‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 239 sur 324 · SUT · texte numérisé non relu

SUT

î. Ruf. — Soc. — Théod. — S. Athan., ioc, cit.

260 JULIEN PERSÊCUTEUIL

effet qu*un manifeste de conciliation destiné à rapprocher les membres encore épars du corps ecclésiastique. Des schismatiques furent admis à prendre part à la discussion en même temps que des orthodoxes; et Atbanase, usant habilement de sa connaissance de tous les problèmes comme de tous les idiomes, parlant à chacun sa langue, copte, grecque ou latine, et entrant dans la pensée de tous, sut faire agréer .et accueillir la Traie foi, aussi bien qu*en d'autres temps il avait su la défeodre. « Le royaume des cieux, disait-il à ses amis trop exclosife, ne nous appartient pas à nous seuls : plus nous y viendrons bien accompagnés, plus nous y entrerons avec gloire^• Il fut résolu que ceux-là seulement seraient regardés comme exclus du sacerdoce, qui a^'aient pris dans chaque diocèse l'initiative d'introduire Thérésie ; mais que ceux qui avaient été seulement enlrainés pir l'exemple et la violence des autres, seraient récusa It pénitence, pounu qu'ils reconnussent explicitement h foi de Nicée et adhérassent à la condamnation d Euloie et dEuzoius. Ces deux noms avaient été évidemment choisis comme ceux dos ariens les plus extrêmes, cl pour comprendre, non sans doule dans une justification, mais dans une indulgence commune, toutes I& nuances intermédiaires. Le concile, dans le même esprit, termina plusieurs débats assez \ifs qui s'étaient élevés dans le sein même des communions orthodoxes.

l. Ruf. : N.? siMrnet >:lis çcn'^tis m«*ri*o cpl?niai r^çaa Jt;f«i<bnîut, $td n<se -:l' r :^îa5 si cnn pluriios illic nterereotnr intrare.

L'une de ces discussions, qui n*était pas la moins animée , portait sur la valeur respective des mots grecs et latins, de personne , de substance et (ïhyposlase , différend purement verbal que le concile de Nicée déjà avait dédaigné de trancher*. Il y avait aussi des controverses naissantes sur la divinité du Saint-Esprit et sur la nature de la personne humaine du Christ. Tout fut résolu dans un esprit de paix et de charité. Le concile écoutait tout le monde, laissait à chacun la liberté de son langage et de ses opinions sur les questions indifférentes, et priait tous de s'en tenir d'ordinaire aux termes du symbole de Micée. Toutes ces décisions furent communiquées par des lettres expresses, dont plusieurs subsistent encore, au siège de Rome d'abord, puis aux diverses Églises, et enfln tout particulièrement à celle d'Antioche, par Tintermédiaire de deux messagers envoyés à Lucifer, qui y résidait, et auquel le concile croyait, non sans raison , très-nécessaire de recommander la modération ^.

1 . La difficulté élevée an sujet de Vhypostase, qui devait reparaître à plusieurs époques, venait originairement de la différence des langues que parlaient les deux Églises. Les Grecs se servaient habituellement da mot d''hypostase ((moaraotç ) pour exprimer ce que les Latins rendent par personne. Mais, par un hasard singulier, ce mot ressemble par sa composition au mot latin de substance (Oiro sub, arâot; stantia). l\ arrîTait de là qne les Latins , entendant parler de trois hypostases, croyaient qu'il s*agissait de trois substances^ et que réciproquement les Grecs entendant parler de l'unité de substance, croyaient que c*était tédoire Dieu à une seule hypostase, et par conséquent nier la Trinité.

«. Ruf., 1, 26, 28. — Soc., m, 7. — S. Ath., ad Antioch., p. 874 et •uiv. — S. Grég. Naz., Or. xxi, 33, 34. — S. Hil., Fragm.,^, 1357. — S. Jér., iJi Lucif,

Sa voix fut entendue, non sans doule qu'elle fût assez puissante pour faire cesser les divisions invétérées de . l'Église et fermer d'un seul coup la plaie déjà gangrenée de rArianisme. De lelles guérisons sont l'œuvre da temps, et ne s'opèrent point, par enchantement, sur l'appel dun homme, ni même par un décret d'assemblée. La paciGcation d'Alexandrie, d'ailleurs, par sa nature, ne s'adressait pas à l'Arianisme proprement dit. Elle laissait en dehors, en les excluant nommément, ou en les condamnant implicitement, tous les disciples d'Aétius, tous les philosophes raisonneurs et énergiques de la secte. Par cela seul de plus qu'elle était l'œuvre d'Athanase, elle devait être odieuse à tous les prélats politiques et courtisans, auteurs à la foisserviles et arrogants de la formule de Rimini, qui maintenant, déchus de la faveur, cachaient dans une retraite forcée les tortures de la haine et de l'ambition trompées. Enfin même parmi les orthodoxes cette œuvre de conciliation ne fut point acceptée de tout le monde. Lucifer, engagé par la signature de ses envoyés, ne put, il est vrai, se refuser d'y souscrire, mais il se hâta d'en arrêter reflet autant qu'il était en lui, en ordonnant un nouvel évêque à Antioche, en opposition avec Mélèce, que le concile avait reçu dans sa communion*. Malgré ces résistances partielles et ces difGcultés inhérentes k toute

1 . Nous ne comprenons vraiment pas comment quelques écriTaÎDS, entre autres l'abbé Rohrbacher, ont pu contester le schisme de Lucifer en présence du texte si positif de S. Augustin. Ep. 185, § 47.

transaction qui intervient entre des parties passionnées, les efforts d*Alhanase eurent leur récompense. Ce fut dans les rangs de semi-Ariens surtout que leur action fut très-sensible. Tout ce qui n'était pas personnellement compromis, directement engagé d'amour-propre, se hâta de rentrer par la porte qu'on venait d'ouvrir, et c'en fut assez pour exciter chez Julien un très-vif mouvement d'irritation et d'inquiétude. Rien ne pouvait lui causer plus d'impatience que la vue de tout ce gouvernement de l'Église» tenant ses assises en face de lui, dans la seconde ville de l'Orient, sous la présidence d'un homme illustre qui narguait ses menaces et paraissait même ignorer sa présence. Cet usage d'une liberté concédée par lui-même trompait toutes ses prévisions. Il avait bien voulu laisser les chrétiens libres de se déchirer et de se battre entre eux, mais la liberté de la paix et de la propagande n'était point entrée dans ses calculs.

On lui écrivait d'ailleurs d'Alexandrie que rien ne résistait à l'ascendant d'Athanase. 11 convertissait tout le monde» hommes et femmes, grands et petits, jusqu'à de grandes dames de la société païenne *. Des prêtres païens, des magiciens, des sophistes, faisaient tout exprès le voyage d'Antioche pour venir lui dire qu'avec un si rude adversaire le sort de la religion était plus menacé que du temps de Constance; et que si on

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