Chron. Alex, — Théoph., chron., p
LA J&tJNËSSe Dfi JULIEtf. ' 193
veille, mais c'est pour troubler le sommeil de ceux qui dorment. L'homme intempérant veille aussi, troublé par l'excès de la nourriture; mais sa veillée est douloureuse et pleine d'angoisse. Le marchand veille, et de nuit il compte sur ses doigts combien d'or va lui venir, et si sa richesse doit doubler ou tripler. Le riche veille : ses trésors ont chassé le sommeil, et pendant que ses chiens eux-mêmes s'assoupissent, il veille pour se garder des voleurs. L'ambitieux veille : les soucis ont étouffé son repos ; et pendant que la mort est à son chevet, il veille, pensant aux années qui vont venir... Judas veilla toute une nuit, puis il vendit le sang du Juste, et ce prix racheta le monde... Les Pharisiens, flis de l'ange de ténèbres, veillèrent toute la nuit, afin de pouvoir voiler la lumière infinie. 0 vous qui veillez, ne Veillez point ainsi ; veillez comme les étoiles qui éclairent l'ombre de la nuit K »
Le lendemain, quand les Perses revinrent à la charge, le mur était déjà élevé de quatre coudées^, et la brèche ainsi complètement fermée. Sur la muraille nouvelle, regardant défiler les troupes ennemies, se tenait Jacques lui-même , la tiare sur la tête et revêtu de ses habits sacerdotaux. Cette apparition excita dans l'armée persane une très-vive émotion. Se méprenant sur la (orme de la coiffure qui de loin figurait assez bien un diadème, Snpor s'imaginait que c'était Constance lui-
1. s. Ephrcm, Sefect. Works, Oxford, 1847, p. 6. î. Jul., Or, 2, p. 121, \%%,
ni. 43
même qui était venu se mettre à la tête de la garnison » et il s*emportait avec menaces contre ceux qui lui avaient assuré que cel empereur était retenu à Antiocbe. Dans cette persuasion, il envoya un héraut défier Constance d'en venir a une balailie. « Qu'il sorte donc, votre empereur, s* écriait-il , qu*il vienne combattre contre moi» ou qu'il me livre sa ville ^ » Son messager revint bientôt, chassé par les risées des habitants, qui se raillaient de sa méprise, sans vouloir la lui expliquer. Les Mages présents au camp juraient de leur coté que celait un ange qui était venu à la défense de la ville, et répandaient Teffroi dans toub les rangs.
Témoin de ces perplexités et s'apercevant du ralenti»* sèment de l'attaque, Ephrem conseilla à Jacques de monter sur la plus haute tour du rempart, et d'accabler Tarmée ennemie tout entière de la malédiction du Dieu vivant. Jacques suivit cet avis, et à peine s'était-il mis en devoir d'appeler la colère de Dieu sur les ennemis des chrétiens, qu'au récit de Théodorct, une nuée de mouches venimeuses, armées de dards, se répandit dans les rangs des Perses, et cauba par ses piqûres d'affreuses douleurs aux hommes, cl surtout aux chevaux et aux éléphants. Ces animaux, perdant toute patience, se cabraient, rompaient leurs liens, mettaient en pièces, dans leurs mouvenieiits furieux, les chars ou les machines auxquels ils étaient attachés, et foulaient aux pieds leurs conduc-
l. Chron. A/c.r, — Tliéod., io\ rit.
leurs. Ils mirent un tel désordre dans les rangs » et les éléphants, en particulier» causaient tant de désastres autour d'eux» qu'on jugea plus sûr de les tuer, puis* qu'on ne pouvait venir à bout de les contenir. La confusion était accrue encore par l'état du terrain, tout détrempé de l'inondation des jours, précédents» où s'étaient formés de vastes réservoirs d'eaux stagnantes, assez profonds pour noyer les bétes et les gens qui s'y laissaient tomber. Ce fut une déroute épouvantable. La destruction des principales machines de guerre rendait la continuation du siège impossible , et Sapor se décida à le lever. Il y avait employé cent jours et laissé près de vingt mille hommes , au dire de Julien. Sapor se vengea de ce revers, en mettant à mort les conseillers qui l'avaient entraîné* et les généraux qui l'avaient secondé dans cette entreprise ^. Telle fut la fin de celle redoutable attaque, dans laquelle les chrétieui; se lavèrent avec éclat de ce reproche d'inertie et de luchcté que leur adressaient trop souvent les descendants dégénérés des vieux Romains.
Constance, dont la présence supposée avait corn-
noencé la déroute, était bien loin de songer à venir de
sa personne défendre sa frontière. Un événement inat-
Mu absorbait toutes ses préoccupations. Le même
Np venait de lui conférer l'héritage de tout l'empire
*• iui., Or. î, p. 12Î,
*• Zo? , //>c. rit.
et de lui donner un rude compétiteur à combattre. Son frère Constant avait péri victime d'une conspiration militaire et Tempire, livré de nouveau aux aventures, redevenait la proie des soldats de fortune et Tenjeu des coups de main * .
^35o' Vivant au sein d'une paix profonde , dans des provinces actives et florissantes , où , grâce au bon esprit de l'Eglise latine et à l'autorité salutaire de Rome, le bruit des dissensions religieuses arrivait à peine , Temporeur Constant s'était abandonné sans contrainte aui instincts d'un naturel ami du plaisir. Il s'en remettait volontiers à des favoris des soins de son gouvernement. La chasse était son divertissement de prédilection, et il y passait des journées entières-. Il faisait principalement son séjour en Gaule , dans les montagnes giboyeuses de la Bourgogne. Vers le commencement de l'année 350, sa présence dans le voisinage d'Autun avait motivé une agglomération de troupes assez considérable aux entours de cette ville. On y avait rassemblé, notamment, plusieurs compagnies des cohortes attachées à la personne desprinces, et qui, en mémoire de Dioctétien et de son. premier associé , gardaient le nom de Joviens et d'Her* culéens. Elles étaient commandées par Magnence, ger-
1. â50 ap. J.-C. — U. G. llOâ. — Indiclion vm. — Scrgins et Nigiitiauus coss.
