s. Hil , de Trinit. i , S
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Hilaire avait passé rapidement, sons la conduite dupsaK miste, à Tadmiration de sa Providence dans la majesté de ses œuvres. Et pourtant ce spectacle, en le ravissant, ne le satisfaisait pas encore. Plus il connaissait Dieu» plus s'allumait en lui le désir de le connaître toujours, plus le tourmentait la crainte de perdre par la mort le sens divin de cette connaissance ; et la vue de son corps destiné à périr alarmait son âme sur sa propre destinée*. Ce fut alors qu*il ouvrit TÉvangile selon saint Jean, et que, dans Téblouissante majesté des premières pages, il lut ces deux paroles : Le Verbe est Dieu^ et le Verbe a été fait chair. « Alors, s'écrie-t-il, mon àme inquiète trouva plus d*espérance qu'elle n'avait rêvé... Je compris que le Dieu-Yerbe s'est fait chair, afin que, par ce Verbe incarné, la chair même pût s'élever jusqu'à Dieu. El pour nous faire voir que le Verbe incarné n'est pas autre chose que le Verbe-Dieu, et que la chair qu'il a prise n'est pas différente de la nôtre, c*est parmi nous qu'il a habité. En y habitant, il reste Dieu... En daignant prendre notre chair, il ne perd pas sa dignité propre; Fils unique du Père, plein de grèce et de vérité, parfait par sa nature, mais véritablement doué de la nôtre ! Mon &me transportée embrassa Ul doctrine de ce divin mystère, s'élevant ainsi à Dieu pac* sa chair même, et appelée par la foi à une naissance non*velle 2. jf
i. s. HiL, de Trmit.^ 40. — Fatigabatar animas paitim suo, ptriiiii coipjris meta.
S. Ibid., 10, U, 12. — Verbam Deus caro faotok est, vt per
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C'était à ce dogme, qui terminait ses angoisses et comblait ses espérances, qu'Hilaire avait tout sacrifié. Abandonné tout entier à Dieu, dès le premier jour; fuyant désormais la philosophie autant qu'il Tavait recherchée, de peur de se laisser dérober le joyau précieux de la vérité qu'il portait en lui-même, il avait fait de sa vie et de son langage bien avant même qu*il fût prôtre, une prédication constante de la Trinité et de rincarnation divine. Tout TÉvangile semblait, pour lui, tellement réduit à ce seul point, que pendant longtemps il ne soupçonna même pas qu*un doute pût s'élever au sujet de la nature du Verbe incarné. Il croyait à la divinité de Jésus-Christ, d'après l'évident témoignage de l'Écriture, sans s'être mis en peine de lire ou du moins d'étudier, nous assure-t-il, même le symbole de Nicée *.
Denm Verbum carnem factnm caro proflceret in Denm Verbum. Ac ne Verlmm caro factum ant alîqaid aliad esset quam Dens Verbum, aut non nostii coiporis caro esset, balâtavit in nobis: ut
dnm habitet, non aliiid qu.im Deus maueret Per digiiationem
^ssomptae carnis, non inops snonim, quia tanqnam Unigenitus a Pâtre Pkaus gratis et veritatis et in suis perfectus fit, et verus in Dostris. Hanc itaqne divini sacramenti doctrinam mens laetc suscepit, in Denm ^TollcieDS per carnem et in noyam nativitatem per fidem vocata.
I. S. Hil., de Syn., p. 1205. — Regeneratus pridem et in episcopatu ^îiqnanlisper manens, fid»*m Nicaîiiam nunquam nisi exnlaturus an- <iiTi; sed rnihi homonsii et homœonsii inti^ili^eiitiam Evan^elia et Apos- ^U iotimaver.int — Il f.iut le témoignafre de S. Hilaire lui-même l^ur Tîirc prêter foi à un fait si étrsnjie. H n'est pourtant pas possible ^e prendre le texte à la lettre , et il faut croire quVn disant qu'il ne Qonuut le symbole de Nicée qu'au momeut d'être exilé, Hilaire veut ^ire qa'il ne l'étudia, et ne comprit ou ne connut les débats auxquels le symbole donnait lieu, qu*au moment de prendre part à la discussion qui entraîna son exil. Le futur exulaturus est assez vague pour 8é prêter à cette interprétation.
n en était là encore, même après que le choix populaire l'avait désigné pour le rang épiscopal. On Juge ce qu'il dut sentir quand il apprit coup sur coup, que des cbrétiens ébranlaient le centre même du christianisme, qu*UQ empereur chrétien persécutait ceux qui s'y tenaient attachés , et que des évêques mouraient dans les tourments pour le mystère de la crèche et de la croix.
