‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 2 sur 137 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ATHANASE A BOME,

J'ai raconté commeot un souveram éminent, touché de la vérjté divine, employa trente ans de toute-puissance à en faire pénétrer les principes dans la législation du monde romain. Je n'ai dissimulé ni les hésitations ni les violences par lesquelles il compromit cette grande muvre en croysmt la sj^if » nrlèa àifËÀiiiliéè^q^ naquirent pour lui eu sein ^écbir^ 4^ rtgHso Même, que sa main avait couronnée. lie Spectacle <iu génie dévoué au service de la vérité, ajltoi^^^ujs^jçiéifae à travers beaucoup d'incertitudes et d'éclipsés, une noblesse touchante qui sai^t fortement Timagination des hommes.

J'aborde anjourd'hui, dans la suite du même récit,

une tâche plus ingrate. Constantin ne transmet à ses enfants, ni les facultés de son intelligence, ni ses

. généreuses inspirations, ni même l'étendue de son pouvoir. De l'héritage moral de leur père, ses successeurs semblent ne recueillir que les habitudes d'un desjpotisme hautain, et un goût malheureux de discussion

etde dogmatisme théologiques. Favorisées par la rivalité des princes, les dissensions ecclésiastiques s'accroissent, se multiplient et s'enveniment. L'intervention du pouvoir civil dans les débats de la religion, déjà capricieuse et violente sous Constantin, devient, sous les règnes suivants, oppressive et humiliante. Tout semble se morceler à la fois, l'empire comme la religion, et la société comme l'Église. L'effet d'une telle dissolution est si rapidement funeste, qu'il balance, aux yeux des peuples, même les bienfaits moraux de la religion chrétienne; et une nouvelle période de trente ans n'est pas écoulée, que la vieille religion païenne, remontant sur le trône avec le dernier rejeton de la race de Constantin, semble avoir retrouvé quelque force par l'épreuve de l'adversité etpAf lepiiGHites.deâesibainqueurs.

L'hist(]à^{^:mfm$iier^â-Â çcàtibvoir de fidélité, si son récit ne faisait ootfçpi^dfe ît^s lecteurs Tamère impression de désencTlaftt^ttifeftrèl^de.dégoût qui fut commune alors, mémeVajiX/G'^iç^iftÈ^jQs plus fervents, et dont^ plus d'un docteur de l'Église s'est fait l'éloquent inter- ; prête. Mais, placé par son éloignement même de manière . à dominer ces incertitudes passagères, et à embrasser dans une vaste perspective ces sinuosités du fleuve des âges qui en dissimulent* souvent la pente aux contemporains, c'est un devoir aussi pour lui de montrer Tinfluence divine du christianisme, continuant à se faire sentir malgré les agitations humaines , à transformer les mœurs par un courant insensible, mais continu, et

préparant Tavenir, alors même qu'elle ne réussit pas h apaiser et à régénérer le présent.

La difGculté d'une telle tâche est accrue encore par la nécessité de réunir dans un même tableau des faits de Tordre le plus différent, accomplis sur les points les plus éloignés du monde. Tout le temps que Constantin a vécu» son activité partout présente et toujours h l'œuvre a fait régner l'unité dans Thistoire. Nul événement politique ou religieux qui n*abouttt rapidement h lui, comme à an centre unique, et où il ne fit bientôt sentir sa main puissante. Après lui, le faisceau des forces de l'empire se rompt, et lorsqu'un de ses fils parvient h réunir un instant le pouvoir impérial tout entier, il n'exerce pas un ascendant moral suffisant pour tout concentrer en luimême. De plus, par ISMWêmfe qitfe les j/er5C>irnflgcs sont moins illustres, la curiosité àes' coiitehipômins se met moins en peine de s'enqné'iiir Séf îeui'S actes : les récits des historiens devien^iept secs, sans suite, sans couleur : un mot leur suffit' pour peindre un homme, une phrase pour embrasser plusieurs années. Le fil qui unit entre eux les événements contemporains est donc ici très-peu apparent, et se brise dans la main qui croit le tenir. Il faut tenter cependant de le découvrir : l'intelligence de rhistoire est à ce prix.

A la nouvelle de la mort de son père, le césar Con- ^ ^^ stance ^ quittant la Mésopotamie où il commandait ^'^^

i. A. D. 330. — Indictio. x. — U. G. 1090. — FeLicianus et Titiattos. G08S.

6 ATHAIfASrE A TtOlkE.

l'armée destinée à combattre les Perses, se mit promptement en route vers Constantin opie. On l'avait attendu pour les funérailles; elles eurent lieu sur-le-champ, avec toutes les pompes impériales ettcmtesles solennités chrétiennes. Le corps porté à l'église desSaiftts-Apôlres, au milieu d'une nombreuse escorte de soldails, fut élevé sur une haute estrade. Puis le jeune César se retira luimême avec tous ceux de ses officiers qui, comme lui, n'avaient pas droit d'assister encore aux ^ainls mystères, et le saint sacrifice fut offert pour l'âme de l'illustre mort, au mil/3u des larmes de toute l'assemblée. Si l'an en croit une indication de saint Jean Chrysostome, la dépouille mortelle de l'empereur ne fut point déposée dans le cénotaphe qu'il avait fait construire lui-même

lut 'un

à rinlériejif.^e,-rtgjiap :d^ ^fiBÛnls— Apôtres. Ce fi dans le vé^iiôdle'/'el^ à la^'paréef'cfe cette église, qu'u

tombeau magniDGfiîe ^«ffiitr '«^essé, comme pour moiw trer, dit saint (llu:y60^toa>e>«9ti'i|^ n'était que le serviteur des apôtres, et ^uè3éS |^êbhed#»fii9mctifiés étaient ses mai* très. Constance donnait ainsi des gages à l'opinion chrétienne dominante à Constantinopie, et d'abondantes aumônes achevèrent d'assurer sa popularité naissante ^

