‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 302 sur 321 · s. Jér., in Hah., c · texte numérisé non relu

s. Jér., in Hah., c

«. Liban., Or. \0, p. 880.

8. Libanius insinue clairement ce sonpçon, et Sozomène pousse l'égarement du zèle jusqu'à applaudir à cette odieuse pensée. Il en est sévèrement repris par le sage Dom Clémencet, éditeur des œuvres de saint Grégoire de Nazianze : « atali tamque inaudito facinore, » dit-Uavec

Ses derniers moments faisaient le sujet de commentaires aussi nombreux, aussi animés , et aussi peu vraisemblables. Qu'était-ce que ce cri qu'il avait poussé en tombant? Un hommage au Christ, ou une exécration contre les Dieux? On racontait aussi (saint Grégoire entendit l'anecdote et la crut) qu'avant de mourir il avait recommandé à ses amis de jeter son corps dans les flots , pour qu'on pût dire qu'il avait été enltvé au ciel comme Romulus; mais qu'un eunuque qui entendit former ce dessein s'opposa à son exécution. Enfin les habitants d'Ântioche se redisaient les uns aux auti*es qu'en entrant au palais pour en prendre possession au nom du nouvel empereur, on avait trouvé des coffres entiers pleins de têtes humaines,] et des puits remplis de cadavres ' .

L'excitation fut portée à son comble lorsqu*on apprit que les restes du malheureux empereur arrivaient sous l'escorte d'un corps d'armée, pour être ensevelis avec les honneurs accoulumés. Jovien , en effet , soit par un instinct naturel de modération et de convenance, soit pour ménager les sentiments d'une partie de son armée, soit enfin par respect pour la dignité dont il était luimême revêtu, avait décidé que toutes les cérémonies usitées pour les funérailles des empereurs suivraient leur cours. A. peine arrivé à Tisiphalte, sur le territoire

une juste horreur, «abhorrent aures christianae » (S. Grég. Naz., Sot. m Or. V, 13).

1. Chron. Alex. — S. Grég. Naz., Or. v, 13, 14. — Théod., tu, Î5.— Soc., m, îl. Soz., VI, 1.

romain, où il fit sa jonction avec les généraux restés en Mésopotamie, comme il était retenu lui-même par les soins douloureux qu'exigeait l'évacuation des provinces aliénées, il fit partir en avant la dépouille mortelle de Julien sous la garde de Procope , qui était son parent par sa mère. Julien devait reposer dans un des faubourgs de Tarse : c'était la ville où , en partant pour la Perse, il avait annoncé qu'il ferait sa résidence à son retour. Les funérailles eurent lieu en effet avec réiiquette ordinaire, bien qu'on y mit quelque précipitation dans la crainte de désordres qu'on ne réussit pourtant pas à éviter. Le rituel païen était tout empreint de l'esprit d'une croyance qui, ne pouvant adoucir l'amertume de la mort, cherchait surtout à en distraire les vivants. On y admettait, au milieu dés larmes et du deuil obligé, de singuliers intermèdes de bouffonnerie, bien éloignés de la gravité douce du service chrétien et qui, dans les circonstances présentes , dégénérèrent en véritables scandales. On jouait des scènes entières de comédie, et un acteur était chargé de faire le rôle du mort, de reproduire ses principales actions et ses paroles les plus célèbres. D'autres comédiens donnaient la réplique, et déjà plus d'une fois, aux funérailles des empereurs, la vérité, bannie de leur vivant, avait reparu ainsi sur leur tombe par des traits d'audacieuse facétie. Pour Julien , quand il fallut passer toute sa vie en revue, redire l'apostasie de sa jeunesse et les désastres de sa mort, les histrions sûrs de plaTO

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à la foule qui les entourait, ne lui épargnèrent pas les mots piquants ni les plaisanteries injurieuses. Ces invectives furent couvertes d'applaudissements, à tel point que Procope, qui dirigeait la cérémonie , épouvanté de ces scènes populaires, inquiet d'ailleurs de sa qualité de parent qui l'exposait aux ressentiments de la foule et peut-être à la méfiance du nouvel empereur, alla se cacher dès que tout fut fini, et personne, pendant plusieurs mois, ne sut ce qu'il était devenu Le soir, on répandait dans le peuple qu'on avait vu les restes de Julien s'agiter et fermenter dans la bière pendant toute la solennité. La tombe impériale reçut pourtant l'hommage de pieux amis qui y gravèrent les quatre vers suivants :

