‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 284 sur 324 · Jul., loc. cit · texte numérisé non relu

Jul., loc. cit

ce cheval, disait le palefrenier, s'appelle Babylonius. — Victoire ! s'écriait l'empereur : c'est Babylone qui est tombée, et qui est dépouillée de ses ornements ! )> Pour deux jours, il reprenait le front serein et l'humeur bienveillante. Autour de lui c'étaient mômes agitations : mille rumeurs parcouraient les rangs de l'armée. S'il restait un peu plus longtemps que de coutume enfermé au sacrifice du matin, c'est qu'il avait vu dans les entrailles des victimes l'annonce de sa mort prochaine, et on désignait déjà le général à qui il avait fait don de la pourpre. Puis les chrétiens disaient tout bas qu'en sortant il avait fait mettre le temple sous le scellé, parce qu'il ne voulait pas qu'on y vit les restes des victimes humaines dans les entrailles desquelles il cherchait à lire l'avenir ^ On avançait cependant à petites journées, et TEuphratefut passé sur un pont de bateaux, le 13 de mars ^. Comme le plan de l'empereur n'était pas encore public, on s'imaginait généralement qu'il allait suivre la route ordinaire, et les habitants d'Édesse s'apprêtèrent, non sans crainte, à recevoir sa visite. Ils avaient encore dans la mémoire le souvenir des paroles dures qu'il leur avait fait dire par l'intermédiaire du sophiste Hécébole. Leurs sentiments d'ailleurs étaient très-partages. Peu de villes étaient plus attachées qu'Édesse à la foi chrétienne : elle se vantait d'être la cité le plus anciennement convertie d'Orient, et conservait avec soin une

!. Amm. Marc., xxiii, 2, 3 — Théod., in, 26. 2. Amm. Marc. — Zos., m, 13.

correspondance apocryphe qu'Eusèbe nous a transmise sérieusement el qu'on disait échangée entre son prince Abgare et Notre -Seigneur Jésus-Christ lui-même, è la veille de sa passion. Â l'approche de l'apostat, tous les sentiments chrétiens des habitants d'Édesse se soulevaient ; mais d'autre part, c'était le représentant el le défenseur de Rome qui s'avançait, et dans ces contrées si souvent ravagées par les Perses, les légions romaines étaient toujours les bienvenues. Personne ne devait ressentir ces impressions différentes plus vivement que le cf'^lèbre diacre Éphrem , dont la résidence était désormais fixée à Édesse depuis la mort de Jacques de Nisibe. Éphrem ne pouvait contempler sans horreur l'ennemi de Jésus-Christ, mais son cœur patriotique se rappelait avec émotion les héroïques travaux du siège, auxquels, dix années auparavant, il avait pris lui-même tant de part. Combattue par ces sentiments divers, la ville prit pourtant le parti d'envoyer à Julien une députation, en lui offrant une couronne el en le priant de s'arrêter dan? ses murailles *.

Pendant qu'on était dans rincertitude sur le succès de celte démarche, el partagé entre la crainte d'avoir à encourir la colère de Julien ou à s'humilier devant lui, Kphrem soutenait le courage des habitants par des discours pleins d'une poétique éloquence. C'est à celle époque, suivant toute apparence, el peut-être à ce mo-

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