de Tabus des immu- 9 municipales et des voitures publiques. De toutes M les curies, accablées du poids des impôts dont i étaient solidairement responsables, s'élevaient Ire les faveurs dispensées par Constance à ses courti- I9 et qui, en soustrayant les privilégiés à leur part charges, augmentaient le fardeau de ceux qui y aient soumis. Parmi les exemptés, les évèques, prêtres chrétiens, tous les serviteurs de TÉglise, lelque degré que ce fût, se présentaient au prer rang. Évidemment les libéralités de Constance ieot, en ce point, passé la mesure de la prudence. La îee des réclamations des villes était telle, la misère des

Bl das voitures publiques {Cod. Théod., yi, lit. 29). Mais cette eomion, en les mettaut toujours eu campagne, leur permettait de [uérir de ce cpii se passait daus chaque lieu. On voit par trois lois knatanee^ au titre que nous venons d'indiquer, qu'il avait dû aéme refréner leurs usurpations. Voir première partie de cette Dire, t. n, p. 208.

Cod. T/teod., vui, t. 1, 1. G et 7; xi, t. xvi, 1. 10.

communes opprimées était si navrante > que lui-même » dans la dernière année de son règne, avait été obligé de restreindre d'une manière notable Tétendue de ses concessions. II n*y eut donc rien d'étonnant à voir Julien, passant à l'extrême opposé, déclarer, dès les premiers temps qui suivirent son entrée à Constantinople, tous les privilèges de ce genre révoqués, et les prêtres chrétiens, comme tous autres, astreints aux charges municipales et obligés de rentrer dans le droit commun. La même mesure fut étendue, et aussi avec une approbation assez générale , aux sénateurs réfractaires qui se soustrayaient aux honneurs de leur ordre pour en éviter les charges. L'abus des voitures publiques pour les voyages des courtisans était un excès du même ^ genre : les chrétiens, et en particulier les hérétiques, n'en ^ étaient pas les seuls, mais bien malheureusement, les principaux coupables ; car c'étaient les voyages constants

des évêques à la cour et aux conciles qui avaient sur

tout ruiné les postes et mis les chevaux sur la litière.^ En prenant aussi sur-le-champ des mesures pour limitev^^r strictement aux grands fonctionnaires la faculté dm^te voyager aux frais de l'État , Julien frappait donc encor ^ ses ennemis sans les nommer. Enlin les villes se pla T3h gnaient partout que, pour satisfaire aux fantaisioev somptueuses des deux derniers empereurs, leurs ik>^ sessions avaient été envahies, leurs édifices démolry, la destination des lieux sacrés altérée. Ce n'était pas / lonjours, à la vérité, mais c'était souvent pour établir /

es «'églises, que les deux empereurs chrétiens avaient ntoriso Taliénation des biens communaux. Julien se àta de proclamer , en principe et sans distinction , la 3stîtutîon de toutes les possessions publiques aux villes ni en avaient été privées. Il n'ignorait pas sans doute ue , par cet ordre, il commandait implicitement la luture de beaucoup de sanctuaires chrétiens, et il enveloppait ainsi de toutes parts le christianisme, sans le lésigner, dans cette réaction générale opérée contre le *ègne de Constance, à laquelle applaudissaient tout Tempire et même la meilleure partie de TÉglise*.

Il n*en fallait pas davantage, cependant, pour faire comprendre à tous les ambitieux que , décidément , le pouvoir avait passé d*un camp dans l'autre, et que ceux qui ne voulaient pas être oubliés en chemin devaient marcher à sa suite. L'art de deviner la volonté du maître, sons lui donner même la peine de la dire, a toujours fait partie de l'éducation d'un bon courtisan. Les apostasies

multiplièrent donc, sans que Julien eût besoin de les provoquer. Pour avoir même tout leur mérite , il fallait qu'elles parussent bien spontanées. Ce rarfmcnient de flatterie ne fut point négligé, et Julien, environné tout h coup de néophytes païens, put se faire l'illusion lu'il assistait à une véritable renaissance de la vieille oi. Partout, à Constantinople et dans le voisinage, on

1. Cod. Théod., m, t. i, 1. ftO ; viii, t. v, l. 12; x, t. m, 1. 1. Ces XWenes lois sont de février 362, deux mois après reutiéo de Julien à C^DStantinople. — Jul., Ep, x. (Ed. Span.), p. 380. — Soz.,y, 15. IV. 10

146 JULIEN AUGUSTB.

rouvrit des temples» on releva des statues i tous les courtisans s'empressèrent de rapporter les objets précieux, les lambeaux de colonnes , les statues autrefois consacrées qui avaient pu tomber en leur possession. Les chaires d'éloquence retentirent des louanges des Dieux. Rhéteurs, soldats, raagisti*ats, tous rivalisèrent d'un zèle nouveau , destiné à faire oublier celui qu'ils étalaient la veille. Peut-être même, pour tout dire, ces vieux serviteurs du pouvoir étaient-ils plus sincères et plus à leur aise sous ce masque que sous l'autre. Le paganisme était resté cher aux traditions despotiques de l'adminis- tration romaine, comme à la frivole imagination des ^ gens de lettres. Tout le peuple des cours et des écoles s'était, il est vrai , fait chrétien par complaisancOi mais était resté païen de cœur comme d'habitude, et le redevenait volontiers de profession. Au nombre de oes^^^ conversions si facilement improvisées, Julien fut parti- ^j. culièrement sensible à celle d*un de ses professeur* d'éloquence, nommé Hécébole, qui lui avait donné au trefois des lerons et avec qui il avait eu des discussioi^^i^ théologiques. La conversion d'un sophiste était d'u prix inestimable à ses yeux *.

