Amm. Marc, xxiii
les ofGciers comptaient pour se remeltre de leurs fatigues : « Tout cela ne vaut rien pour des soldats; avait-il dit; je suis soldat , et tout le monde peut vivre comme moi. » Ainsi restreinte, l'armée occupait cependant encore dans son développement une étendue de plus de dix milles. Il est vrai que les colonnes ne marchaient pas très-serrées, el que Julien n'était pas fâché, en les espaçant à dessein , d en grossir l'apparence aux yeux des espions et des éclaireurs ennemis qu'on croyait remarquer de temps à autre à l'horizon ^
Ses dispositions prises, Julien harangua ses troupes. Dans ce discours, bref et animé, il reparut tout à coup tel qu'il ne s'était plus montré depuis les plaines de Gaule. Le son de la trompette semblait chasser de son esprit toutes les visions de la superstition et de la haine. Le dévot ridicule disparaissait; il ne restait plus qu'un guerrier tout animé du souffle de la gloire. Son adroite éloquence avait cette fois surtout pour but de dissiper l'effroi secret que causaient à tous les cœurs ce pays désert, cet ennemi perfide, el le souvenir de lant de malheurs. « C'étail une erreur de penser, leur dit -il, qu'on n'eût jamais vaincu les Perses, et qu'on ne fût jamais revenu de ces sortes d'expéditions. Trajan et Sévère étaient, au contraire, revenus chargés de trophées; le jeune Gordien lui-même était vainqueur quand il tomba sous la perfidie de Philippe. La guerre durait
i. Amm. Marc., xiv,.l. — Zos., m, i3, 14 — Liban., Or. 10, p. 81 î.
depuis longtemps, à la vérité, mais ni Carthage, ni Numance, ni auparavant Fidènes et Falisques, n'avaient succombé en un jour. » Je serai près de vous, s'éeria-t-il, moi, voire empereur; je serai aux premiers rangs, parmi vous; je chargerai avec vous et, je pense, avec les Dieui favorables*. Mais si la fortune, toujours incertaine, me fait périr dans le combat, je serai content de m'être dévoué pour le monde romain, comme ces hommes d'autrefois, les Curlius, les Scévola et la race illustre des Décius. » Les cris des soldats, le choc bruyant des armes et des boucliers répondirent à cette généreuse allocution. Les troupes de Gaule, surtout, qui reconnaissaient pour la première fois, depuis dix-huit mois, l'ardeur de sa parole et de son regard, étaient ivres d'enthousiasme. Julien fît distribuer trente pièces d'argent à chaque soldat, puis revint prendre, à la tête de la colonne du centre, la place qu'il s'était réservée, et d'où il se proposait de se porter, au premier signal, vers tous les points menacés^.
La marche s'accomplit dans l'ordre prescrit, pendant à peu près quinze jours. On s'avançait lentement, pour ne jamais dépasser la flotte, que relardaient les sinuosités du cours de l'Euphrate. A gauche, s'étendait la vaste plaine , décrite autrefois par Xénophon dans YAnabase ; « C'était, dit-il, un terrain aussi uni que la
1. Adero unique vobis... Imperator, el anlesignanus, et conturmalis. ominibus secuudis, ut reor.