‹ L'Église et l'Empire romain au IVe siècle (volume 5)Chapitre 65 sur 324 · Jul., Or. I, p · texte numérisé non relu

Jul., Or. I, p

LA JEUNESSE DE JULIEN. i89

élevé par sa famille, n'avait été baptisé que dans Tadolescence, après quelques désordres de jeunesse^ qui même Favaient conduit, sous une fausse imputation, dans une prison criminelle. Eclairé, pendant ce temps, d'épreuve par une vision céleste, régénéré par cette humiliation, il était sorti du cachot pour courir à la solitude * . La vie des cénobites de Mésopotamie, presque affranchie de toute règle monastique, était plus sauvage encore que celle des cellules d'Egypte ; elle participait de Tâpreté de ce^ contrées montagneuses. Plusieurs solitaires demeuraient dans les rochers, sans autre logement que des cavernes, sans autre nourriture que les herbes de la montagne, qu'ils allaient couper chaque matin avec une serpette, et qu'ils mangeaient toutes crues. On les nommait les pasteurs, ou, plus exactement, les brouleurs (po(7xo{) ^. Ce fut parmi ces hommes des bois, peu lettrés, étrangers à tous les besoins de la nature, mais pleins d'une ferveur naïve, qu'Ephrem, sans pourtant s'engager tout

i. Ces détails sur la jeunesse de saint Ephrem sont racontés d'une manière assez confuse et contradictoire dans deux pièces qui portent aon nom, l'une intitulée Testament , et l'autre Confession. L'une et l'antre ont été contestées, et sont en effet difficiles à accorder ensemble. Sozomène ( m, 16), qui rapporte les traits de sa vie et de son caractère aTec la plus pieuse admiration, convient pourtant qu'il avait été fort colère dans si jeunesse, défaut dont plus tard il se corri^ea complètement. La Confession de saint Epbrem se tiouve dans le tome premier de ses œuvres publiées à Rome par Vossius (p. 120 et suiv. ) Les autres renseignements sur la vie du saint peuvent être tirés de saint Jérôme, De vins ill.^ 115, et d'un panégyrique prononcé par saint Grégoire de Nysse. Cf. Commentatio critica de Ephrcemo Syro, auctore G. Lengerke; Halis Saxonum, 18ï8.

«. Soz., VI, 33. — S. Epiph., Hœr,, lxxi,6.

à fait dans leurs rangs, passa plusieurs années de sa jeunesse. Dans cette vie h la fois d'aventures et de prière» sous Taclion énergique de la grâce et du repenlir, par Tassor aussi d'une imagination naturellement originale, se développa chez Kphrem une éloquence émue et poétique, pleine d'élan el d'onction. Il avait par excellence ce que, dans le touchant langage de la piété mystique, on appelle le don des larmes ^ « Il était plongé, dit un pieux biogr.iphe, dans un abime de componction. » a L'Esprit-SainI, dit Grégoire de Nysse, lui avait donné une source si merveilleuse de science, qu'encore que les paroles coulassent de sa bouche comme un torrent, elles étaient trop lentes pour exprimer sa pensée. Quelque prompte que fàt sa langue, elle ne pouvait suffire à IV bondance d*idécs que son esprit lui fournissait. Elle dépassait la vitesse des autres intelligences, mais ne pouvait suivre la sienne. Et c'est pourquoi l'on dit que ce grand homme pria Dieu de modérer ce flux inépuisable, en lui disant : Retenez, Seigneur, les flots de votre grâce. Car cette mer de science, qui voulait sans Cesse se décharger par sa langue, l'accablait de ses flots ^. » Les écrits de saint Ephrem, presque tous composés dans la langue syriaque, qui était l'idiome populaire de la Mésopotamie, et qu'il avait ployée, malgré sa rudesse, aux règles d*une versification harmonieuse, conservent, même k travers

1 . s. Grég. Nyss. . Encomium Ephrœm, Syr., dans les œuvres grecques de ce sailli, 1. 1, p. 7.

