Liban., Or, 10, p
d'une protestation destinée à rassurer oeui-là mêmes qu'il voulait combattre. Il n'avait pas à reprendre le titre de souverain pontife : c'était un joyau de la couronne impériale, que Constantin lui-même n'avait pas eu le courage d'en arracher : a Mais il lui fut, dit labanius, plus cher que celui d'Auguste, et il en remplit sans rougir les plus modestes fonctions. » Il y avai à Constantinople peu de gens qui sussent bien le rituel et même le calendrier païens; et pour en remettre e usage les traditions un peu oubliées, il fallait payer d sa personne et apprendre le métier à tout le mondes . Julien se mit à Toeuvre sans embarras. On le vit devant des autels improvisés, allant, venant, courant, portai?/ le bois, soufflant le feu, interrogeant le vol des oiseaux, déposant les victimes sur l'autel, et leur plongeant luimême le couteau dans les entrailles. Chaque jour, il savait pertinemment quelle fête on devait célébrer; à chaque localité il indiquait la coutume qu'elle devait suivre, le dieu qu'elle devait honorer, la super.Ntilion qui devait la protéger. Devant chaque idole, il savait quelle marque de re-^pect on devait donner, s'il fallait s'incliner, se prosterner ou baiser les pieds. Peu content du culte public, où il ne manquait pourtant pas une occasion de paraître , il fit élever un temple dans son jardin et une chapelle dans son palais. Il y offrait des sacrifices, la nuit aux démons des ténèbres, le matin et le soir au dieu du jour, au Soleil-Roi, le brillant Apollon, le mystérieux Mithra, la divinité particulièrement
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dière aux cœurs mystiques. Dans son antichambre, une statue fut élevée à la fortune de la ville. A la fois prêtre et fidèle, assistant et célébrant, dans des temples à peine réparés et encore déserts, au milieu de courtisans indifférents, surpris et parfois railleurs, il animait tout par son activité et suppléait à tout par son zèle. « Il était, ajoute son panégyriste , le meilleur des prêtres, comme le premier des empereurs * » .
Mais tout son entraînement ne lui faisait pas oublier
les ménagements dus à la puissance à peine abattue des
chrétiens. Aussi, entre deux sacrifices et deux prières
aux Dieux, ne manquait-il jamais de renouveler ses
protestations libérales, et de déclarer qu*il ne voulait
gêner le culte de personne. « S*il est possible, disait-il,
de guérir par une opération sage les maladies du corps
et les maux de Tàme, les erreurs sur la nature de Dieu
ne peuvent se détruire ni par le fer ni par le feu.
Qu'importe que la main sacrifie, ajoutait- il avec une
philosophie toute nouvelle pour un Romain, si la pensée
condamne la main? elle accu>e la faiblesse du corps, et
elle continue à admirer ce qu'elle honorait auparavant.
C'est une peinture nouvelle mise sur le visage, et non un
changement d'opinion. Et puis il arrive ensuite que ceux
qui ont fléchi demandent pardon , et ceux qui ont péri
pour ne pas céder sont honorés comme des Dieux. » Ces
généreuses paroles , qui n'étaient pas prononcées sans
1. liban.. Or. 8, p. 245; De vit. sua, p. 41; Or, 10, p. 292. — Amm. Marc., XXII, 5. — Soc., m, 11.— Soz.,v, 3. — S. Gr<^g. Nfiz . Or. v, 22.
quelque souvenir malicieux des violences récentes et ridicules de Constance, n'en étaient pas moins bien reçues dans les rangs des chrétiens, naguère encore victimes de tant d'oppressions difTérentes.
Les écrits de Julien de cette date (car il écrivait toujours et sans relâche et des lettres et des traités) présentent le même mélange, et de mysticisme enthousiaste, et de modération politique. Son adresse au Soleil-Bot, composée pour les Têtes de la nouvelle année, et envoyée en Gaule à son ami Salluste, est un véritable hymne tout animé de poésie et tout brûlant de piété : « Le discours que je vais tenir, dit-il, convient assurément à tout ce qui respire ou rampe sur la terre, à tout ce qui participe de rêtre et de la raison ; mais il ne convient à personne mieux qu'à moi. Le soleil est mon roi : je suis son serviteur.Ma conGance en lui repose sur des motife secrets, que je garde en moi-même ; mais voici ce que je puis dire sans ofTenser la religion de ma conscience. Dès mes premiers ans, j'ai été saisi d'amour pour l'éclat du soleil. Lorsque, tout enfant, je regardais son globe lumineux dans les airs, j'aurais voulu pouvoir fixer mes regards sur lui ; et la nuit même, quand je pouvais sortir sous un ciel pur et sans nuages, oubliant toutes choses, je restais perdu dans la contemplation des beautés du ciel, n'entendant plus ce qu'on me disait et ne sachant moimême, ni oùj'élais, ni ce queje devenais. On disait même que je portais à ce spectacle trop d'ardeur et d'attention, (t quoique encore imberbe, on m'accusait de faire le de-
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Tin. Et cependant aucun livre de divination n'était encore tombé entre mes mains, et je ne savais même quelle chose c'était. Mais à quoi bon rappeler ces souvenirs ? J'aurais bien d'sutres choses à dire si je racontais, par exemple, quelle opinion je me faisais alors des Dieux. Couvrons plutôt toutes ces erreurs d'un voile d'oubli '. » Ce début est suivi d'une exposition tout empreinte de philosophie alexandrine et mise explicitement sous la protection de Platon et de Jamblique^, sur le rôle du soleil dans l'organisation de monde. Le soleil est dans le monde visible ce qu'est Dieu dans le monde intelligible, le principe immuable de toute perfection, de toute beauté> de toute connaissance. C'est Dieu, le Bien suprême» qui l'a constitué maître du monde visible. Bien pluSy il n'est même pas sans relation avec le monde intelligible. Dans l'échelle divine des êtres, qui unit le dd à la terre, il tient un rang intermédiaire entre les Dieux inférieurs mêlés à la création, et les Dieux supérieurs qui découlent directement du Bien suprême et l'entourent^. Le soleil a donc contribué à la formation