‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 200 sur 321 · Jul., /'x;. rit., p. 4i · texte numérisé non relu

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quelques mois de disgrâce, au contraire, puriGaient et soulageaient TÉglise chrétienne. Les apostasies délivraient rapidement des fausses conversions qui la déshonoraient : c'était une saignée salutaire qui la débarrassait d'un sang corrompu. Les héros de la foi, rentrés paisiblement dans chaque diocèse, rapportaient et répandaient autour d'eux les inspirations d'une piété échauffée par le malheur; les chrétiens faibles, que l'amour des grandeurs et le contact des cours avaient un instant égarés, plongés dans une solitude forcée, s'y abreuvaient de recueillement et de pénitence. Les dissentiments même se calmaient, n'étant plus entretenus par l'ambition qui les avait si cruellement envenimés. Ariens, semi-ariens, orthodoxes, sans se réconcilier encore ni se confondre, se revoyaient, se parlaient, commençaient à s'entretenir de leurs périls communs. Si on ne conciliait pas les points divergents, on faisait au moins, pour un instant, trêve à la discussion. L'Église, remise d'un ébranlement momentané, se dressait devant son ennemi, calme et lière, ne demandant et ne redoutant rien, confiante dans l'assurance d'un secours céleste et dans le sentiment d'une grande force humaine.

Tout porte à croire que Julien était sincère dans son désir , si souvent exprimé, de ne point l'attaquer ouvertement. Comme tous les gens de sa génération, il était fatigué des persécu lions religieuses , et, en outre, se méfiait de l'efficacilé des moyens violents. Tout bas

aussi^ et sans se Tavouer, il avait le sentiment de sa faiblesse et redoutait d'entrer en lutte avec l'Église. Mais il n'en était pas moins très-décidé à rendre au paganisme toutes les prérogatives de la religion ofGcielle et politique, et il ne calculait pas qu'une telle restauration , tentée après trente années, ne pouvait s'opérer, sans entraîner avec elle de sanglants déchirements, ou, s'il avait prévu ces collisions, il ne se mettait point en peine de les prévenir. Elles ne pouvaient pourtant tarder à éclater.

A l'ouverture de toutes les persécutions des siècles précédents , c'était toujours dans les rangs de l'armée que se faisaient sentir les premiers coups du pouvoir irrité. L'alliance inlime, la confusion habituelle des cérémonies militaires et religieuses, la rigueur de la discipline romaine qui ne laissait pas au soldat la moindre liberté de disposer de sa personne , fournissaient des prétextes faciles à toutes les vexations. Quand le drapeau était surmonté de l'image des Dieux, quand toute bataille ou même toute revue était précédée d'un sacrifice, quand le nom de l'empereur n'était prononcé que suivi d'épithètes qui sentaient l'apothéose, se distinguer de Son voisin par sa manière de prier, c'était manquer à 'îl consigne et rompre l'uniformité du corps. Sous les Empereurs chrétiens eux-mêmes, il n'avait pas été toujours aisé d'enlever aux habitudes militaires une certaine t^^ndance et comme un certain parfum idolâtre. Julien Xi*eut rien de plus pressé que de rétablir en plein dans

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radministration militaire, qui était l'objet de sa prédilection, toutes les anciennes coutumes de la république. L*étendard de Constantin, le fameux Labarum, qui était devenu, sous Constance, le modèle de toqs les drapeaux, reprit sans délai la forme des vieux insignes des légions. La croix , le monogramme du Christ , disparurent et firent place au chiffre fameux du sénat et du peuple romain. De plus, à coté de la médaille de l'empereur, on commença à glisser timidement les symboles de Mars, de Jupiter et des autres Dieux*. Puis, un jour où les soldats étaient convoqués pour recevoir une distribution de leur solde ( probablement quelque gratification extraordinaire, à l'occasion des dernières victoires), Julien annonça qu'il voulait procéder lui-même à la répartition. On s'aperçut alors, non sans surprise , qu'à côté du siège impérial était placé un autel portatif dont le feu était allumé, et un peu plus loin une petite table portant une cassolette d'encens. Ordre fut donné à tous ceux qui viendraienl recevoir leur solde, de commencer par verser quelques grains d'encens sur le feu ^.

Une assez vive rumeur parcourut à Tinstant tous les rangs. Qu'était-ce que cette exigence insolite? Était-ce un sacrifice aux idoles qu'on demandait à l'armée? Dans le doute, les soldats chrétiens ne voulaient pas avancer.

1. Soz., V, 17. — S. Grég. Naz.. Or. iv, 55, 66. i. Soz., loc. cif. — S. Grég. Naz., Or. iv, 55, 83, 84. — Théod., ui. le, f7.

On les rassura en leur faisant remarquer qu il n'y avait ni image, ni idole sur Tautel, et en protestant qu'il ne s'agissait que d'une étiquette insignifiante qu'on voulait remettre en vigueur. Plusieurs ne se laissèrent pas convaincre, et s'abstinrent de répondre à l'appel, sous prétexte de maladie. Le plus grand nombre crut ou voulut croire tout ce qui lui permettait de toucher promptement son argent, et la cérémonie s'acheva sans difficultés

De retour aux quartiers, au moment où, se mettant à table, les soldats chrétiens commençaient, à leur ordinaire, par foire le signe de la croix, ils s'aperçurent que leurs compagnons païens les regardaient en souriant. Ils pressèrent les rieurs de questions pour savoir ce que signifiaient ces airs de malice : « Nous rions, dit enfin l'un d'eux, de vous voir adorer encore Jésus-Christ, au moment où vous venez de le renier. » Les chrétiens, comprenant alors le sens qu'on attribuait généralement à leur démarche, pâlirent et demeurèrent à demi morts; le plus grand nombre pourtant courba la tète sans rien dire.Maisquelques-uns,plu8animé8, se levèrent bruyamment, et, déchirant leurs vêtements et leurs cheveux, parcoururent les rues de la ville en s' écriant: a Nous sommes chrétiens, que tout homme l'entende, et que l'entende aussi ce Dieu pour qui nous vivons et devons mourir. Nous ne te renions pas, ô Sauveur de nos

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