2. AurcI Vict , Epit. 42. — Zon., xni, 6. Cet auteur donue au goùl do Constant ponr la chasse un motif odieux et singulier qui ne parait pas viaiscmMable. — Zos. ii, 4«. — Socr., u, 25.
main d'origine et peut-être de naissances mais engagé dès son enfance dans les troupes romaines , où il s'était assez distingué. C'était un habile militaire , de haute stature, d'une grande force musculaire, d'une intelligence assez cultivée, et connu dans les camps pour la vivacité d'une éloquence simple et naturelle. Sa bravoure personnelle n'était pas, à la vérité, au-dessus de tout soupçon^.
Magnence vivait dans une étroite intimité avec Fin* tendant des finances Marcellin. L'un disposant ainsi des troupes, et l'autre du trésor, ils avaient entre les mains tout ce qu'il fallait , dans l'état de l'empire, pour opérer une révolution. Ils se familiarisèrent peu à peu avec la pensée d'usurper le pouvoir. Un siècle auparavant, c'eût été le dessein du monde le plus naturel : depuis le règne de Constantin, il fallait un peu plus d'audace pour le concevoir; mais on vit bientôt qu'il ne fallait pas plus d'effort pour l'exécuter. Le 18 janvier, Marcellin réunit les principauK officiers de l'armée, dans un festin donné pour la naissance de son fils. Le repas se prolongea assez avant dans la nuit, et quand les esprits parurent suffisamment échauflés, Magnence,
1. Les écrivains^ tous d'accord sur rorigine germaine de Magnence, se contredisent sur le point de savoir s'il avait été lui-même fait prisonnier^ ou s'il était né d'une de ces familles captives établies en Gaule par Constance^ et que Tod connaissait sous le nom de Lœti (barbares contents ou soumis). Julien donne la première version. Vie» tor la seconde et le texte de Zosime est douteux.
J. Aurel. Vict., Epit. 41.— Zos., n, 54. — Jnl., Or. î, p. 61 ; 2, p. 104 e 177.
faisant un signe convenu à son hôte, disparut de la salie. Peu de moments après, il rentrait revêtu de la pourpre et des autres marques de la dignité souveraine. La surprise fut générale. Dans l'exaltation produite par la gaieté du repas et par le vin, les ofliciers présents, entraînés d'ailleurs par une courte harangue des conspirateurs, s'écrièrent , sans trop réfléchir à ce qu'ils faisaient : « Salut donc à Tauguste Magnence. » Le bruit de cette élévation improvisée se répandit aussitôt dans le camp et dans la ville. Chaque officier fit comme son chef; chaque soldat comme son oflicier. La foule des habitants et des paysans accourut, pour voir ce qui se passait. Chacun suivit l'exemple de son voisin, tous criant, dit Zosime,sans rien comprendre à ce qu'ils voyaient*. Ce fut bientôt un concert d'acclamations, qui joignaient sur tous les tons le nom d'Auguste à celui de Magnence*. Rien n'était fait tant qu'on n'était point assuré de la personne de Constant. Un gros do cavalerie qui passait , se rendant d'Illyrie duns la GaMie celtique , fut envoyé à sa poursuite. On avait fermé les portes de la ville, pour que personne ne pût aller l'avertir dans les montagnes où il chassait. Il fut prévenu cependant, on ne sait comment, et prit aussitôt la fuite. Il fallut lui donner la chasse à travers touto la Gaule, et on l'atteignit dans le voisinage des Pyréni'^es, au moment où il se disposait
1. Zos. , II, 42. — Oùk ci^oTi; <rxt^ôv to TrpaTTopiiv&v, iTrePoMv fltirdtvnc.
î. Zos.— Zoo. — Jul. — Auiel Vict., Epit., loc, cit^Chrtm, Alex., p. 53.
à passer en Espagne. On le contraignit à se donner la mort. C'était un officier franc nommé Galson qui le poursuivait; ce fut un autre franc Leniogaise, qui resta le dernier à le défendre. Ainsi périt, entre deux bar* bares , le Ois de Constantin , sans motif, sans combat , sans résistance , sans que de cet empire » encore tout plein du nom du père et tout organisé par sa main , une seule voix s'élevât pour le défendre \
Toute une vaste portion de Tempire fut alors abandonnée à Tune des plus étranges familles qui eût en-* core revêtu la pourpre souveraine. Si l'habitude du camp et la discipline militaire avaient un peu dégrossi les moeurs de Hagnence lui-même , il n'en était de même ni de ses frères, dont il fit aussitôt ses lieutenants, ni de sa vieille mère qui exerçait encore sur lui cette autorité mystérieuse que les croyances germaines accordaient aux femmes. Celle-ci était une sorte de prêtresse ou de prophétesse qui se mêlait de prédire l'avenir» lisait les sorts, rendait des oracles, et son fils suivait religieusement tous ses avis. Sous l'impulsion de ce caractère énergique, la Gaule eut pris en peu de jours rapparence d'un vaste camp; on n'y entendait que le bruit du marteau sur l'enclume et la voix des instructeurs enseignant l'exercice aux nouveaux soldats. Profilant même de ses relations de parenté avec les Germains, Hagnence alla chercher au delà du Rhin des auxiliaires francs qui ne se firent pas prier pour se rendre à son