« Rapporté des rives de l'Euphrate et de la terre des Perses, où il avait conduit son armée pour une œuvre qu'il n'a pu accomplir, Julien, roi excellent et guerrier valeureux, a trouvé celle tombe sur les bords argenlés du Cydnus. x>

« Ce irétait point le Cydqus, ajoute Ammien Marcellin dans une effusion d'affliction patriotique, quoique ce ftoit un fleuve pur et agréable, qui devait recevoir de telles cendres; pour perpétuer la gloire de si belles actions, c'est le Tibre qui devrait baigner sa tombe, aux

1. Amm. Marc., xxv, 9, lO*. — Sur l'habitude des comédies dans les funérailles romaine?, voir S. Grég. Naz., Or. 10, et Carmen devirginitate, v. 457, t. ii. p. 820. — Sueton., Vespasien, 19; et note de * Valois sur le passage cité d'Ammiea.

lieux où ce fleuve traverse la ville éternelle et arrose les monuments des anciens Dieux.»

Entre les grossières invectives des bateleurs et cet enthousiasme excessif des vieux soldats, il était réservé, ce semble, à un poète chrétien de trouver, quelques années plus tard, un juste intermédiaire. Ces vers du poète Prudence, écrits au début du siècle suivant, n'auraient-ils pas pu en eiïet figurer avec plus d'avantage sur la pierre funéraire, comme Tépitaphe véritable de cet homme étrange , qui avait renfermé en lui-même tant de contradictions, et en suscilait encore autant après sa mort : « Ce fut un chef très-vaillant dans le combat, un législateur célèbre ; par le bras, comme par le conseil, il servit sa patrie, mais il desservit la religion; il adofa des divinités sans nombre. Il trahit son Dieu, mais non TÉtat *. »

Ductor fortissimtis armis :

CoQ'litor et legiim celeberrimus; ore mannqoe fk)nsultor patriae, sed non consuUor habendae Relli^onis, amans ter centam millia divum; PerQdus ille Deo, sed non et perfidus arbi.

Mais le temps n'était pas encore venu où, parmi tant de passions soulevées, un jugement équitable pouvait se faire entendre. Il ne faut point demander, sur le caractère des hommes mêlés aux grandes luttes, l'exacte vérité aux contemporains. On ne la trouverait, à dire

1. Amm. Marc.; xxv, 10. — Zon., xin, 13. — Zos., m, 34. — Prudeuce, ÂpotheosU,

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à la foule qni les enf .«s écrite presque aas^Uôl les mote piquante n* ^fsur sa cendre à peine reinvectives furent ^ , fr/na^ opposés, par les deux plus point que Proco ^yjlmfê, Grégoire et Libanius. U

vanté de ces sr surpris , mais très-dificremment qualité de p^ /^^Êtltophe imprévue, employèrent au»foule et p celùi*là à célébrer le triomphe de

<^^è déplorer la perte d'un ami très-cher /A^f lequel Tempire avait placé sa dernière /j^Tùni est pareil dans la forme extérieure , ^^Êtè ti même dans le nombre de ces composi- ^itf èhacUn fit deux discours diiTéfente : l'un, im- ^^mmnt après la mort, et sous l'impression même ^ftoavielle; l'antre, plus étudié, qni ne fut achevé lHâibsranilée courante : mais tout diflère dans le jîid. Ici la parole est animée d'un souffle impétueux de fietoire et de jeunesse, là c'est la mélancolie de lo mort dont la pâleur se trahit sous les ornemente et sous le fard.

