‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 238 sur 324 · s. Gvi'i:. Naz., Or. wi, 27. — Soc, m, iv, — So7. , V · texte numérisé non relu

s. Gvi'i:. Naz., Or. wi, 27. — Soc, m, iv, — So7. , V

Les rameaux verts, les tapisseries bigarrées de dessins de fleurs aux coloris divers, le reçoivent jonches sous ses pas. Ici seulement la richesse et la magniflcence étaient à la fois sans égales et comptées pour rien. Il y avait là encore une image de l'entrée du Christ, dans les concerts de voix et les chœurs de danse qui précédaient, sauf que ce n'était pas seulement une multitude d'enfants le saluant de leurs cris, mais toutes les langues semblables ou diverses, rivalisant d'acclamations. J'oublie les applaudissements sans nombre, les profusions d'encens, les fêtes nocturnes, la ville tout éclatante de lumières, les banquets publics et privés, et tout ce que font les grandes cités pour signaler leur allégresse, prodigué cette fois avec excès et au delà de toute croyance. C'est ainsi, c'est au milieu d'une telle pom\)c, que cet homme admirable prend possession de sa ville *. »

Seul maître de ses sens au milieu de cette multitude enivrée, Athanase jetait sur elle des regards d'une tris> tesse inquiète. Sous Tunanimitéde l'enthousiasme, quel chaos, quel mélange de tous les sentiments, attesté par la variété des langues et la bigarrure des costumes ! Il y avait dans cette foule des chrétiens de toutes les sectes, de toutes les nuances, rapprochés un moment par la crainte d'un péril commun ; et, à coté d'eux, des païens qui saluaient coninie un libérateur le successeur et l'ennemi de Georges ! Et lui-même, échappé à moitié mort

1. s. Orôg. N'az., Or. xii, 29. Ce passai-'n a («t*^. tnuliiit par M. Villeinain. Rerwf rontt'miiorniue, 30 in»vciul»rc 1852.

25C jrtlEN !»ERSÈi:iTEUR.

aux fureurs d'un empereur chrétien, il rentrait en triomphe à la face et par la grâce du jeune et ardent adorateur des Dieux ! Quel jeu du sort ! Quel fruit bizarre de la complexité des passions humaines! En rentrant dans ce monde chrétien, à la fois déchiré an dedans et menacé au dehors, une profonde compassion le saisit, et son âme, à peine refroidie du feu de la lutte, i)*éprouva plus qu*un seul sentiment, la soif de rendre la paix à ses frères et Tunion aux églises.

Sans pei (il 0 un jour, il se mit à Toeuvre, et Julien, de son côté, à qui les élans d'une ovation spontanée, si différente de ses triomphes officiels, avaient déjà dû iaire éprouver une ainère jalousie, ne tarda pas à s'apercevoir qu'Athanase reconquis, c'était la vie rentrée dam l'Église et 'sa vigueur ressuscitée. Deux ou trois résolutions prises sur-le-champ, avec un mélange de sagesse et d'énergie où on reconnaissait la main d'en maître, vinrent lui apprendre à n'en pas douter que l'Orient chrétien avait désormais recouvré son chef,cl que toutes les espérances que l'idolâtrie avait pu fonder sur les dissidences intérieures de la foi étaient des chimères auxquelles il fallait lenoncer sans retour.

L'unique préoccupation d'Alhanase, en effet, dès le lendemain de son arrivée, fut de faire cesser les restes des divisions du schisme, de réparer. les brèches de la citadelle de TKglise, pour présenter au paganisme renaissant une ligne de défense inexpugnable. Il poussa dans cellt» vue l'esprit de conciliation jusqu'aux ex-

