Amm.Marc, xx
prises son époux el Tobjet de sa tendre prédilection. C'était range de paix qui se retirait de l'empire el Tabandonnait aux fureurs de la guerre civile '.
Mais Julien n'avait plus ni loisir ni pensée à donner à des regrets. L'imminence de la crise qui menaçait l'absorbait tout entier. Attaquerait-il, comme MagnenceT Attendrait -il, comme Gallus? Ces deux exemples, tour à tour présents à sa pensée, n'avaient rien de rassurant ni l'un ni l'autre. Par nature, d'ailleurs, il n'atail de sang-froid que sur le champ de bataille ; hors de là, son âme était le théâtre d'une constante agitation. Le calme d*esprit qu'il trouvait dans l'action l'abandonnait dans le repos. Après avoir tout fait avec prudence et résolution pour dominer l'avenir, son imagination inquiète cherchait encore avec angoisse à le pénétrer. Il n'y avait sorte de conjurations magiques, , d'artiflces divinatoires, qu'il ne mît en œuvre poorT deviner l'issue de la lutte, ou en mieux diriger le cours^ Augures, vol des oiseaux, entrailles des victimes, cour^ des astres, voix de la foudre, visions des songes, minterrogcait tout et croyait à tout. Son confident et admirateur, Ammien, pense même devoir placer à moment de sa biographie une petite dissertation philosophie mystique sur la vérité de l'art divinatoii comme s'il voulait demander grâce pour la mémoire son héros à la risée des lecteurs chrétiens. Puis,
1. Amm. Marc, xxi^ ï-G, et uote de Valois sur ce passage. » xiii^ 10.
de ces cérémonies mystérieuses , dont le bruit, ute, transpirait au dehors, Julien était pris de la d'être vu en compagnie de magiciens et de scan* la foi vive et simple des Gaulois chrétiens. Alors, ire compensation» il affichait quelque acte bien l de dévotion et d'hypocrisie. Le jour de TÉpi- , par exemple (6 janvier 361)*, il se rendit en ^j.^^
pompe à réglise, et fit avec componction et à voix sa prière devant tout le peuple assemblé ^. jours après, on lui annonçait le retour en Gaule *e de Poitiers, à qui Constance avait permis de
dans sa patrie, soit pour empêcher qu'il ne prit ent, sur les semi-ariens persécutés, une trop
autorité, soit dans Tespoir que l'ardeur de son userait quelque trouble dans les Gaules. Hilaire t au milieu des flots d'une population empressée apportait de toutes parts des enraiits à bénir et ilades à guérir. Il était accompagné du jeune , ce soldat de la charité, devenu diacre, qui ne ait pas, et dont la renommée croissait à l'ombre ^ ienne ^. Julien vit leur retour sans inquiétude, permit même de tenir à Paris un concile des s de Gaule, où Saturnin d'Arles fut excom- » et la formule de Rimini rejelée avec mépris.
ap. J.-C. — U. G. 1114. — Indictioû iv. — Taurus et Flo-
«""'°" r. •»«" '"'^lî w>-'*"'°';* o..*•'
lérte précipita les événements. Le bruit, en Ait généralement répandu dans le camp que 3, suivant avec Julien In même lactique qu*auec Magnence, voulait lâcher les Barbares sur sres. Julien lui-même en avait sinon la preuve, I le dit plus tard , au moins la crainte. Et, en cette rumeur lui rournissait un excellent movcn mer les esprits. Pour achever de confirmer ces 1, on vil bientôt arriver une lettre de Constance, m si orgueilleux , que chacun pouvait se del'où venait, h un ennemi si éloigné et si impui»relour si inattendu de confiance. Elle était porévéqueEpictète, un des prélats favoris de la idtiochè, et toujours adressée au r^iar Julien, ne lui promettait plus, celle fois, que la Vie t encore pour prix d*une soumission immédiate. iMure qu'en recevant cette insolente missive 1 éprouva une bi forte émotion, qu'il 8*('K;ria: ce n*est pas à Constance à prendre soin de ma (t aitx Dieux que je remets ce soin n ; ce pluriel umé dut exciter autour do lui quelque surn ne tarda pas à savoir également que les pas-
sages (les Alpes étaient soigneusement mis en défense. La peur (l*êtrc enfermés en Gaule, coupés du reste de Fempire , et livrés en proie aux Barbares , s'empara de tous les soldats, et le cri public fit sentir à Julien que le moment était venu de se décider à combattre*.
Avant de prendre un parti si solennel, il interrogea une dernière fois ses dieux. Depuis plusieurs jours lei augures se montraient à lui de plus en plus favorables. Une vision aperçue en songe lui avait même annoncé, en quatre vers grecs fort bien faits, la mort prochaine de Constance pour une date fixe de Tautonine suivant. Cette fois» ce fut Bcllone, la déesse de la guerre, à qui Julien adressa une dernière interrogation. Bellone s'étant montrée bienveillante, il rassembla ses soldats et leur demanda s'ils étaient prêts à se mettre en marche. Il ne parlait point encore de faire la guerre, mais seulement de s'avancer jusqu'aux extrémités de la Dacie et de rUlyrie, pour eirrayer Constance et briser le cercle de fer qu'on formait autour des Gaules. Lademande était faite au wm du Dieu céleste y expression ambiguë, qui rappelait les ^ premiers jours du règne de Constantin^. Les soldats-^ répondirent par des transports et jurèrent de mourir^r pour leur général. Les habitants des Gaules offraieni tous leur argent et leurs provisions. Un seul homme, le préfet Nébridius, ne crut pas pouvoir rompre le sermea
1. Jul., adAthen. — Liban., /oc. cit, — Soc, m, 1. — Soï., v, — Zos., III, 9.