s. Jér., Vit. s. HiL — Ruf., ii
l'ombre et le mystère. Pendant que les Juifs et les païens de la ville» excités par la présence de Tagent de l'empereur, se livraient à de grandes violences et mettaient le feu à réglise principale qui portait le nom de Césarée, le proscrit prenait publiquement congé de tous ses amis, comme un homme qui partirait pour un voyage de quelques jours. « Ne vous troublez pas, leur disait-il, cette bourrasque ne vient que d'une petite nuée qui passe; attendez un peu, et ce sera fîni. » Une embarcation était préparée sur le Nil; il y prit place en plein jour, et remonta, h force de rames, du côté de la Tbébaîde.
Le comte fut un peu déconcerté en apprenant cette sortie si prompte et si publique, et, pour pouvoir au moins attester à Julien qu'il avait vu de ses yeux Texéculion de l'ordre impérial, il se mil à la suite du voyageur. Les historiens Socrate et Théodoret ne font pas difficulté d'affirmer qu'il avait pour dessein secret de se saisir de la personne du prélat et de le faire mourir. Aucun ordre pareil ne se trouve dans aucun document écrit de Julien, mais il n'est nullement impossible, qu'en bon courtisan , et sùr de ne pas déplaire , Tofficier se fût donné à lui-même un supplément d'instructions. Quoi qu'il en soit, comme il remontait le fleuve, il aperçut sur la rive un groupe d'hommes qui descendaient du côté d'Alexandrie : « N'avez-vous point vu passer Alhanase et sa suite , leur dit-il , et sommes-nous près de les atteindre? — Ils ne sont guère loin de vous, dit un des
hommes en se détachanl du groupe. Nous les avons vus près d'ici, el ils ne peuvent pas être bien loin. » Le comte poursuivit sa route sur cette indication ; mais, ne trouvant rien, et n'atteignant personne, il se découragea et retourna sur ses pas. L'homme qui lui avait parlé n'était autre qu'Athanase lui-même qui s'était fait débarquer à une certaine dislance de la ville et rentrait hardiment dans Alexandrie, décidé à y demeurer caché jusqu'à ce que la petite nuée qui obscurcissait le ciel fut dissipée *.
Les contemporains, en rapportant cette confiance d'Athanase, qui devait être sitôt justifiée par l'événement, n'hésitent point à l'attribuer à une révélation prophétique, naturelle à supposer chez un nouvel Élie, si longtemps nourri par l'ange de Dieu dans le désert. Mais si Alhanase eût été à Antioche auprès de Julien , et admis à sa cour, il n aurait pas eu besoin d'être inspiré par le Saint-Espril. Un peu de sagacité humaine lui aurait suffi pour prévoir Tavenir qui était réservé à la plus insensée des tentatives. Engagé dans l'entreprise impossible d'ar-
1. Théod., m, 8. — Soz., v, 15. — Soc, m, 14. — Ruf., i, 34. — Nolite, fîlii, conturbari, quia nubecula est et cito pertrausit. — Ceux qui ne trouveraient pas cette petite anecdote digne de la franchise de S. Alhanase, sont libres de la laisser au compte de ces historiens dont la critique n'est pas toujours très-éclairée. — La chronologie des le ttres pascales, p. 14, dit qu'Athanase, dans cet exil, se réfugia àThèbes: mais un peu plus [haut, le même document afflrme , contre toute vérité, qu'il se cacha dans Alexandrie pendant sa troisième pposcriptico. Il n'y a rien de si aisé à comprendre que la confusion des détails, dans une suite de persécutions semblables par leur caractère, quoique différentes par leurs motifs.
JULIEN PERSÉCUTEL'R.
réter le flot de la grâce divine et de remonter le cours de la raison humaine, Julien voyait chaque jour Tobstacle grossir devant lui. En moins d*un an, il avait dù {lasser de la persuasion à la ruse, et de la ruse à la force. Rentré maintenant dans la voie des persécuteurs vulgaires, il s'avançait sur les pas des Dioclétien et des Décius. Aveuglé, isolé, secrèlemenl raillé par les complaisants qui le flattaient, et tout exalté d'un zèle farouche qui ne rencontrait d'écho que dans les rangs d'une populace avide de sang, nul frein ne le retenait plus sur la penle, et l'abîme était au bout.
Contenu cependant par un reste de prudence et par sa longue habitude de dissimulation, il ne fit encore point d'édit général de persécution; mais il s'appliqua sans relâche, avec un incroyable esprit de chicane et de tracasserie, h mettre à tout instant les chrétiens dans l'alternative ou d'abjurer leur foi, ou de renoncer aux plus simples jouissances de la vie civile. A l'aide de l'immense pouvoir que l'empire concentrait entre ses mains, il serra autour d'eux les mailles d'un réseau de fer. A Constantinople, il ne leur avait interdit que l'enseignement; à Antioche, la prohibition fut étendue à toutes les fonctions publiques. « L'intérêt de l'État, disait-il, exige que les coupables soient punis de mort. Je ne puis donc confier le glaive à ceux à qui leur loi interdit d'en faire usage. » « Il ne faut pas, écrivait-il, poursuivre les Galiléens contre le droit et la justice, mais il faut toujours leur préférer les hommes pieux. » A partir de ce moment, il
n'y eut plus un seul chrétien admis dans aucun office important. La solde du fonctionnaire étant Tuniqae gagne-pain d'une nuée d'employés , c'était réduire à la misère toute une classe de chrétiens d'un seul coup. Mais ce n'était rien encore : la persécution s'étendit à tous les détails de la vie privée. Partout où s'élevait une statue de l'empereur, c'est-à-dire à presque tous les coins de rue des grandes villes, on en consacra une autre à côté à Vénus ou à Sérapis. Saluait-on l'une, on paraissait saluer aussi l'autre. Il fallait donc, en se promenant, faire acte de rébellion ou d'idolâtrie. Quelquefois, pour rendre le piège tout à fait inévitable, c'était l'empereur lui-même qui était peint sous les insignes de Mars oa d'Apollon, du dieu de la guerre ou du dieu des beauxarts. Les monnaies étaient surchargées das symboles de Tidolâtrie. A la source de la grande fontaine qui arrosait les rues d'Aiitioche, un autel fut établi, et Tonde fut solennellement consacrée à toutes les divinités de l'Olympe. On aspergea ensuite de celte eau lustrale tous les marchés, toutes les denrées > le pain, les fruits, les herbes , les viandes , et Julien songea avec un malin plaisir que nul chrétien ne pourrait plus ni manger ni boire , sans se souiller au contact des idoles *.
Rien n'était plus étranger à l'esprit de la foi chrétienne que d'attribuer aux objets matériels une vertu magique et malfaisante. Il n'y eut pas un prêtre, par