‹ L'église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 4)Chapitre 9 sur 321 · s. Athan., ad. Sol., p · texte numérisé non relu

s. Athan., ad. Sol., p

fidèle à Dieu Que ces fêles de Pftques ne se passent

pas dans l'angoisse et dans la tristesse, comme vous pourriez le présumer : débordons de joie» au contraire ; soyons tous vêtus d'habits de féte... La tristesseJ c'est ce que voudraient nous imposer, et la fraude des Juifs, et l'impiété des Ariens : les uns ont tué Notre-Seigneur, et les autres lui enlèvent son triomphe sur la mort, quand ils disent qu'il n'est qu'une créature. S'il n'avait été qu'une créature, la mort l'aurait retenu dans ses liens ; mais puisqu'elle n'a pu le garder sous sa loi, c'est donc qu'il n'a point été créé et qu'il est le maître de toute la création. De quoi la fêle que nous célébrons est un immortel témoignage. Le conseil des Juifs et de ceux qui leur ressemblent a été trompé... Celui qui réside dans les cieux se rit des uns et des autres. Ne pleurez point, disait-il lui-même aux femmes qui le suivaient à la croix, voulant signifier par là que sa mort n'est point un sujet de tristesse, mais de joie; que, bien que mort, il vit encore, parce qu'il n'était pas créé du néant, comme on vous ledit, mais qu'il vient du père... Nous commencerons donc le jeûne du carême au neuvième jour du mois de Phamenoth ; nous servirons Dieu dans la continence et dans la pureté, et le quatorzième jour du mois de Pharmulh, luiront pour nous la lumière du Seigneur et lâ splendeur du saint dimanche où notre Sauveur est ressuscité \ d

1. s. Athan., Epislola fesialis ii, dans Maï, Nova bibliotheca, t. Ti, p. 111 et suiv.

Mais pendant qu'il se concentrait lui-même dans ces nobles et paisibles occupations , autour de lui ses amis et ses partisans s*agi (aient pour sa défense. Les évôques d*Égypte , de Thébaïde et de Libye , qui avaient gardé le souvenir du rôle humiliant qu'on leur avait fait jouer à Tyr, se rassemblèrent presque spontanément à Alexandrie au nombre de plus de quatre-vingts, pour rédiger une lettre collective, qu'ils adressèrent à tous les évêques du monde, et en particulier au pape Jules*. Cette lettre, que saint Âthanase nous a conservée tout entière, n'est qu'une dénonciation animée de la longue et odieuse intrigue qui se poursuivait sous leurs yeux depuis dix ans. C'est le plus précieux et le plus complet des documents historiques qui peuvent guider l'historien dans toute cette narration. Mais, outre l'intérêt qui s'attache à l'exacte connaissance des faits, l'esprit qui anime cette généreuse protestation ne permet guère de la lire sans émotion. Il y règne un chaleureux dévouement à l'innocence persécutée, un dédain contenu, mais fier, des menaces de la puissance temporelle, qui consolent et relèvent l'âme. Tandis que les intrigues ecclésiastiques et les faiblesses épiscopales ouvraient presque partout largement la porte aux empiétements de Tautorité civile, et semblaient prendre les

1. s. Athan.,ilpo/., p. 721.-757; ad. Afr., p. 940. — S. Hilaire, ex opère historico Fragm. ii, Paris, 1C93, p. 1286. —Cest de cette lettre que nous avons tiré la plupart des détails insérés dans le récit du second volume de cette histoire, relativement au concile de Tyr et à rinformation de la Maréotc.

ATHÀNASE A ROME. 31

empereurs par la main pour les faire entrer dans le sanctuaire, les évéques d'Égypte s*écriaient noblement : a De quel droit ces gens ont-ils pu réunir un concile contre nous? De quel front peuvent-ils appeler concile cette réunion présidée par un comte ; où des appariteurs de justice étaient présents ; où, à la place des diacres de l'Église, on voyait des gens de police introduire et faire ranger les assistants * ; où le comte parlait pendant que les évéques se taisaient ou se courbaient sous toutes ses paroles? où ce qui plaisait au commun des évéques était empêché par le magistrat? Il commandait, et des

soldats nous faisaient mouvoir En somme, frères

chéris, quelle espèce de concile était-ce là, où la mort et Yexil pouvaient être prononcés contre nous s'il avait

plu à César? S'ils avaient voulu juger en évéques,

qu'avaient-ils besoin de comtes et de soldats et de lettres de convocation signées d'un empereur? Ne les

écoutez donc point, disaient-ils en terminant, s'ils vous écrivent contre l'évêque Athanase. Tout ce qui vient d'eux est frauduleux et mensonger ; et quand vous verriez les noms des évéques d'Égypte en téle de leurs lettres, n'y ajoutez aucune créance »

L'émotion était grande aussi autour d'Alexandrie et pénétrait jusque dans les retraites des solitaires. Le

1. Sur le sens des mots speculator et commentarius employés dans la lettre des évéques, voir Cod. Theod., ix, t. m, 1. 5; xi, t. 30, 1. 21, et les notes de Godefroy .

i. S. Atban., Apol., p. 728, 730 et 738.

pieux Antoine, du fond des déserts, faisait parvenir à son ami engagé dans les luttes de la terre, des paroles qui fortifiaient cette grande âme, mais qui eussent épouvanté un moins intrépide; elles annonçaient un grand triomphe, mais précédé de longues et douloureuses épreuves. Un jour, après une longue extase, le saint s était relevé de sa prière, tremblant et tout baigné de larmes : « 0 mes enfants, avait-il dit, qu'ai-je vu? J'aimerais mieux mourir. J'ai vu Tautel de Dieu environné de mulets qui le renversaient à coups de pieds ; c'était une grande confusion de bétes qui sautaient et ruaient; et j*ai entendu une voix qui disait : Mon autel sera profané... Mais ne perdez pas courage, car la colère de Dieu n'est pas pour toujours, et il nous délivrera. Prenez garde seulement à la doctrine des Ariens ^ »

Les lettres du pape tombèrent au milieu de celte émotion générale. Autant Athanase avait mis autrefois de répugnance et de lenteur à comparaître devant un concile irrégulièrement convoqué, soumis à l'action usurpatrice d'un magistrat; autant il mit d'empressement h répondre au premier appel du chef légitime de l'Église. Cette âme fière, pleine du sentiment de sa dignité et de ses droits, avait su résister à un ordre de l'empereur : la moindre prière du pape la trouva docile. Il était à Rome, môme avant toute convocation officielle, dès la fin de l'année 339 ^

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