s. Athan., Colloq. cum Jovian., t. n, p
Alexandrie, les amis d'Alhanase» toujours hiquiels des caprices de la volonté inopériale, dont ils avaient été si longtemps le jouet, et craignant qu*on n*abusèt la conscience de Jovien, jugèrent à propos d'envoyer à leur tour une dépulation très-nombreuse pour soutenir le débat et rectifier les faits. 11 y eut donc en présence, à Antiocbe, deux troupes d'Égyptiens qui, se plaçant à plusieurs reprises sur le passage de Jovien, Télourdirenl de leurs réclamations et de leurs accusations contradictoires. «Je ne puis vous entendre au milieu de tout ce tumulte, leur dit-il enfin ; la justice ne peut se distinguer au milieu de tant de violences. Nommez les uns et les autres deux députés, et jo pourrai vous écouter. » La conférence eut lieu, mais à ce qu'il paraît encore en présence de beaucoup de monde, et chacun des deux partis exposa ses griefs. Les catholiques eurent beau jeu à rapporter les méfaits de Georges et de ses amis; les Ariens furent plus intimidés el , n'osant reproduire conire Athanase des calomnies qu'ils craignaient de voir trop facilement détruire : « 11 est vrai, dirent-ils, qu'il parle bien, mais il a de mauvaises intentions. — Il sufllt, dit l'empereur, qne^, d'après votre aveu même, il tienne un bon langage et donne de bons enseignements. Si son âme dément ce que sa langue enseigne, il n'y a que Dieu qui le sache. Nous autres hommes, nous entendons la parole, nous ne voyons pas les cœurs. — Mais au moins, Seigneur, laissez-nous nous a'^semblerenliberlé. — El qui vous en empêche? — Mais il nous traite
LE KKTOTH llK i/aU.MKR. 481
d'hérétiques et d'inventeurs de dogmes nouveaux. — Il a raison, si vous Têtes, et c'est son métier. — Il nous enlève les biens des églises. — C*est donc l'argent, et non la foi, qui vous tient au coeui* -, ei c*est pour cela que vous m'êtes venus trouver? Luissez-moi, dit-il enfin; rendez-vous demain à l'église , vous y trouverez des évéques et Nemesinus (le greffier) : chacun signera la profession de Toi qui lui convient, et Âlhanase sera là pour instruire ceux qui ne savent pas leur religion. En attendant, laissez-moi passer, je m'en vais au champ de manœuvre. » Et comme on l'empêchait de sortir eu l'entourant, il ordonna à ses gardes, avec un peu d'humeur, de frapper à droite et à gauche pour lui frayer un passage.
Il n'atteignit pas la porte sans être arrêté par deux des réclamants qui voulaient tenter un dernier effort. C'étaient deux avocats, dont Tun prétendait que le trésorier d'Alexandrie lui enlevait sa maison pour la donner à Athanase. Jovien reconnut à quelques insignes de leur costume qu'ils n'appartenaient pas à la religion chrétienne, et dit à l'un : « Si c'est le trésorier qui vous dépouille, prenez-vous-en à lui, et non à Athanase. » Et à l'autre : « Qu'est-ce qu'un Grec comme vous a de commun avec des chrétiens? » Enfin, comme il sortait, les catholiques, encouragés par sa fermeté, lui amenèrent le prétendu évêque Lucius, en lui disant : (c De grâce, empereur, regardez un peu Tévêque
qu'ils se sont donné ! » Il parait qu'en effet Lucius , IV. 31
482 LB RETOUR DE l'aRMÉB.
disgracié de la nature, n'avait pas la tournure bien respectable, car Jovien, qui était d*un naturel gai, ne put s'empêcher de rire à sa vue: « Eh ! mon ami , lui dit-il, comment êtes-vous venu ici? par terre ou par mer? — Par mer, mon seigneur, dit Lucius en tremblant. — En vérité, Lucius, .que le Dieu du monde^ le soleil et la lune, punissent les matelots qui vous ont amené ici et qui ont manqué une si bonne occasion de vous jeter à la mer?» — Cette plaisanterie, un peu militaire, fut le dernier trait de l'entretien, et Jovien défendit, sous des peines graves, à tous les gens de sa cour, de se faire désormais auprès de lui les instruments d'aucune délation *•
Le temps s'écoulait cependant, et Jovien ne voulait pas laisser commencer la nouvelle année sans aller prendre possession de la capitale de l'empire, où il devait recevoir les insignes du consulat, il se sépara donc d'Alhanase vers le commencement de décembre et se mit en route pour Constantinople à grandes journées. Les païens remarquèrent que, les jours qui préfédèrent son départ, tous les présages étaient mauvais; l'hiver était déjà rigoureux, et les marches forcées coûtèrent la vie à beaucoup d*hoinmes et de chevaux. Arrivé h Tarse, Jovien se fit conduire au lieu de la sépulture de Julien, et ne la trouvant pas digne d'un empereur
1. MîV/., p. 28, 29. Ces nnecdotes sont rapportées dans les œuvres d'Athaoase d'une façon un peu obscure. Nous en avons pris les traits principaiix tu retraiiclianl les longueurs et eu ajoutant h s explications nécessaire». — Soz., vi, 5.
LE RETOUR DE L'aRMÉR. 483
et d'un si grand capitaine, il donna des ordres pour faire embellir et enrichir le mausolée. A Tyane, en Cappadoce, où il (il encore un temps d'arrêi , un courrier lui apporta d'assez tristes nouvelles de TOccident. Sofi beau-père, Lucilien, après avoir reçu la soumission da rillyrie, avait imssé dans les Gaules» accompagné de deux tribuns, pour y faire reconnaître également le nQU« veau pouvoir. La reconnaissance s*étant opérée saut difficulté y Lucilien , qui était d'un caractère sévère» avait cru pouvoir user de son autorité pour rérormer quelques abus dans Tintendauce de l'armée. Le com|^ table accusé, se vengea en semant dans les légions le bruit que Julien n'était pas tnort, et qu'où les entraînait à leur insu dans la révolte. Cette fable trouva créance, et un grand tumulte s'éleva dans le camp» à la faveur duquel Lucilien et l'un des tribuns qui l'accompagnaient furent mis à mort ; l'autre officier, qui était le courageux chrétien Valenlinien , trouva moyen d'échapper. A la vérité, dès le lendemain, les troupes étaient rentri^ dans le devoir, et leur général Jovinus envoyait à l'empereur leur soumission, portée par les principaux officiers, auxquels Yalentinien lui*méme s'était joint. Mais Jovien n'en perdait pas moins un parent très-aimé» dont il estimait fort les lumières et dont il espérait se servir comme d'un auxiliaire utile ^*
Cette perte Tut suivie d'une seconde qui ne lui fut pas