‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 221 sur 321 · S. Bas., Ep. I · texte numérisé non relu

S. Bas., Ep. I

ami, c'est le lieu même et les divers accidents du ter^ rain qu'il lui dépeint avec des souvenirs empruntés d'Homère : c< Dieu m*a fait trouver ici, lui dit-il, ce que nous avons tant de fois rêvé ensemble. Ma montagne est élevée, couverte d'un bois épais et, du côté du nord, arrosée d'une eau limpide. Au pied s'étend une vaste plaine, fécondée par les sources de la colline. Une forêt qu'aucune main n'a plantée l'environne de toutes sortes d*essences d'arbres, comme de remparts, mais lui laisse encore une telle étendue qu'en comparaison l'tle de Calypso, la plus belle des contrées, au dire d'Homère, ne serait qu'un petit territoire. Il s'en feut peu que ce ne soit une lie, tant elle est séparée du reste du inonde. Ce lieu se partage en deux vallées profondes : d'un côté le fleuve qui se précipite de la crête du mont €t forme par son cours une barrière continue et difficile à franchir; de l'autre, une large croupe de montagnes qui communique à la vallée par quelques chemins tortueux qui ferment tout passage. Il n'y a qu'une seule entrée, dont nous sommes les maîtres. Ma demeure est bâtie sur la pointe la plus avancée d'un autre sommet, de sorte que la vallée se découvre et s*étend «ous mes yeux, et que je puis regarder d'en haut le cours du fleuve, plus agréable pour moi que le Strymon ne Test aux habitants d'Amphipolis. Les eaux tranquilles et dormantes du Strymon méritent à peine le nom de fleuve; mais le mien, le plus rapide fleuve que je connaisse, se heurte contre une roche voisine et,

repoussé par elle, retombe ea un torrent qui me donne à la fois le plus ravissant spectacle et la plus abondante nourriture, car il a dans ses eaux un nombre prodigieux de poissons. Parlerai-Je des douces vapeurs de la terre et de la fraîcheur qui s'exhale du fleuve? Un autre admirerait la variété des fleurs et le chant des oiseaux; mais je n'ai pas le loisir d'y faire attention. Ce qu'il y a de mieux à dire de ce lieu, c'est qu'avec l'abondance de toutes choses, il me donne le plus doux des biens pour moi, la tranquillité. Non-seulement il est aflTrancbi du bruit des villes, mais il ne reçoit pas même de voyageurs, excepté parfois quelques chasseurs qui viennent se mêler à nous ; car nous avons aussi des bêtes fauves, non pas les ours et les loups de vos montagnes, mais des troupeaux de cerfs et de chèvres sauvages, des lièvres et d'autres animaux semblables. Penses-tu donc que j'irai m'exposer à changer un tel lieu pour ta villa de Tibérine, qui est Tégout de la terre? Pardonne-moi de ne pas sortir d'ici. Alcméon lui-même s'arrêta qnand il eut rencontré les îles Échinades »

Grégoire ne s'avouait pas vaincu, et répondait sur le même ton de plaisanlerie, a raillant le climat du Pont, toujours enveloppé de brouillards; les roches de laH montagne, toujours prêtes h tomber sur la tête de leurs habitants ; les cavernes de rats où demeuraient Basil ^ et ses amis, et qu'ils décoraient des noms de gymnas^^

1 s. Ras., Ep. XIV. J'ai emprunté encore ici, en grande partie, l'e-ac cellente traduction de M. Villemain.

de monastère et d'école; les longs hivers, les nuits interminables, les courtes journées de ces vallées profondes*. D Au fond, il portait envie à son ami, et son cœur le suivait dans la retraite. Dès qu*il put obtenir de son père quelques mois de relâche, il se hâta d'aller les passer auprès de Basile. Là, tout en se plaignant encore de bonne grâce de la mauvaise chère qu'on lui faisait faire « avec du pain dur et des potages sans jus, » du mauvais abri qu'on lui offrait, tout en priant parfois Emmélie, « cette nourrice des pauvres, de venir mettre ordre au ménage de son fils 2, » Grégoire ne pouvait se lasser d'admirer la sagesse paisible qui présidait à toute la petite armée de Basile, cet heureux mélange des travaux du corps et de l'esprit, et toutes les jouissances de la nature, de Tintelligence et de la foi, réunies dans cette Oasis de paix, a Parlons sérieusement maintenant, écrivail-il un peu plus tard. Qui me rendra ces jours passés auprès de toi, dans lesquels, mon cher Basile, toute affliction se changeait en délices?... Qui me rendra ces psalmodies et ces veilles, ces ascensions vers le ciel par la prière, cette vie affranchie du corps, cette concorde, œlte union des âmes qui s'élevaient à Dieu sous ta conduite; cette émulation, cette ardeur de vertu contenue affermie par nos règles et nos lois écrites; cette étude cle la divine parole et la lumière qui en jaillissait pour nous sous l'inspiration de l'Esprit saint? Dirai-je aussi,

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