‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 254 sur 324 · Jul., Ep. XLix (éd. Span.), p · texte numérisé non relu

Jul., Ep. XLix (éd. Span.), p

paganisme n'avait plus, s'il en avait jamais eu, de hiérarchie reconnue, pas plus entre ses prêtres qu'enlre ses Dieux. Entre tous ces temples consacrés à des divinités de toute figure et de tout costume, il n'y avait nulle association, nulle prééminence établie. Dans l'intérieur même de chaque temple, prêtres, hiérophantes, flamines, serviteurs, ministres, tous les rangs se confondaient au hasard; car tous s'acquéraient par la faveur et se disputaient par la brigue. Julien voulait rétablir un ordre régulier avec un lien de suprématie et d'obéissance, des limites de pouvoir à reconnaître et des degrés d'avancement h franchir. A chaque pas il était arrêté jpar des prétentions vaniteuses ou cupides. On n'enseignait rien dans ces temples, témoins muets de cérémonies frivoles ou bizarres, auxquelles tout un peuple assistait sans les comprendre. Il aurait voulu qu'on y prêchât la règle des mœurs, qu'il y eût des lecteurs chargés de lire les beaux morceaux des poètes et des philosophes, d'expliquer le sens des mystères et la portée philosophique des fables. Personne ne veillait à la pureté des rites sacrés : des chants populaires ou licencieux, modulés sur des airs lascifs, se mêlaient aux pieux cantiques. Julien voulait une liturgie épurée et fixe, avec une musique de chœurs savants. L'ombre du sanctuaire, les ténèbres des nuits sacrées, ne couvraient plus que des mystères de débauche : Julien aspirait à rétablir des mystères de purification el de pénitence. Le disciple de Jamblique, en un mot, tendait partout et

toujours à la déiGcation de rame par rexallaiion des sens. Il rencontrait à chaque pas rabruUssement de Tesprit sous le débordement de la matière; il cbercliail l'extase, il trouvait Torgie*.

Il luttait en vain et sans relâche. Nous avons, toutede sa main, une grande instruction très-mutilée malheureusement, mais encore curieuse, sorte de manuel envoyé à tous les prêtres des temples païens, pour les mettre en mesure de répondre aux principales attaques des chrétiens, et surtout pour leur indiquer les moyens d'enlever à leurs rivaux la considération et Tamour des peuples. La circulaire fut reçue partont, mais ne fut appliquée nulle part. A tant faire que d être chaste, libéral, de contenir ses passions et de faire largesse de son argent, chacun trouvait qu*il valait mieux être chrétien tout de suite et tout de bon. Ne réussissant pas dans les exhortations, Julien essayait parfois de la sévérité; il prononçait des interdictions contre les délinquants, et, les accusant d'être d'intelligence avec les chrétiens pour déshonorer le culte des dieux, il les frappait de véritables excommunications, décrétées en sa qualité de souverain pontife. Il faisait enlever les objets du culte, quand on les profanait par d'impures superstitions. Ces coups irritaient sans effrayer. Décidément le paganisme austère et sévère de Julien n'était du goût de personne, et des païens moins que de tous autres -.

1. s. Grép. Naz., v, 111, 112. — Soz., v, 18. — Jul., Fragm. (éd. Span.), p. 288, 305. — Epist. lvi, p. 42.

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