Il remplit la Gaule entière de l'explosion d'une surprise indignée. Inspirant à tous ses confrères le courage dont il était animé, il convoqua une réunion d'évêques» qui sépara ouvertement de sa communion Valens et Ursace, les deux prescripteurs d'Athanase, et Saturnin, primat d'Arles, qui avait partagé leurs violences. Après ce défi audacieux, jeté à Tautorilé impériale, il ne s'en chargea pas moins de se faire auprès de rempereur Torgane des vœux de la province. Mais, habitué par l'apprentissage d'une haute situation sociale à traiter les affaires en homme du monde, il apporta autant de mesure dans cette mission qu'il avait mis de hardiesse à l'entreprendre. Sa lettre à Constance ( la première de celles que nous possédons), est un chef-d'œuvre de modération éloquente. Flattant habilement sa préoccupation connue, il le rassure sur la pleine soumission des Gaules, cette conquête si récente et toujours si agitée, où Constance venait à regret de se donner un suppléant et un rival, a Tout est calme, lui dit-il, parmi nous ; on n'entend point de propos pervers ni factieux ; il n'y a point de soupçon de sédition, pas même de mur-
mures trop bruyants. Nous demeurons dans la paix et dans le respect... Nous ne demandons qu'une chose de Votre Piété, c'est que ceux qui sont retirés dans Texil et dans le fond des déserts, ces prêtres excellents, dignes de la sainteté du nom qu'ils portent, puissent retourner dans leurs sièges; et qu'ainsi partout régnent la liberté et la joie. » Ainsi parle l'ancien curial, le magistrat municipal , habitué à prendre soin de la police des cités. Puis le philosophe converti par le libre usage de sa raison, proteste au nom delà dignité de Dieu et de l'homme contre l'emploi de la violence mis au service de la re- /igion. «Vous travaillez, dit>il, empereur; vous gouvernez l'état par de sages maximes; vous veillez jour et nuit, afln que tous ceux qui sont sous votre empire jouissent du bienfait de la liberté... Dieu aussi a amené l^faomme à le connaître par son enseignement, mais ne A 'a pas obligé par la force. Inspirant par l'admiration des xnerveilles célestes le respect de ses commandements, il dédaigne l'hommage de toute volonté qui serait con- 'ftrainte à le confesser. Si une pareille contrainte était employée, même à l'appui de la vraie foi, la sagesse «piscopale viendrait l'arrêter et dirait : Dieu est le Sei- Sneur de tout; il n'a pas besoin d'un hommage forcé ; il ^e veut pas d'une profession de foi arrachée; il ne faut Pas le tromper, mais le servir; c'est pour nous, plutôt ^Ue pour lui , qu'il faut l'adorer. Je ne puis accueillir ^Ue celui qui vient volontairement ; je ne puis écouter ^Ue celui qui prie, cl ujarquer du signe de la foi que
celui qui la professe. Il faut chercher Dieu dans la simplicilé du cœur, le véni^rer avec crainte, et conserver son culle par une volonto sincère. Qui a jamais entendu parler de prêtres obligés de craindre Dieu par les chaînes et par les supplices*? »
Quelque modéré que fùl ce langage. Constance n*était assurément pas d'humeur à le supporter patiemment; et s'il eût encore commandé directement en Gaule, le châtiment d'Hilaire ne se fût point fait attendre. Mais le nouveau césar qtn gouvernait les provinces Transalpines» ne parait point avoir apporté le même empressement à le punir. Tout entier à des préparatifs militaires contre les barbares, enfermé dans son camp, à Vienne » sur.le Hhône , il ne prétait aux affaires de l'Église qu'une attention Irès-indiirérento. Il fallut donc que Tévéque d*Ârles» Saturnin, se donnât beaucoup de mouvement et fit beaucoup de démarches; il fallut qu'il convoquât une assemblée du petit nombre de prélats de son parti à Béziers, puis, qu'il recourût à plusieurs reprises à l'intervention de Constance, pour arracher enfin à l'insouciant Julien un ordre d'exil contre son adversaire. L'Alhanase des Gaules ne quitta sa patrie que vers la fin de 356, en compagnie d'un intime ami, Rhodane, évêquc de Toulouse; laissant derrière lui un clergé qu'il avait eu le temps de pénétrer de son esprit, des évù(|ues tous unis dans laM même foi, et une fille chérie à peine parvenue à l'adoles —