in\., Ep. (éd. Span.)> p
n*y mettait ordre « c'était fait du culte des Dieux ^ Pressé de la sorte par les instances de toute sa cour, et suivant l'impulsion de son propre dépit , il chercha une subtilité pour se délivrer d'un adversaire si incommode, sans retirer ouvertement les promesses solennelles qu*il avait faites. Quand on cherche en ce genre, on ne peut manquer de trouver. La lettre suivante, adressée aux Alexandrins, fut le résultat de ces méditations :
« Assurément un homme banni par plusieurs édits impériaux et plusieurs actes de toute-puissance devait attendre, pour rentrer dans sa patrie, qu*au moins un commandement fût venu le rappeler; mais, dans.cecas même, il ne devait point, par un excès d'arrogance et de déraison, insulter aux lois, comme si elles n'existaient pas. Nous avons bien accordé aux Galiléens baunis par le bienheureux Constance le retour dans leur patrie, mais non dans leurs églises. Or, j'apprends qu'Alhanase, cet homme très-audacieux, emporté par son insolence accoutumée, est venu reprendre ce que ces geïis-là appellent le trône épiscopal, et que cet acte déplaît au peuple pieux d'Alexandrie. Nous lui ordonnons donc de quitter la ville du jour où il aura reçu ces lettres de notre main. Que s'il persiste à y demeurer, nous lui annonçons des peines plus grandes et plus sévères *. »
1. Théod., III, 9. — Ruf., i, 33. — Soc, m, 13. — S. Grég. Naz,, Or. XXI, 32.
S. Jul., Ep. XXVI (éd. Span.), p. 398.
Le peuple d'Alexandrie ne se montra ni très-effrayé de ces menaces, ni suffisamment flatté de Téloge que l'empereur décernait à sa piété. Au contraire, la ville en corps, par Vorgane de ses représentants officiels, fit partir sur-le-champ des députés pour Anlioclie, avec charge de demander en termes soumis la révocation de la décision impériale. Mais le pas était franchi , et plus il en avait coûté à Julien pour déposer le masque de la modération, plus il était pressé de recueillir cette fois le fruit de son emportement. Il reçut très-mal les députés et répondit à la ville d*Isis et d'Alexandre sur un ton très hautain : « Quand votre ville serait fondée, leur dit-il, par quelqu'un de ces misérables qui ont embrassé un genre de vie détestable et des dogmes inconnus, vous n'auriez pas encore le droit de me faire une telle demande. Mais vous, les enfants d'Alexandre, les favoris de Sérapis et d'Isis; vous qui avez passé d'Alexandre aux illustres Ptolémées, puis au joug des Romains; vous qu'Auguste a visités, les concitoyens de son ami le philosophe Aréius; vous que les dieux ont comblés de leurs bienfaits, je rougis de penser qu'un seul d entre vous ose s'appeler Galiléen. Les pères des véritables Hébreux ont servi en Égypte, et vous, les maitres de l'Egypte, vous voulez servir les contempteurs des dogmes de vos pères! Vous êtes donc aveugles; vous êtes donc seuls à insulter à la splendeur du soleil, seuls à ignorer que c'est lui, ce soleil, qui fait Tété et Thiver, et qui produit et fait germer toutes choses ! Voilà le Dieu que vous
quittez pour aller adorer ce Jésus que ni vos pères ni vous n'avez vu. Vous vous trompez, croyez-moi : j'ai cru toutes ces choses, moi, jusqu'à vingt ans, et en voilà douze que je marche dans le sentier de$ Dieux. Si vous voulez renoncer à cette erreur, vous me comblerez de joie; si vous y tenez, au moins restez en paiz^ et ne me priez plus pour Athanase, contentez-vous de ses disciples : il en a fait assez pour satisfaire les démangeaisous de vos oreilles. N'y a-t-il que lui dans le monde? Plût au ciel que cette secte impie ne comptât qu'un Athanase ! Choisissez qui vous voudrez pour vous expliquer vos Écritures : il vaudra bien celui que vous regrettez. Si c'est son habileté qui vous attache à lui (car j'entends dire que c'est un grand intrigant), sachez que c'est pour cette habileté même que je veux qu'il sorte. C*est par soi-même une chose très-incommode qu'un faiseur d'embarras à la tête d'un peuple. Encore si c'était un homme, mais un misérable avorton qui se croit grand parce qu'il sait risquer sa tête ! C'est vraiment le commencement de l'anarchie, et c'est pour vous en préserver que je l'ai chassé d'abord de votre ville, et que je veux qu'il sorte aujourd'hui de toute l'Égypte*. »
