Gieg. Naz., Or. ïliii
remplie par an rival que le sénat de la ville et Tempereur lui avaient préféré. La chaire, en effet, dépendait de l'autorité impériale et était payée des deniers de rËtat. Le jeune rhéteur, un instapt déconcerté, ne perdit pourtant pas courage et ouvrit lui-même bravement an cours en face de l'enseignement officiel. En moins d'nn mois, il avait quatre-vingts élèves, et la salle de son rival était vide. On désertait les courses de chevaux et les spectacles, pour venir entendre sa parole. « C'était l'empereur, dit-il, qui nourrissait l'un de nous deux ; mais c'étaient les pères de mes élèves qui subvenaient à mes besoins. » De dépit, la faction vaincue fît venir des villes voisines un autre sophiste renommé, appelé Démarque, fort bien placé dans la faveur de Constance et dans l'intimité de ses courtisans. Libanius était un païen strict et dévoué : Démarque adorait aussi les dieux; mais il admettait plus d'accommodements. Ne rendant pas hommage au Dieu de Constance, il avait inventé, comme expédient pour rester en grâce, d'écrire le panégyrique descriptif des belles églises que Tempereur taisait élever. Ce fut un de ces morceaux de rhétorique ûonl il essaya l'effet dans un concours proposé à son jeune rival.
C'était un beau jour pour un orateur et pour toute une ville grecque, que celui où devait avoir lieu, dans 'amphithéâtre, une grande joule oratoire. D'avance, esclaves parcouraient les rues pour avertir les ama- ^^m, on louait des banquettes, on se disputait les pla-
ces. Le sophiste en renom ne négligeait rien pour éblouir les yeux de la foule. Sa toilette était l'objet d'un soin tout particulier : il y consacrait une bonne pari de l'opulence qu'il devait à ses leçons. Ses cheveux étaient parfumés, ses joues enduites de fard, sa tétc couronnée de lauriers ou de fleurs artificielles, entremêlées de pierres précieuses. Il y avait un art d'entrer à propos, de répondre aux applaudissements de la foule par un salut gracieux, de se poser avec nonchalance, en faisant briller ses mains chargées d'anneaux de diamant. Bémarque, riche et bon courtisan, ne négligea sans doute aucun de ces moyens de succès, auxquels un rival pauvre et inconnu ne pouvait atteindre. Mais tous s'eflacèrent devant le prestige du talent naissant et de la jeunesse. Malgré l'appui des magistrats et la faveur souveraine, Démarque succomba devant le jugement public : l'honneur des armes oratoires demeura à Libanius. La foule le porta en triomphe, le chargea de couronnes en lui donnant les noms de poëte divin, de rossignol, de roi de l'éloquence, qu'elle prodiguait h ses favoris. En un jour, Libanius eut pris place parmi les princes de la parole *.
Ses ennemis l'attaquèrent alors par d'autres moyens. On l'accusa de devoir ses rapides succès à des arts illicites,
1. Tous CCS traits des habitudes et de la vie des sophistes, épars dans Eunapo et Philostrate, ont été résumés dans uu tableau ti-èsauinié par M.Matla : Sopfiisfes grecs de r empire romain, {Revue contemporaine y 30 avril, 1857.)
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aux enchanlements de la magie. Les prêtres païens de la ville, trompés par la calomnie, entrèrent eux-mêmes dans oette conjuration, et déjà un astrologue qu'on accusait de complicité avec le rhéteur était cité devant le tribunal et mis à la torture. Libanius, averti à temps, quitta prudemment la ville et passa en Asie. Sa réputation l'y avait devancé, etde l'autre côté du détroit toutes les cités se disputèrent ses leçons. Nicomédie surtout les réclama, pressée de 1 opposer an seul sophiste qu'elle possédât dans ses murailles, et dont l'arrogance avait lassé tout le inonde. Il passa cinq années dans cette ville, qui furent, dit-il, les plus heureuses de sa vie, entouré des hommages universels, fêté parles plus riches, renommé auprès des plus pauvres, à ce point, assure-t-il, qu'on chantait communément dans les rues les exordes de ses discours en guise de refrains populaires. Tant de prospérités ne manquèrent pas d'exciter encore l'envie. De nouvelles accusations de sorcellerie, d'empoisonnement, circulèrent bientôt contre lui, répandues par ses rivaux; on lui intenta un nouveau procès et l'importance de la cause paraissait telle aux yeux mêmes du gouvernement que, malgré les soins urgents de la guerre de Perse, le proconsul de Bithynie crut devoir venir en personne siéger sur le tribunal, à Nicée, précédé des glaives et des haches des licteurs. Libanius dut une fois de plus paraître devant le magistrat, se disculper longuement, confondre son adversaire, et faire tourner les attaques de la jalousie à la gloire de son éloquence. La répu-
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talion qu'il s acquit dans ces débals devint si grande que Conslaniinople enûn le regretta, et qu*un ordre impérial vint le contraindre d*y rentrer. Il y retourna» bien à regret, redoutant la dissipation d*une grande ville, et plus encore peut-être le voisinage d'une cour où ses opinions ne pouvaient longtemps lui assurer la laveur du souverain. Il n*en débuta pas moins par un panégyrique enthousiaste des deux empereurs, où il les louait, Cl) des termes habilement ménagés, de professer une opinion qui leur enseignait à ne pas craindre la mort, parce que la vie de tout homme est entre les mains de Dieu*. A partir de ce moment, Libanius était devenu un personnage dans TÉlat; ses discours occupaient la renommée; les gens en place Técoutaient, on tenait compte de ses avis; des relations nombreuses et une vaste correspondance suivie sur tous les points de l'empire avec d*anciens disciples ^ parvenus aux dignités publiques, et bientôt enfin les vicissitudes inattendues des partis, devaient élever son rote à une véritable importance politique.
De tels hommes, car Libanius n était pas le seul, n'étaient point, pour une cause même mourante, d'inutiles champions. Ils maintenaient son ascendant dans les