Si Ton voulait se convaincre que, malgré le respect dù à tous les écrits sortis d*une plume sainte, il ne faut point prélerau portrait de Julien tracé par saint Grégoire une confiance absolue, une seule remarque suffirait pour lever tous les scrupules. Aux vices de Julien, peints en traits brûlants et sans aucune restriction, lo saint orateur oppose presque toujours , pour faire contraste, le souvenir des vertus de Constance *. Le persé- 1. panégjrrique de Constance par Grégoire, qui se troure presque

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cuteur d'Alhanase el d'Hilaire , le monarque imbécile et fastueux , que des eunuques gouvernaient en se jouant; celui que saint Jérôme appelle une bête sauvage, est représenté comme un souverain selon le cœur de Dieu, dont le génie éclairé par la grâce n'a pas fait défaut un seul jour. Un tel panégyrique, si évidemment faux et si contraire aux meilleurs témoignages , place la pièce tout entière, sous le rapport de l'exactitude des appréciations, dans une suspicion légitime. Ou bien, en effet, il faut admettre que la forme oratoire, traditionnelle dans les écoles, se prétait, par une convention tacite, à un certain degré de fiction insignifiant, qui ne trompait personne, et que Grégoire n'avait pas rompu complètement avec cette habitude : ou bien, il faut penser que, retiré comme il Tétait depuis six mois au fond de la solitude du Pont, loin du contact des hommes , tout entier à l'émotion produite par le récit des soufflrances de ses frères et par l'attente de calamités prochaines, le zèle ardent de Grégoire avait , pour un jour, altéré son jugement. Grégoire élait jeune encore : s'il avait la ferveur d'un apôtre, il avait l'imagination d'un

à toutes les pages des deux discours (Or, iv, 3, 34, 36; y, 16, etc.)> a été l'objet de beaucoup de commentaires de la part des érudits, et Téditenr béuédictin fait les plus grands efforts pour l'expliquer par l'igno' rance où saint Grégoire pouvait être de la fin de ce prince et de son baptême par Enzoius. Mais pouvait-il ignorer Texil d^Athanase, les scènes violentes d'Alexandrie, la persécution atroce de tout l'Orient? C'étaient là des faits trop éclatants pour n'être pas connus de tout le monde, et surtout d'un personnage aussi éininent que Grégoire. Saint Grégoire a du reste lui-même rectifié son jugement sur Constance dans on discours postérieur {Or, xxv, 9 ).

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podle ; la grâce n'ûvait point encore tout à fait purifié son ftme, ni Tâge tout à Tait mûri son talent. Pour juger Julien comme général, comme politique et comme homme privé , il lui manquait de l'avoir suivi dans les camps et de s'être assis dans ses conseils. 11 serait puéril de lui reconnaître sur de tels sujets une infaillibilité que l'Église ne s'attribue pas à elle-même.

Mais si, comme documents historiques, les deux discours écrits par Grégoire à cette époque , et qui ne furent pas prononcés \ ne doivent être consultés qu*avec une grande réserve, ils sont admirables au contraire pour nous peindre en traits de feu la passion héroïque des âmes chrétiennes de cet âge. La lutte des deux cultes et l'ascendant vainqueur de l'Évangile ne se sont traduits nulle part avec une plus vive expression. Haine, crainte, ressentiments, tout est loin de nous, el le jour glacé de la justice s'est levé depuis longtemps sur Julien ; mais qui pourrait entendre même aujourd'hui, sans émotion, ce cri de triomphe échappé de la poitrine oppressée deTÉglise?

« Ëcoutez-moi, nations du monde : vous qui habitez l'univers, prêtez-moi l'oreille. Comme le héraut qui crie d'un poste élevé au centre d'une ville , je vousap-

1 . Oq voit que ces discours ne fureot pas prononcés, à ceci, que dans un passage il y ost fait allusion au schisme intérieur de l'Église de Nazianze, comme durant toujours (iv, 10), et que, dans un autre de ses ouvrages, saint Grégoire assure que, pendant que ce schisme dura, il n*ouTrit pas la bouche en public (ti, 8). Voir ravertissement de l'éditeur bénédictin, aux oraisons iv et t.