1. Jul., Ep. Li (éd. Span.), p. 432. — Nous avons dû abréger et resserrer cette lettre, écrite avec beaucoup moins de soin que les épltres ordinaires de Julien, et évidemment sous une impression de vive colère. Les redites et les longueurs rendaient impossible de la citer tout entière. Ceux qui voudront prendre la peine de comparer notre extrait avec le texte, verront que nous eu avons conservé soigneusement tout le mouvement et toutes les expressions originales. C'est Julien qui, eu parlant aux Alexandrins, leur dit :1a démangeaison de
Ed même temps, par une lettre adressée au préfet Ealicius, il donnait à Athanase un délai étendu jusqu'aux calendes de décembre pour être sorti définitivement de la province. Cette affaire ainsi réglée (il le croyait du moins], il passa à d'autres du même genre qu'il traita dans le même esprit et sous la même impression de colère. Il avait à recevoir de^ députés de la ville et de révêque de Bostra en Arabie. Il y avait eu des commencements de trouble dans ce petit endroit^ entre les sectateurs des deux cultes, et l'évêque Titus, savant prélat de mœurs pures, qui jouissait d'une considération générale, avait arrêté le désordre par Tascendant de ses vertus. Il écrivait maintenant à Tempereur, s'adressant avec une confiance un peu naïve à sa réputation de justice et de philosophie pour faire valoir ce service et demander en retour quelque bienveillance en faveur des dirétiens. Julien n*é(ait plus dliumeur à rien prendre en bonne part de ce qui venait d'un évèque. Il feignit de voir un acte d'orgueil dans le récit que lui faisait Titus de son intervention pacifique, et ne crut pouvoir mieux faire que de le livrer à Tirritalion de ses concitoyens, comme un calomniateur qui se faisait valoir à leurs dépens. Ne dédaignant pas de prendre la plume lui-même pour écrire aux Boslréniens : « Voyez, leur dit-il, de quels termes se sert révêque Titus. Il
T06 oreilles (àx&ô; xvr.anuoa;], et donne à Athanase les épithètes d'intrigaat, de faiseur d'embarras, d'avorton (iravcOp-yc;, itcXuirpoî^u-wv, àv- 6p«*irioxcc) , etc.
assure que les chrétiens n'étaient point en nombre inférieur aux païens; mais, d'après son invitation, ils ont su se contenir et ne se livrer à aucun désordre. Voilà ce que dit de vous votre évéque. Voilà comme il prétend que votre soumission aux lois ne vient point de vous-mêmes. C'est donc malgré vous, et seulement grâce à son exhortation, que vous vous êtes abstenus de toute sédition ! Levez-vous donc et chassez de chez vous spontanément ce calomniateur; et puis ensuite vivez en paix les uns avec les autres. Qu'il n'y ait entre vous ni dispute, ni injustice ; que ceux qui sont dans Terreur ne fassent point violence à ceux qui adorent les Dieux d'après les rites suivis par tous les âges; et que ceux qui servent les Dieux ne molestent pas ceux qui se trompent par erreur plus que par dessein prémédité. Car il vaut mieux instruire les hommes et les persuader parla raison que par les coups, les outrages et les supplices *. » Odieuse comédie de douceur qui termine une véritable incitation à la sédition et au massacre.
D'autres plaintes lui étaient apportées de la part des hahilants d'Édesse, où deux sectes chrétiennes, quiavaieut causé par leurs disputes quelques désordres, s'étaient vues sévèrement réprimées par le magistrat. On réclamait contre ces rigueurs, et le sophiste Hécébole, converti par Julien, comme on l'a vu, heureux de rendre quelque service à ses coreligionnaires, pour réparer un peu