Tout lui réussissait donc à souhait : il avait les avaf^ tages (lu Irioinphe en gardant le renom delà aiodènlion et diî la justice. Des ambassadeurs arrivaient de tous les bouts du moud(3, depuis le pied du mont Alhos jusqu'au.» bords d(» l'hidus, ebar^V's ih» piésents et d'hommages.

1. LilMii.. Or. 10, p. 201.— s. (Jiv-'. N:»z., Or. \\, 5.6o.— S-r., iii,is.

JULIEN AUr.l'STE.

j&B païens exaltaient le nouveau règne, les chrétiens ne .'en plaignaient pas trop; les meilleurs mêmes se consoaieiit d'apostasies qui ne leur enlevaient que de faux îrères, et d'une disgrâce qui leur rendait au moins la iberté. Aussi, ce ne fut point chez eux que Julien rencontra les premières diflicultés; les nuages s'élevèrent du côté de Thorizon où il les attendait le moins ; ce Turent ses meilleurs amis, les rhéteurs et les sophistes, qui lui causèrent ses premiers soucis*.

1. Je dois au lecteur quelques oxplicatious sur Tordre que j'ai suivi dans rexposition des faits si nombreux et rapp<.>rtés par les historiens iTCc des circoDstauces si détaillées qui remplisseut les dix-huit mois du Tègoe de Julieu. Ces faits, empruntés à «les sources diverses, nous sont en général parvenus s:m3 suite, sans lion, sans date iirécisc, et toutes les hiographies ou histoires de Julien reproduisent cette confusion. De là des contradictions très-difficiles à résoudre, et de là aussi un embarras pour se former mie idée nette de la suite des événements et du caraetëie des personnages.

Il est indubitable, en effet, que pendant cet espace de temps, fort eoari, mais si rempli, les dispositions des divers partis ont dû éproui^er de grands changements. Les chrétiens, au lendemain de la défaite de Constance, contre lequel ils avaient de si justes griefs, n'étaient Point aussi mal disposés pour son successeur, qu'ils le devinrent lors- «lue la clôture de leurs temples et de leurs écoles leur eut insi»iré de î Cistes ressentiments.

Julieu lui-même s'est corrompu par l'exercice du pouvoir,et s'est aigri les résistances qu'il rt-ncontruit. Tel f.iit qui s'explique, par c«)nsél^aent, à la fin du n^gne de Julien, est in»'xplic;ible au commencement. E-1 est de la plus haute importance de faire un classement (|(ii permette %A suivre le dévtb>ppement des c iractrres et des passions.

Pour y parvenir, j'ai étudié le petit nombre de faits dont nous savons La date précise, comme le voyage de Julien à Antioche, les divers inl^ideuts de ce voyage, la tentation de rec-iustructiou du temple de Jé- Xmsalem, l'exil d'Athanasc, etc., et j'.ii rai.]irMché de ces divers faits ^t groupé autour d'eux tous c«nix qui, bi(.'iiqiit: sans date, m'ont paru ^tte3U.'r le même état dès esprits, el la même situation des aiVaires. Le lecteur jugera si, par ce procédé, je suis arrive à déteriuiner avec vrai-

JL'LIEN AUGUSTE.

II n'avait pas eu de repos qu'il ne les eût mandés tous auprès de lui de tous les bouts de son empire. Le recueil de ses lettres ne contient pas moins de vingt épitres différentes , toutes écrites ou pour les mander à sa cour , ou pour exprimer le regret de ne pas les y voir arriver ^ Le langage de ces pièces est d'une tendresse émue qui touche au ridicule ; ce sont de vraies lettres d*amoureux. « Tant que Jamhlique n*est pas près de lui , les ténèbres cimmériennes lui couvrent le front*; il n'ose pas même porter le nom d'homme. Quand la réponse de son très-doux frère Libanius tarde trois jours, il a vieilli d'un siècle en l'attendant; et dès qu'elle arrive, tout malade qu*il est, il se la fait apporter dans son bain , et il est guéri sur-le-champ Si Eugène ^ se fait attendre, il voudrait avoir des ailes pour le rejoindre \ » Et souvent la fin de ces brûlantes invita- ^ — >^ lions est celle-ci : «0 mon très-cher, quand pourrai-je^^ te voir et t'embrasser? Maintenant, je n'ai que la conso lation des pauvres amoureux, c'est de répéter tristemew-^/ ton nom \ »

semblante le progrrs des événements. — Je me suis titilcmcnt se^^i^dans ce travail de la classitication chroiiologiiine des lettres de Jal=^^Qj «ju'a tentée M. Desjardins.

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