‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 213 sur 321 · Voir le volume piécédent, p · texte numérisé non relu

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dans les champs clos de I éloquence et de la philosophie. C'élaienl, à la fois, les adversaires de sa croyance, les contradicteurs de sa politique , les concurrents de sa réputation. Cette rivalité lui dut être insupportable, mais pour comprendre tous les incidents qui allaient exciter sa jalousie et à quel excès d'égarement ello devait le pousser, il faut entrer dans quelques détails sar la vie, le génie et les habitudes de ses deux émules. Ce n'est point sécarter de iliistoire que d'en inter* rompre un moment la suite, pour ce tableau ; car rien n'est phis propre, en môme temps, à faire apprécier la vigueur de la séve qui circulait dans le grand arbre do l*jsglise, au moment où une main téméraire essayait d'en ébranler les racines.

Grégoire et Basile avaient quitté Athènes très-peu de lemps après Julien , se séparant pour retourner dans leurs familles, mais engagés Tun envers l'autre par les liens d*une indissoluble amitié et par la résolution commune de se consacrer au service de Dieu. Basile rentra dans sa ville natale, auprès de sa respectable mère Eramélie, à ce foyer où se pressaient dix enfants, cinq fils et cinq Tilles, tous élevés dans Tamonr du Christ et l'horreur du monde. Basile était Tainé et le prolecteur de toute cettç jeune famille; sa réputation , déjà grande, l'appelait à recueillir la succession de son père qui avait tenu le premier rang dans le barreau de Césarée. La position éclatante d'orateur et d'instructeur de la jeunesse lui revenait donc tout naturellement , et il s'en

JULIEN Ai<;i:sTE.

empara sons diflirullé. A peine même était-il arrivé, que déjà Libanius, le. prince des orateurs d'Asie, qui l'avait connu à Constnnlinople, lui écrrvait pour féliciter la Cappadoce de posséder un tel maître, et se réjouir lui-même d'avoir un tel collègue. Les diverses cités de la province se Tarrachaient et lui offraient les plus hautes dignités. Basile les refusa avec un désinléressemont qui ne fit qu'accroître sa renommée; mais il n'était pas insensible nu plaisir de se les voir proposer, et dans ces refus un peu dédaigneux se glissaient, à son insu, un sentiment hautain de sa supériorité naturelle et quelque goût des applaudissements*.

Le regard vigilant de la tendresse démêla ces mouvements confus de l'amour-propre. L'aînée de ses sœurs, Macrine, prudente et belle vierge que la perte prématurée d'un fiancé chéri avait toute consacrée h Dieu et à la prière, s'aperçut la première que la science lui enflait le cœur, et qu'en refusant les dignités, il s'estimait audessus de ceux qui les possédaient. Le plus léger aver- -

1. s. Gvéç;. Naz., Or. xliii, 24, — Carm, de vita sita, éil. Ben., t ii wa p. 689. — S. Grôg. Nyss., Vita S. Macrin, — S. Bas., Ep. cccxxxr;^ (^t sniv., éd. Gaurae. — Huf., ti, 9. — Nous sommes obUgé, dans tocv^ lii récit qui va suivre, d'abnîger ])eaucoup les renseignements qiv^j pourrait fournir sur la vie des deux saints l'analyse exact»^ de leiLKai fiorrespondancps, et surtout do passer sous silence les difficultés chroiiolopie considérables (jue présente la comparaison de ces div^ ducuiuoats. Ainsi nous ne pouvons rien dire des dissentiments qui^^Bf , sont élevés entre les auteurs au sujet de Tàge exact de S. Grégoire d Nîizianzc, et de ses divers séjours dans le Pout auprès de S. Basile. Og l>«nit les voir résumés dans la vie de S. Grégoiio, à la tétede l'édiK-mi des Bénédictins, p. lxxx-xc.

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tissement suffit pour donner lalarme à la conscience du jeune orateur; il s'éveilla comme d'un songe : ce Après avoir, dit-il, donné beaucoup de temps à la vanité et passé presque toute ma jeunesse dans un travail puéril, à étudier les sciences d*une sagesse que Dieu a convaincue de folie, je sortis comme d'un profond sommeil, et je tournai mes regards vers l'admirable lumière de l'Évangile. Je vis l'inutilité de la sagesse des princes du monde qui périssent; je déplorai ma vie misérable, et je désirai que quelqu'un vint me prendre par la main pour me conduire à la connaissance des doctrines de la piété... Lisant alors l'Évangile, je vis que ce qui pouvait nous avancer le plus vers la perfection, c était de vendre tous nos biens, de les donner à nos frères pauvres, et de vivre dégagé de tous les soucis de celle terre »

La résolution à peine conçue fut arrêtée et rendue publique. On sut dans toute la province que le célèbre rhéteur Basile allait quitter son auditoire pour vivre en solitiiiie à l'image des anachorètes d'ÉgVt'te, dont le nom était déjà fort connu. Cela fit grand bi uit et fut jugé diversement. Libanius, qui avait probablement peine à s'imaginer que de telles résolutions fussent sérieuses, mais pour qui tout était sujet de rhétorique , lui écrivit encore pour lui faire compliment : « Je me demandais, lui dil-il, que Tait notre iiasile, quel genre de vie va-t-il embrasser? Parait-il au barreau, pour nous reproduire l'image de la vieille éloquence?

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