s. Athan., ÀpoL, p
demander le nom du vénérable inconnu; nulle parole imprudente ne le niurmurail au dehors. Les Pères s'assemblaient autour de lui : il leur racontait ses traverser^ répondait à leurs interrogations sur les subtilités du schisme très- imparfaitement comprises au désert, envoyait des messagers ou en recevait pour subvenir, même de loin, par ses conseils, aux besoins de son Église opprimée. Puis.il reprenait le train de vie d'un moine ordinaire, et on voyait ce héros des grandes ^luttes, cet administrateur actif d'une cité populeuse, assidu aux prières, aux offices, aux exercices prolongés de la méditation, étonner les plus vieux athlètes de la pénitence par son intelligence des voies intérieures de la piété et la sérénité d'une vie contemplative,
« Il lui fallut fuir alors, disait plus tard son panégyriste, et nul exil ne fut mieux employé, car il se rendit dans cps divines retraites de la méditation qui sont en Egypte, où des hommes, se séparant du monde et embrassant
la solitude, vivent pour Dieu seul Et là Athanase,
qui avait le don de*concilier et de rapprocher toutes choses, suivant l'exemple de Celui qui, par son sang divin, a uni tout ce qui était divisé, sut unir la vie solitaire avec les biens de la société religieuse; montrant que le sacerdoce est aussi une philosophie ^ , et que la philosophie a besoin d'un sacerdoce qui l'enseigne. Et il sut si bien concilier ces deux choses, une tranquillité
1. Saint Grégoire appeUe souvent de ce nom ((piXooo^ia) la yie cou* templaUve adonnée à la méditation.
active et une activité tranquille, qu'il fit comprendre à tous que la vie monastique consiste plutôt dans le ferme détachement du cœur, que dans la séparation du
corps * . »
De nombreux écrits sortis de sa plume pendant ces heures de repos forcé, où sa vie dépendait toujours d'une indiscrétion ou d'un hasard, attestent cette variété de préoccupations et cette plénitude de facultés. Tour à tour racontant son histoire, défendant sa cause, exhortant son Église, exposant le dogme, réfutant Thérésie, jamais son esprit ne fut plus lucide» jamais sa réflexion ne fut plus mûre, jamais son éloquence ne s'échappa plus animée et plus incisive que dans ces jours d'angoisse. Plus d'un volume de ses œuvres , écrit pendant cette retraite forcée , nous apporte, avec les plus solides instructions chrétiennes, l'écho des transports contenus de cette âme ardente.
C'est d'abord une apologie de toute sa vie, adressée directement à l'empereur lui-même. Sans doute, c'était le résumé de ce qu'il comptait lui dire en face, s'il lui avait été donné de l'aborder; mais contraint de fuir sa présence , il cherchait du moins à lui faire arriver la vérité par quelque voie détournée. Nulle flatterie, nulle bravade, nulle parole inutile. Tout est concis, nerveux, mâle, dans ce langage d'un accusé parlant à son juge, d'un sujet parlant à son maître, qui n'oublie pas un instant qu'il est aussi un évéque parlant à un âdèle.