ZOS., III
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ment critique qu'il faut rapporter une oraison fameuse dans la postérité chrétienne, moitié hymne, moitié sermon, où se mêlent, dans le plus généreux élan, les ardeurs mystiques d'un solitaire et le zèle d'un soldat chrétien qui veut courir au martyre. Il est intitulé : la Perle: sous ce nom c'est Jésus-Christ qui est désigné, la perle de grand prix de TÉvangile. Celt^ gracieuse image devient entre les mains d*Éphrem Temblème de tout le mystère de l'Incarnation. La perle est née de la mer, comme Jésus-Christ de l'infini. « Je suis, dit-elle, la fille de l'Océan, de l'Océan sans limites... Ma mère était une vierge de la mer... 0 fille de l'onde, qui as quitté rOcéan où lu étais née, et qui es venue sur notre terre aride pour te faire adorer, les hommes t'ont aimée, t'ont saisie, t'ont choisie pour leur parure... Tu es nue, ô ma perle, et lu ne caches point ta nudité! Ta robe, c'est la lumière; tu es vêtue de ton éclat; tu es comme Eve, qui était vêluc de sa nudité. Maudil soit celui qui l'a séduite et dépouillée, mais, toi, nul ne te dépouillera de ta gloire. Dans le mystère dont tu es le type, toute femme est vêtue de la lumière de l'Éden^ » Ces pieuses exaltations sont accompagnées d'exhortations plus pratiques, comme celles-ci : a 0 mon Dieu ! je suis prêt à souffrir pour vous la mort visible et sensible ;
1. s. Eph., Seiect. voorks, p. 87, 89, 90, 92. Il y a dans les œuvres de saint Éphrem deux morceaux différents sous le nom de /a Perie : un sermon et une poésie. Le fond des idées est le même, et c'est évidemment rœuvre d'une même inspiration. Probablement la poésie était destinée à être apprise et chantée par ceux à qui le sermon était adressé,
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mais je ne sais si je ferai ce que je dis, car je crains, si vous me quittez, que la nature ne me surmonte. Faites-moi donc voir, s'il vous plaît, que vous m'assisterez dans le combat... Déjà on entend la trompette des Gentils qui sonne la charge et qui oblige vos serviteurs à se mettre en état de soutenir leurs attaques. J'entends les menaces que nous fait l'Occident, et le bruit des supplices dont il s'efforce de nous effrayer. Je tremble, mon Dieu ! parce que vous haïssez les pécheurs, et pourtant je suis rempli de joie parce que vous êtes mori pour les pécheurs Assemblez-vous, Juifs et hérétiques, joignez-vous avec les païens et les barbares, faites- moi souffrir la mort pour Jésus-Christ, je serai fâché de votre crime, mais je serai ravi de mourir*. » Cette crainte était vaine. L'itinéraire de Julien, qu'il se décidait enfin à faire connaître , ne l'amenait pas du côté d'Édesse , et ce n'était pas l'éloquence d'Éphrem qui pouvait l'y allirer. Il reçut la couronne offerte, d'assez bonne grâce, mais poursuivit directement son chemin jusqu'à Carrhes^. Là, avant de séparer ses troupes, il voulut les passer une dernière fois en revue du
1. s. Eph., Opusc. 123, p. 520. — Tillemoiit, Hîst, eccL, vin, p. SOS. C'est sur ce passage que Tillemont s'appuie pour assigner cette date à l'oraison de la Perle.
2. Nous adoptons ici la version de Théodoret (m, 26) et de Sozomène (VI. 1), contrairement à celle de Zosime, qui fait passer Julien par Édesse. C'est le silence d'Amniien Maicellin sur ce détour prétendu qui nous décide. La marche de l'armée eût été trop retardée par cette circonstance pour que, si elle avait eu lieu, l'exact Ammien n'en eût pas tenu compte.
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haut d'une éminence voisine; el en voyant défiler sous ses yeux cette masse redoutable , il éprouva un moment d'enthousiasme et d'admiration. Il fallait cependant procéder à la division. Dix-huit mille hommes, suivant Zosime; vingt, suivant Sozomène et Libanius; trente, suivant le compte, sans doute exagéré, d*Ammien Marcellin ', furent mis sous les ordres de Piocope , parent de l'empereur, et du comte Sébastien, le même qui avait fait ses premières armes contre Athanase, à Alexandrie. Ils eurent ordre de tenir la roule de rAdial>ène parfaitement libre, et de veiller principalement à la sûreté de 'importante place deNisibe; puis, si rien ne les inquiétait , ils feraient eux- mêmes invasion en Assyrie, descendraient le Tigre et viendraient faire leur jonclion avec le corps principal aux environs de Ctésiphon. Ces opérations employèrent quelques jours, et ce ne fut que le 25 mars que l'armée impériale se remit en route.
Elle s'était un peu éloignée de l'Euphralc pour venir au rendez -vous; elle s'en rapprocha en ligne droite pour rejoindre la flotte à un point nommé Callinicum. Le premier aspect de cette flotte immense, couvrant de ses voiles et de ses rames les flots de TEuphrate, fut un coup d'oeil admirable. Depuis Xercès, dit Ammien Marccllin, on n'avait rien vu de pareil. 11 y avait cinquante galères armées el autant de bateaux plats, propres à être réunis l'un à l'autre, pour joindre
i. ZoB., m, 12, 13. — AiDin. Maicxxni. 3. — Soz., vi, 1. — Liban. Or. 10, p. 812.
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par un pont les deux rives du fleuve. Onze cents navires de charge suivaient, faits de bois de charpente divers ; quelques embarcations étaient presque entièrement formées de peaux non préparées. C'étaient autant de magasins pour Tapprovisionnement de Tannée, et autant d'arsenaux darmes de combat et de machines de siège. Deux amiraux , Constantin et Lucilien , présidaient aux mouvements de toute cette armée navale. Militaires et marins descendirent ainsi côte à côte pendant l'espace de plus de quatre-vingt-dix milles, de Callinicum à Circésium, dernière place forte de l'empire. Les difficultés de la campagne commençaient à apparaître; le pays se dépeuplait; il fallut passer une nuit sous la tente , et sous cet abri improvisé Julien vit arriver une petite tribu de Sarrasins qui habitait le désert contigu, et qui venait lui faire sa soumission ; hommage perfide rendu à la force et à la fortune et prêt à changer d'adresse avec elles '.
A Cireésium , citadelle fortifiée par Dioclélien sur le point où l'Euphrate reçoit les flots de l'Abore, on quittait l'empire, on entrait chez l'ennemi. Julien y reçut un courrier d'Occident qui lui apportait des letU^ écrites de Gaule par son ami Salluste. Salluste le priait en grâce d'ajourner encore son expédition : «La volonté des Dieux , disait-il , n'était pas encore clairement exprimée; tout lui faisait craindre quelque malheur. » Il était trop tard, la trompette sonnait déjà la marche,