‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 298 sur 324 · Amm. Marc, n^t ^- — Zos.. m · texte numérisé non relu

Amm. Marc, n^t ^- — Zos.. m

ces raisons avec beaucoup de sens el de douceur, mais ne réussit pas à convaincre des esprits exaltés par ia souiïrance. On lui fit entendre qu'il remplaçait bien mal le héros auquel il succédait, et qu'on voyait bien maintenant la différence. Jovien, dont la valeur sur le champ de bataille n'était point douteuse» n'eut pas le courage plus rare de se laisser taxer de lâcheté. Il prit le pire des partis. Il tenta un coup très-périlleux par des demimoyens et avec peu d'ardeur» Sans confiance dans le succès de l'entreprise, il consentit à en laisser faire l'essai par les plus résolus de l'armée, et ceux qui criaient le plus haut, les Germains et les Gaulois. Cinq cents hommes d'élite» choisis parmi les meilleurs nageurs et parmi ceux qui avaient habité dès leur enfance sur le bord des fleuves, se confièrent aux flots pendant la nuit. Ils réussirent à vaincre le courant et à toucher la rive , où ils surprirent et même égorgèrent un poste de Perses qui donnaient en pleine sécurité. Le succès de cet heureux coup de main acheva de monter toutes les lûtes : il ne fut plus question que de passer le fleuve et de rentrer sur le sol romain en ligne droite. Jovien, entraîné par le mouvement général, malgré la résistance de sa raison, consulta les constructeurs de l'armée qui lui promirent défaire un pont, porté, à défaut de charpente, sur des bateaux de cuir et sur des outres. Un expédient pareil avait été offert à Xénophon, dans sa fameuse retraite, et il l'avail prudemment rejeté. Mais ni Jovien n'avait le grand cœur du général grec, ni les Romains de la

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décadence n'avaient la force d'àme des Athéniens et des Spartiates •.

Dans une situation extrême, où il fallait compter toutes ies minutes de chaque heure» et tous les repas de chaque soldat, on se mit donc à Tœuvre pour construire un pont, et deux journées, deux précieuses journées furent consumées dans un travail ingrat. Le cours torrentiel du Tigre emporta en se jouant tous les frêles obstacles qu'on essayait de lui opposer; il n'y eut pas moyen de joindre l'une à l'autre des embarcations sans consistance, et , à l'approche de la seconde nuit, l'armée se trouvait avec deux jours de vivres de moins, à plus de cent milles encore d'une frontière amie, voyant s'entasser sur ses derrières des ennemis plus nombreux que jamais. Un morne abattement se peignit sur tous les visages; tous les yeux étaient levés vers le ciel avec désespoir, lorsqu'on annonça que le suréna , accompagné d'un autre grand seigneur de Perse, demandait à être introduit auprès de l'empereur de Rome, pour lui soumettre des propositions de paix '.

Sapor, en efîet, était régulièrement informé de tout ce qui se passait dans le camp romain. Un porte-étendard des cohortes joviennes, qui avait eu querelle autrefois avec le père du nouvel empereur, et qui s'était enfui le jour de Télection pour ne pas se trouver sous la puissance de son ennemi, avait donné au monarque,

!. Amm. Marc. — Zos., loc. cit. — Eut., v, 17. S. Amm. Marc.*- Zos., loc. cit.

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sur la situation de l'armée et sur le caractère de son général, les renseignements les plus détaillés. Quand Sapor apprit que Julien était bien réellement mort, et qu'à la place de ce redoutable capitaine, il n'avait plus en télé qu'un officier de second ordre, d'humeur plus accommodante, sa joie fut sans bornes et se témoigna môme aa dehors de la façon la plus expansive. Il ne songeait d'abord qu'à exterminer toute l'armée romaine, et à n'en pas laisser revenir un seul homme en vie. La réflexion, sans diminuer cette confiance, trop bien fondée, le décida à mettre plus de prudence dans l'usage d'une prospérité inattendue. A quoi servait d'anéantir une année romaine, quand une autre était aux portes et quand, depuis les Colonnes d'Hercule jusqu'au pied du Caucase, tant de populations étaient prêtes à fournir de nouvelles recrues? La capture même d'un empereur était un exploit sans profit. Quel avantage avait retiré son illustre ancêtre, Sapor I", de l'humiliation deValérien? une vaine gloire, bientôt expiée par une cruelle vengeance. Mais user de ce qu'on tenait sous sa main le maître du monde romain, pour lui vendre la liberté au prix de quelques concessions importantes et de la sécurité définitive du royaume des Perses : c'était à la fois un parti plus prudent et un profit plus net. Or, il y avait une proposition toute simple et qui se présentait naturellement à l'esprit : c'était de remettre les choses exactement au point où elles étaient soixante ans auparavant, quand le (raité de Nisibe, imposé par Dioclélien et

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Galère» était venu priver la couronne des rois perses de cinq de ses plus belles provinces, celles-là mêmes qui formaient comme la cler de tout l'empire. La condition était par elle-même assez dure pour qu'on ne craignit pas d'entourer l'offre de quelques égards. Le premier personnage de l'empire, le suréna, fut donc chargé d'aller offrir à l'empereur romain la liberté de sa retraite moyennant la rétrocession des cinq provinces transtigritanes et de toute la partie de la Mésopotamie qui avoisinait le Tigre» y compris les deux villes de Nisibe et de Singare et quinze autres châteaux forts; plus, la rupture de tout traité d'alliance avec le roi d'Arménie, et la promesse de n'aider ce prince dans aucune de ses guerres avec les Perses*.

Quand les ambassadeurs arrivèrent, Ammien convient qu'ils furent reçus par toute l'armée comme des envoyés delà Providence*. Mais la hauteur de leur langage, et surtout la nature de leurs propositions, vinrent calmer ce premier transport. « Le roi» très-clément, disaient-ils, consent, par égard pour l'humanité, à ouvrir la retraite aux débris de l'armée romaine, si César, d'accord avec les grands de l'empire, veut se conformer à ses volontés; et il ne met pas ses faveurs à un trèshaut prix, car il ne demande qu'à rentrer dans son bien ^. » Resserrer les limites du territoire impérial,

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