‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 58 sur 321 · Lib. Or. 3, p · texte numérisé non relu

Lib. Or. 3, p

î. De rénorme correspondance de Libanius, qui ne contient pas moins de quinze cents lettres, il n'y a pas d'exagération de dire qu'au moins un quart consiste en lettres de recommandations adressées à des magistrats auxquels il rappelle d'anciennes relations, soit de maître, soit de condisciple.

hautes régions da pouvoir. Dans les bas fonds de la société» le paganisme avait d'autres représentants dont le récit même qu*on vient de lire atteste assez l'influence.

Qu'était-ce, en effet, que ces fréquentes accusations d'enchantements et de magie, assez habituelles pour se reproduire de ville en ville, assez graves pour appeler au prétoire le premier magistrat d'une province? On s'imagine difficilement ce que pouvait être le crime de sorcellerie parmi les adorateurs des dieux païens. Quand on songe, en fait de ridicule mysticisme et de jonglerie divinatoire, à ce que permettait, ce qu'ordonnait même le culte légal , combien d'orgies sombres ou sanglantes même se cachaient à l'ombre des temples les mieux famés, combien d'impostures se couvraient du nom dQ^l'oracle de Delphes ou des augures de Rome, on a de la peine à comprendre que la crédulité humaine eût encore besoin de se donner carrière en dehors d'un champ si large. Mais une erreur définie, quelques formes variées qu'elle emprunte, est impuissante à satisfaire les aspirations de l'âme vers un monde inconnu, son impatience des limites de l'intelligence humaine, son inquiète curiosité de l'avenir. A côté de tant de religions nationales, en face de tant de superstitions privées qu'abritait le foyer domestique, il y avait toujours place, au sein de la société antique , pour les pratiques ténébreuses des sciences occultes. Des invocations d'esprits ou de revenants, des mots sacramentels prononcés pour conjurer les mauvais sorts ou les diriger contre une victime désignée,

des phillres pour faire nailre ou troubler Tamour; des paroles enchantées pour guérir les maladies ou intervertir le cours des astres : toutes les poésies, toutes les narrations antiques en sont pleines; Juvénal, Pétrone, Lucien, Horace et Virgile eux-mêmes nous les font trouver à chaque pas. Les quartiers reculés de toutes les villes étaient habités, toutes les campagnes étaient parcourues par des gens faisant métier de prédire Tavenir, d'annoncer à chacun sa fortune, ou de faciliter Taccomplissement des vœux qu'on leur recommandait. Il y en avait de tous les degrés et pour toutes les classes, depuis le mathématicien qui lisait la destinée dans les astres et dressait le thème natal de tout enfant nouveau-né *, jusqu'au sortilège qui interrogeait le sort par de pelils dés chargés de figurps symboliques, et jusqu'au conjecleur qui faisait métier d'interpréter savamment les songes*. Puis au fond des sépulcres se cachait Tafifreuse Saga, pâle, vêtue d'une robe noire retroussée, les pieds nus, les cheveux épars» faisant bouillir les ossements des morts, et souvent mêlant à ses préparations magiques le sang des nouveaunés ou le suc de plantes vénéneuses ^. Un archéologue a pris plaisir à relever dans les écrivains classiques plus de quatre-vingts moyens de connaître l'avenir, dont les

1. Cic, de Divinat., ii, 42, 47. — Suétone, Aug., 94. Domit,, 10. — Juvén., Sat. 6, v. 579, etc., etc.

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