Ihifi.. p
Qui l'aurait cru? De si tendres appels ne furent pas tous écoutés. Les deux maîtres de l'art , les premiers invités, ceux à qui étaient réservées les plus hautes dignités étaient Maxime et Chrysanthe, ceux-là mêmes qui , dix ans auparavant , avaient initié le jeune philosophe aux mystères du paganisme. Ce n'était pas assez d'une lettre , on leur envoya une escorte pour les chercher. Tant d'honneufs ne les rassurèrent pourtant pas complètement; un revirement si inattendu dans leur condition effrayait leur prudence. Depuis la mort de Sopatre, Constantinople, avec sa population chrétienne et turbulente , était en mauvais renom auprès des philosophes. Avant de se mettre en route, les prudents mystiques jugèrent opportun de consulter leurs Dieux , et ils ne purent se dissimuler que les présages se montraient sous un jour tout à fait funeste. Chrysanthe, le moins entreprenant , pour ne pas dire le plus pusillanime des deux , s'écria , tout terrifié : k Non-seulement , il ne faut point partir, mon très-cher, mais il faut chercher quelque bonne retraite pour se cacher. » Maxime ^tait plus tenté par l'ambition : « Oubliez-vous donc, dit-il à Chrysanthe, ce que nous avons appris dès notre enfance , à savoir que des hommes habiles et sages ne s'arrêtent pas aux premières apparences, mais qu'il but, en quelque sorte, faire violence à la nature divine, jusqu'à ce qu'on ait trouvé celui des Dieux qui consent à nous servir. — Faites à votre aise, dit Chrysanthe plus pâle et plus immobile qu'une statue , si vous
VOUS en sentez le courage; pour moi» je ne résistemi point à des signes si clairs. » Maxime revint donc seul à la charge , et roraclc docile finit par se prêter à les désirs. Il partit sans son compagnon , mais environné d*une foule de magistrats, de sénateurs, de solliciteurs de toute sorte, qui lui souhaitaient un heureux voyage et le priaient de ne pas les oublier à la cour. Les femmes mêmes se pressaient autour du cortège et accablaient de leurs recommandations réponse du sophiste, dame de distinction, bel esprit de profession et plus savante que son mari. Partout où ils s* arrêtaient, c'étaient les mêmes hommages et les mêmes importunités ^
A Constantinople , la réception fut presque royale. Julien sortit du conseil, où il haranguait une députation du sénat, et vint embrasser son vieux maître dans le vee-tibule, avec un empresii^emcnt qu'Ammien condamne.» Mais son désappointement, en voyant que Maxim»' ^ était arrivé seul , fut des plus piquants. Outre le regre^^ef qu'il éprouvait de perdre la compagnie d'un ami» f^" ^ défaut de confiance dans sa fortune le touchait au vi^^^S. Loin de solfenser cependant, il insista à plusieu* .,rs reprises, et desrendit même jusqu'à écrire à Mélit e, femme de Chrysanliic, une longue lettre lrès-flatteu?=i^,
toute de sa propre main, pour l'engager à ébranler^ /j résistance de son mari. Tout fut inutile; Chrysantlic fui
\. Eimap., Vitœ Soph.y Maxim., p. 476, 477.
JULIKN AlKit'STE. 151
iflexible. Ën désespoir de cause, ulors, Julien ^e lécida à le lai&ser en Lydie ^ en lui donnant la charge le souverain pontife. L'hisloire ajoute que Chrysanthe, persévérant dans ses tristes pressentiments» fil peu rusage de ses pouvoirs» et ne se hâta même nullement le procéder à la reconstruction des temples.
Tout le monde ne gardait pas un si prudent souvenir de l'instabilité de la fortune. La masse» au contraire» de cette race avide et vénale des sophistes» n*avait garde de manquer une si belle occasion de se gorger de faveurs et de richesses. Maxime lui-même donna l'exemple en s'entourant d'un luxe ridicule , en s*établissant dans un vrai palais» vêtu des plus riches Télements et servi par des milliers d'esclaves. Son abord devint plein de morgue» et personne ne pouvait plus [Pénétrer auprès de lui. Le spectacle porta ses fruits; de outes les petites villes de Grèce» professeurs, poêles, de- 'inSy augures» aruspices» accoururent comme à la curée, rétait à qui raconterait les tourmcnis qu'il avait soufferts eus Constance, et à qui ouvrirait dans un coin de la rille, avec les deniers de l'aumAne impériale, un petit «oiple» un sanctuaire borgne, qui couvrait en réalité un 3oupe-gorge ou un lieu de prostitution. Tout le bas-fond» tonte la boue du culte païen, remuée subitement, remonta à la surface. Des charlatans vendant des amulettes» des enthousiastes faisant des contorsions» des femmes perdues s'intitulant prêtresses ou bacchantes, parcouraient à toute heure la ville » dans les costumes les plus
étranges ; et ces victimes intéressantes exigeaient imptirieusementqu*on leur ouvrit les caisses dii trésor et les portes du palais ^
Mais c'était surtout les jours de féte solennelle» et quand Julien se rendait en grande pompe aux temples païens y que toute Tarmée des bateleurs et des prostituées accourait pour lui faire cortège. Comme ils avaient presque tous des insignes de dignités sacerdotales, il fallait bien leur faire place en Thonneur des Dieux ^ qu'ils représentaient. Ils prenaient donc le pas sur les ^ troupes, sur les généraux, entouraient le cheval de l'empereur, et faisaient arriver jusqu'à ses oreilles leurs^^ plaisanteries obscènes et leurs bruyants éclats de rire. Le chaste, le grave Julien traversait ainsi Constantiir nople , entouré d'une mascarade d'ivrognes et de flllc^ à moitié nues, qui portaient sur leurs visages flétr^Ki^ les traces de l'orgie nocturne
On peut croire qu'il rentrait le cœur serré d'ii^Mne douloureuse surprise. Ce n'étaient là ni l'école de 99. gesse à laquelle il s'était mis à la suite d'Kpictète et de Marc-Aurèle, ni même les gracieuses théories d'Athè^^ que ses rêves avaient entrevues à travers la prose t^oétique de Platon. Il cherchait en vain du regard les vîe//lards à barbe blanche et les vierges au front pur orné de bandelettes. Au lieu de l'encens des parfums, il respi-
1. Euaap., ioc. cit. — S. Chrys-, In Jul. et tj^nt., t. ii, p. 6fi7,6'fiS. Amm. Marc, xxii, 12, 13. Les avoux des deux i»aiciis coniiiiUinJ
l'exactitude de la desciiptiini de l evêque.