‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 286 sur 324 · Amm. Marc. — Zos., loc. cit · texte numérisé non relu

Amm. Marc. — Zos., loc. cit

JULIEN PERSÉCL'TELR. 361

et les troupes, chacune à son rang, passaient le pont jeté la veille sur TAbore. Le défilé dura toute la journée, puis on rompit le pont et on vint coucher h quelques milles de là , à Zaitha , où Ton pouvait voir encore le tombeau du jeune Gordien , massacré dans ces déserts par l'Arabe Philippe.

Julien alla pieusement rendre hommage à ce souvenir d'un césar de Rome, immolé par un fils d'Abraham. En revenant, il rencontra sur le chemin le corps d*un lion immense percé de mille Iraits. C'était un prôs«')ge, assurément, mais une grande discussion s'éleva aussitôt, entre ceux qui Tcntouraient , sur le sens qu'il fallait y attribuer. Point de doute que ce ne fût l'annonce de la mort d'un grand prince; mais comme il y avait deux grands princes en présence , Sapor et Julien, cette explication ne levait pas la difficulté. Les aruspices étrusques, juges compétents, étaient tristes et portaient la tête basse. Les philosophes, au contraire, dont l'autorité était grande alors, dit Ammien, avaient bon courage et donnaient beaucoup de raisons de bien espérer, a Maximien, disaient-ils, allant combattre Narsès, avait fait la même rencontre, et ce fut Narsès qui succomba. — Oui, répondaient les augures, mais Narsès était l'agresseur. » Le débat dura toute la journée et se renouvela même encore sur un autre sujet. Ammien Marcellin , qui le rapporte, ajoute que personne n'avait absolument tort, car il est très-ordidaire aux oracles de ne se faire comprendre qu'après l'événement : réflexion qui sauve leur

honneur, mais compromet singulièremenl leur ulililé*. Tous les présages du monde ne pouvaient plus rien arrêter. Il fallait maintenant, lout en avançant, se préparer h lout instant aux embûches et aux attaques. La disposition donnée à Tarmce par Julien fut très- habilement combinée. L'aile droite , formée de plusieurs légions el commandée par le brave Névilta , dut se tenir toujours appuyée à TEuphrate. Le maître de l'infanterie, Victor, tenait le centre avec le gros de sa troupe. Ln cavalerie couvrait la gauche, plus particulièrement menacée; elle était confiée aux soins du maître de celle arme, Arintheus, et aussi de ce prince persan du nom d'Hormisdas, réfugié, comme on Ta vu, à la cour de Constantin , et demeuré, bien que chrétien , fidèle à son successeur. On comptait qu'il saurait se reconnaître dans ce pays qu'il avait dû parcourir dès sa jeunesse, se faire entendre des habitants et donner des renseignements utiles sur les habitudes de combat de ses anciens concitoyens. Un détachement de quinze cents ïrohiats armés à la légère forniail l'avanl-garde; les ducs de rOsrohène, Dagalnïphus et Secondinus fermaient la marche. Les bagages cheminaient entre les colonnes, mais le nombre en avait été scrupuleusement réduit, car l'armée devait être approvisionnée par la flotte. Ainsi, Julien avait renvoyé sans pitié une file de chameaux chargés des vins les plus exquis , et sur lesquels

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