î. S. Grég. Nyss., i6., p. 11.

d'ingrates traductions, cette verve, cet élan, cette émotion'. A côté d'une sagace intelligence des textes sacrés et d'une ai*denle pieté chrétienne, on est touché de rencontrer un vif sentiment des grands spectacles de la nature. On senl comme le parfum des bois.

Sincèrement dévoué à Jacques de Nisibe, de qui il avait reçu le baptême, et dont il imitait les exemples, Ephrem éliait venu, à la première nouvelle du siège, partager ses travaux et ses périls. La défense fut plus .rude que dans tes sièges qui avaient précédé. Sapor %vait d'abord essayé de venir à bout de la ville par la soif, en détournant le cours de la rivière Mygdone; mais les puits suftirent à la consommation des habitants, et ce Hioyen se trouva impuissant *. Profitant alors des travaux qu'il avait faits, Sapor retint la rivière dans de

1. Les écrits de saint Ephrem, faits en syriaque, avaient, de son firant même, été traduits en grec, et on les lisait publiquement dans les églises. Le nombre eu était très-coDsidérable, car Photius lui attri- Ime Jusqu'à mille ouvrages, et Sozomène ( loc, cit.) dit qu'il avait composé jusqu'à trois ceut onlle vers. On a publié les œuvres de saint Ephrem à Rome, en six volumes, mais seulement dans une traduction U^e faite sur le texte gtec; et Tauthenticité d'un grand nombre de pièces contenues dans ce recueil est fort douteuse. Nous nous sommes servi, dans les extraits cités plus loin, d'un choix d'écrits fait et traduit n anglais par le rév. Morris, Oxford, 1847.

2. Jui, Or. I, 2, p. 49, 50, 115. — Chronicon Alex,, p. 536. — Théopharie, Chtvn., p. 32 — Théod., ii, 30. — Zon., xiii, 7. Les détails de ces diveis récits ne sont p;is tous pareils. Ainsi Julien ne fait aucuue mention de i'iutervention de Jacques de Nisibe, et attribue la déroute des l'erses aux effets de Tinoudation provoquée par euxnémes, et qui li's auiuit engloutis. Théophane rapporte comme un fait véritable i'appantiou d'un auge ayant la figure de Constance, sur la muraille, etc. — Nous avous combiné ces divers récits de la manière la plus vraisemblable.

hautes digues, puis, quand une masse d'eau sufBsante lui parut accumulée, il lâcha subitement les écluses, et le flot vint battre de tout son poid«i contre les murailles. Une grande partie des remparls céda à ce débordement artificiel, et une brèche de cent coudées fut ouverte. L'assaut donné immédiatement aurait infailliblement emporté la vil!e, sans un orage oiTroyable qui vint en aide à la défense héroïque des habitants, en éblouissant les regards des Perses par une succession d*éclairs, et en chassant dans leurs visages une pluie abondante. Il fallut renoncer à profiter de Tavantage et à pénétrer dans la ville ce Jour-là *.

Dès le soir, tous les habitants, toujours excités par Jacques et Ephrem, étaient à Tœuvre; et, pendant qu*une épaisse colonne d'hommes armés défendait la brèche, d'aulres travaillaient à élever par derrière un second mur. On aime à penser que, pendant cette longue nuit passée au travail, ces pieux ouvriers répétaient quelque cantique d'Ephrem semblable à celui-ci, composé on ne sait à quelle veillée de Noël :

c( Joyeux doit être 1 homme qui veille, puisque celui qui veille toujours est venu pour nous éveiller... Ne veillez point comme Tusurier, qui pense pendant la nuit à Targent qu1l a placé, qui calcule son capital et son intérêt. Ne veillez point comme le voleur qui a enterré le sommeil avec son larcin dans la terre. Il

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