Boll.,14 mai
2. Palladius, auteur de rz/rs/onV/ Lnusiacn, avait causé lui-njème avec une vierge qui avait cachO Atbauase sous son toit pciulaut plusieurs jours. Elle racontait tiue le saint s etiiit présenté chez elle, conduit par une vision céleste, et qu'elle avait servi d'intermédiaire 4 iioe correspondance avec Alexandrie. Wst, Laus.f c, 136,
tk PERSÉCUTION ARIENNE. 331
« N*avancez pas, lui disait chacun : on vous cherche partout ; on vous attend pour vous assassiner. )> Il n*en répétait pas moins qu'il voulait aller devant l'empereur; que c'était un devoir de lui apprendre l'abus qu'on laisait de son nom. Enfin, on lui apporta les lettres de Constance qui avaient suivi l'arrivée de Georges, jointes à celle que ce prince avait écrite au prince d'Auxume, pour poursuivre sa victime même en dehors des limiles deVempire. Devant ces preuves manifestes de la volonté impériale, il sentit que toute insistance n'était plus ' qu'une imprudence inutile, et il rétrograda vers les couvents du désert*.
Ces maisons» vouées à la prière et au silence, s'échelonnaient d'étape en étape le long du Nil , et les dernières se perdaient dans la solilude, comme la source même du fleuve. Rien n'était si aisé que de passer inaperçu de l'une h l'autre; et c'est ainsi qu'Alhanase • put tromper, plusieurs mois durant, la vigilance d'une police inratigable. A la moindre alerte venue d'Alexandrie, un esquif mis à flot sur le fleuve, ou une ca- ^yàne nocturne traversant les sables, dont le vent du désert effaçait rapidement la trace, le transportait ^"s l)ruit vers une retraite nouvelle. Partout où il des- ^''Jîiit, les directeurs de la maison le recevaient comme ^'"* j)ère; et parmi les plus jeunes, habitués à obéir ^ ^e taire, nulle question indiscrète ne s'élevait pour
*• ^- Athan., Apoi, p. 691, 692; C93, 697,
demander le nom du vénérable inconnu; nulle parole imprudente ne le murmurait au dehors. Les Pères s'assemblaient autour de lui : il leur racontait ses traverses, répondait h leurs interrogations sur les difficultés dogmatiques très-imparraitement comprises au désert, envoyait des messagers ou en recevait pour subvenir, même de loin, par ses conseils, aux besoins de son Église opprimée. Puis il reprenait le train de vie d*un moine ordinaire, et ce héros des grandes luttes, cet
administrateur actif d'une cité populeuse, assidu aux prières, aux offices, aux exercices prolongés de la méditation , étonnait les plus vieux athlètes de la pénitence par son intelligence des voies intérieures de la piété et la sérénité d'une vie contemplative.
a II lui fallut fuir alors, disait plus tard son panégyriste, et nul exil ne fut mieux employé, car il se rendit dans CCS divines retraites de la méditation qui sont en Egypte, où des hommes, se séparant du monde et embrassant
la solitude, vivent pour Dieu seul Et là Athanase,
qui avuil le don de concilier et de rapprocher toutes choses, suivant Texcmple de Celui qui, par son sang divin, a uni tout ce qui était divisé, sut unir la vie solitaire avec les biens de la société religieuse; montrant que le sacerdoce est aussi une philosophie * , et que la philosophie a besoin d'un sacerdoce qui renseigne. Et il sut si bien concilier ces deux choses, une tranquillité
1. Saint Grégoire appelle souvent de ce nom (çiXwrcçia) la vie coatemplath'C adonnée à la méditation.
aclWe et une activité tranquille, qu*il fit comprendre à tous que la Vie monastique consiste plutôt dans le ferme détachement du cœur, que dans la séparation du corps * . »
De nombreux écrits sortis de sa plume pendant ces heures de repos matériel, où pourtant sa vie dépendait toujours d'une indiscrétion ou d'un hasard , attestent cette variété de préoccupations et cette plénitude de facultés. Tour à tour racontant son histoire, défendant sa cause, exhortant son Église, exposant le dogme, iiérutant rhérésie, jamais son esprit ne fut plus hicide, jaoïais sa réflexion ne fut plus mûre, jamais son éloquence ne s*échappa plus animée et plus incisive que dans ces jours d'angoisse. Plus d'un volume de ses œn- ^vres, écrit pendant celte retraite forcée, nous apporte, 2^vec les plus solides instructions chrétiennes, I écho Oes transports contenus de cette âme ardente.
C'est d'abord une apologie de toute sa vie, adressée
clirectement à l'empereur lui-même. Sans doute, c'était
le résumé de ce qu'il comptait lui dire en face, s'il lui
vivait été donné de l'aborder; mais contraint de fuir sa
présence , il cherchait du moins à lui faire arriver la
mérité par quelque voie détournée. Nulle flatterie, nulle
l)ravade, nulle parole inutile. Tout est concis, nerveux,
J^âle, dans ce langage d'un accusé parlant à son juge ,
d*un sujet parlant à son maître, qui n'oublie pas un
^Astant qu'il est aussi un évêque parlant à un tidèle.