JULIEN PERSÉCUTEL'U. 257

Irémes limites de Torlhodoxie. A Alexandrie, sa lâche ne présentait pas d'insurmontables difTicullcs; il put Taccomplir en grande partie par Tascendant unique de ses vertus el par les ressources de son habileté. Le souvenir des crimes et des violences de Georges lui donnait une popularité qu'il sut employer et accroître. Ce proscrit qu'on avait vu partir naguère, fier, inflexible, bravant les puissants du regard et intimidant les faibles, on le vit reparaître, doux, aimable, le sourire sur les lèvres, ouvrant sa porte et ses bras à tous, et pressé, comme le bon pasteur de l'Kvangile, d'aller chercher les brebis égarées sur ses épaules. Pas une parole qui montrât le moindre ressentiment, ou même le moindre souvenir de ses injures, ne s'échappa de ses lèvres : on eût dit qu'il avait oublié le nom de ses oOenseurs et perdu la mémoire de ses soufl'ranccs. Il cherchait les Ariens les plus connus pour s'entretenir et discuter avec eux : quand ils craignaient de paraître à son palais, il leur écrivait pour les appeler, et entrait volontiers dans de longues conférences sur les points débattus. Il avait été, dit sniiit Grégoire, comme un diamant pour ceux qui le frappaient; i] fui comme un aimant pour ses frères divisés. Le succès

ut rapide : dans cette cité ardente et mobile , l'hérésie

"eculait et semblait disparaître par enchantement ; et à leine quelques obstinés osèrent-ils se réunir dans une :hapelle obscure pour donner à Georges un successeur llConnu^

i. s. Giég. Naz., Or, xxi, 30, 31, 36. — Soc, m. iv. — Soz , v, 7. IV. 17

En dehors d'Egypte» les passions, quoique apaisées déjà par les préoccupations d'un péril nouveau» étaient cependant plus tenaces, et les divisions plus profondes; et ce n'étaient pas toujours les hérétiques qui opposaient le plus de résistance à une réunion désirable. Une bonne partie des semi-ariens, au contraire, déjà ébranlés dans les derniers temps du règne de Constance, éclairés maintenant par les conséquences de leur faible^e, et craignant les retours de la justice divine, souhaitaient ardemment qu'on leur facilitât le retour dans le seiD de la foi de Nicée : mais ils ne trouvaient pas chez les orthodoxes, enorgueillis de leur constance et aigris par l'adversité, une disposition également bienveillante à les accueillir. On leur imposait des conditions de pénitence humiliantes; on refusait de reconnaître leurs évéques; enfin on poursuivait sans prudence, en face de h guerre étrangère allumée, les représailles de la guore civile. Le principal instigateur de ces rigueurs intempestives était le courageux mais rude Lucifer de Cagliari, caractère entier et esprit sans finesse, qui ne comprenait aucune distinction et n'admettait aucon tempérament. Pour comble d'imprudence , c'était à Antioche, sous les yeux jnémes de Julien, à portée de ses railleries et de ses intrigues, que les dissentiments étaient encore poursuivis avec la plus déraisonnable vivacité. Dans cette grande ville, en effet, un groupede chrétiens irréprochables, qui s^étaient tenus à l'écart du gros de l'église pendant trente années, y avaient con-

tracté dans cet état de lutte constante des habiludes d'exclusion systématique. Us se refusaient obstinément, malgré l'urgence des circonstances, à reconnaître pour leur évèque Mélèce, prélat d'une foi pure, mais qui avait faibli un instant, et dont le grand tort à leurs yeux était d'avoir accepté la succession d'un prédécesseur schisma tique * .

Averti de ces luttes imprudentes, qui se poursuivaient sous les traits mêmes de l'ennemi de la foi, Athanase résolut hardiment d'y mettre un terme. Il convoqua à un concile, à Alexandrie, tous les évéques de sa province et les principaux des diocèses voisins, et, entre autres, Lucifer lui-même ainsi que son compagnon d'infortune, Eusèbe de Yerceil, qui était aussi resté en Orient malgré la permission de retour accordée par Julien. Lucifer pressentit le but de la convocation et se refusa à s'y rendre : il se fit représenter seulement par un de ses diacres. Eusèbe, animé d'un meilleur esprit, vint avec empressement. Hilaire de Poitiers, rentré en Gaule depuis deux ans, était trop éloigné pour qu'on songeât à le mander; mais ce fut l'inspiration de sa foi conciliante qui dicta les résolutions de la réunion d'Alexandrie^.

Les sages décrets de cette réunion, qui durent voir le jour dans le courant du mois de septembre, ne furent en

1. Voir, pour Torigine de la séparation des orUiodoxes à Antioche, l** partie de cette histoire, t. ii, p. 300, 301. — Raf., Hist, eccl.^ i, 27. — Soc., m, 6. — Théod., m, «. — S. Athaa., ad Antioch., p. 574 et

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