pelle à haute voix. Écoutez, peuples, tribus, hommes de toute langue, de toute race et de lout âge, qui êtes et qui serez jamais. Et pour que mon cri monle plus haut encore, écoutez-moi, puissances et verlus du ciel , vous dont noire délivrance est l'œuvre et par qui a péri, non pas Séon, roi des Amorrhéens, ou Og, roi de Bazan, petits princes qui opprimaient de petits peuples , mais ce dragon, cet apostat, TAssyrien aux grandes pensées dont parle TÉcriture, l'ennemi commun de tous les hommes, celui qui a répandu sur la terre ses menaces et ses fureurs, et qui a dit et médite l'iniquité sur les lieux élevés... Mon discours appelle à ce chœur spirituel tous ceux qui veillaient naguère dans les jeûnes, les larmes et les prières, demandant nuit et jour la délivrance de nos maux, et gardant pour le remède de leurs peines celte espérance qui ne confond pas; et tous ceux qui, supportant beaucoup de travaux , frappés de plusieurs coups, affligés des calamités du siècle, ont été en spectacle au monde, aux anges et aux hommes, comme dit Tapôtre, le corps brisé, mais 1 âme invincible, et pouvant tout en Jésus qui les fortifie; tous ceux aussi qui, renonçant aux grandeurs mondaines du vice, souffrant avec joie d'être privés de leurs biens, de leur patrie, de leurs époux , de leurs femmes , de leurs parents, de leurs enfants, et offrant à Jésus-Christ les maux acceptés pour lui, peuvent redire et chanter maintenant : ô Dieu, vous aviez mis des mailres sur nos têtes, nous avons passé à travers l'eau et le feu, et

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VOUS nous avez conduits yers on lieu de mfrntrhiwo ment.

« Mais j'appelle aussi à la fête de ce jour une autre * sorte de chrétiens : j'entends ceux qui reconnaissent un seul Dieu, mettre de l'univers , et qui , en ceci, raisonnent bien, mais qui ne comprennent pas par quelles voies la Providence fait sortir le bien du mal et nous éprouve pour nous corriger, et dont l'âme faible et légère ne peut supporter de voir l'impie se gloriGer dans ses pensées ; qui s'échauSent et s'enflamment devant la paix dont jouissent les pécheurs , et ne peuvent attendre le conseil de Dieu... J'y appelle encore ces ftmes que séduit la scène du monde, et qui restent en admiration devant ce grand théâtre. Je leur dis comme Isale : 0 femmes , quittez ce spectacle ; que les yeux de votre esprit cessent d'errer au hasard; venez et connaissez que c'est ici le Dieu élevé sur la terre et sur les nations , grand en tout temps par ses miracles et ses prodiges, mais aujourd'hui plus visible que jamais... Je n'écarte d'ici qu'une seule espèce d'âmes : je pleure et je gémis sur elles, mais peut-être n'entendront-elles pas mes gémissements, car elles ne sentent pas leur propre perte, et c'est là le comble de leur malheur; je les renvoie cependant : ce sont celles qui ont été semées, non sur la pierre et le roc, mais sur la terre sèche et stérile; ce sont celles qui se sont approchées de la parole de Dieu avec une foi légère et toute de suiface, et, ne jetant point leurs racines dans la profondeur de U

terre, oui levé sur-Ie-cbamp et se sont fait voir pour plaire au monde; mais, au premier assaut du malin, à la première chaleur des (entations, ont séché et péri. Ce sont d'autres encore pires, et qu*ii faut tenir plus éloignées encore de cette réunion, qui, lorsque le temps est devenu contraire, lorsque des hommes ont essayé de nous asservir, n*ont pas même tenté de résister, mais se sont d'elles-mêmes offertes pour être vendues et payées *. »

Et un peu plus loin, quelle forte peinture du duel soutenu par un seul homme contre toute l'Église : «c 0 le plus simple à la fois et le plus impie des mortels, qui n'entends rien à ce qui est grand ! Te voilà donc seul devant cet immense héritage de Dieu , devant cette moisson du genre humain qui couvre le monde , devant cette prédication qui, par sa folie (comme vous dites), a vaincu les sages, terrassé les démons, subjugué le siècle, toujours ancienne et toujours nouvelle; qui autrefois parlait au petit nombre et maintenant à la mullitude, qui autrefois otfrait Timage, et maintenant que tes temps sont accomplis, annonce la perfection des mystères divins' Te voilà seul en face du royaume du Christ! El qui es-tu, et d'où sors-tu? loi seul en face de ce royaume qui ne Unira point, qui s'étend partout et s'élève toujours! Car j'ai foi aux chOî?es pi édites et à celles que nous voyons. C'est ici le royaume que Dieu a

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