1. Eus., Vit. Const, lY, ?!• — Soz., u, 34. — Chrtm. Alex., P» 670« — S. Jean Ghrys., Hom. 26 sur la secoude épitre aux Corialhiens, éd. Gaume, t. x, p. 742. — Le tombeau de Coustautiti ayant péri d'assez bonne heure, il pouvait subsister quelque iucertiiude à ce sujet. — Soc, u, 38. — M. Bruuet de Presle, qui a consacré une curieuse dissertation aux tombeatix des empereurs à ConsLanlinople, ne parait paft avoir tenu compte de la phrase de saint Jean Chrysostome.

n en avait besoin, en effet, pour le but qu'il se proposait d'atteindre et en vue duquel il ne perdit pas un jour. Puîné des fils de Constantin, Constance n'avait guère alors que vingt et un ans. C'était celui qui semblait le mieux reproduire les qualités paternelles. Quoique fort petit de taille et rendu presque difforme par des jambes courtes et tortues, il avait la même adresse que son père dans les exercices militaires, la même patience dans les fatigues, la même sobriété dans les repas, et une sévérité aussi exemplaire sur tout ce qui touchait à la continence. Il annonçait aussi, avec le ûiême goût de domination sans contrôle, les mêmes prétentions littéraires et théologiques : il aimait à faire montre d'éloquence et à haranguer ses courtisans. Mais le fonds solide de talent et de génie qui relevait chez Constantin l'éclat des dons extérieurs, et tempérait des défauta trop réels, manquait complètement chez Constance* Kulle grandeur dans les idées, nulle fermeté dans les résolutions, nulle générosité dans les sentiments, ne venaient justifier chez lui la soif du pouvoir absolu* Impatient de toute autorité rivale, jaloux du mérite, même lorsqu'il le rencontrait chez ses serviteurs, il était, au fond, faible, irrésolu, et en proie à la domination secrète d'inQuences subalternes. Une sorte de conscience de sa propre incapacité perçait même sous sa morgue ridicule, et les écrivains contemporains se sont raillés plus d'une fois de la gravité qu'il affectait, n'osant, disent-ils, ni remuer devant le monde, ni tousser, ni cra-

8 ATHÂNASE A ROME.

cher, ni faire aucun geste, de crainte qu'un mouvement naturel ne vînt porter atteinte à sa dignité d'apparat *•

Doué d*un tel caractère, il avait dû souffrir de n^être que le second des fils de Tempereur, et de n'être point appelé à recueillir la succession tout entière. La nécessité de partager l'empire avec ses frères, et plus encore l'association inattendue de ses cousins au pouvoir, l'ulcéraient profondément. Aussi ne peut- on douter qu'il arriva à Gonstantinople avec l'intention bien arrêtée de réduire au moindre nombre possible les collègues qui devaient s'asseoir avec lui sur le trône du monde.

Dans cette disposition, le premier soin du jeune empereur devait être d'écarter de sa personne les ministres qui avaient dicté les dernières dispositions testamentaires de son père, et qui en étaient les exécuteurs désignés. Au premier rang, dans ce nombre, figurait le fameux préfet du prétoire, Ablave, que Constantin, en mourant, avait laissé auprès de ses fils, pour leur servir de conseil. Les exactions, les violences de ce grand fonctionnaire, avaient excité de vifs ressentiments, même parmi les chrétiens; et tout ce qui restait de païens dans l'armée (le corps de l'État peut-être qui en contenait encore le plus), avaient contre lui un grief personnel : ils ne pouvaient lui pardonner d'avoir pris une part active à l'exécution du philosophe Sopàtre, le

1. Thém., Or., ii, p. 39, éd. Paris, 1684.-- Amm. hlarc, xxi, 16. — Aurèl. Vict., Epit, 42.~LibaD., Or. zxyi, p. 591.~Jul., Or», éd. 1680, p. 71; Or., u, p. 142, etpassim* Éd. Paris, 1630.

dernier païen honoré des faveurs de Constantin, que cet empereur n'avait abandonné qu'assez tard à la fureur de la population de Constantinople ^ Il ne fut pas difficile d*exciter parmi les soldats* un soulèvement contre Àblave, et Constance se laissa de bonne grâce forcer la main pour éloigner un ministre qui lui déplaisait ^.

Les passions militaires une fois mises ainsi en liberté et secrètement favorisées par le nouveau César, ne s'en tinrent pas à celte seule exécution. Le palrice Optât, qui avait donné probablement lieu à des ressentiments du même genre, se vit en butte aux mêmes attaques. Cette fois les soldats allèrent plus loin. Optât fut assassiné. Il était, disent quelques historiens, mari d'Anastasie, sœur de Constantin ^.

Constance ne se mit point en devoir de venger son oncle. Bientôt, au contraire, circulèrent dans les rangs des soldats de sinistres insinuations auxquelles il est difficile de croire qu'il fût complètement étranger. Des émissaires disaient tout bas qu'il ne fallait pas reconnaître d'autres maîtres que les fils mêmes de Constantin; et cette rumeur grossissant toujours, en même temps que la licence des camps s'étendait, le désordre aboutit bientôt à nn eifroyable massacre. Le frère de Constantin, Jules Constance ; puis les deux Césars, Dalmace et Annibalien,

1. Voir première partie de cette histoire, t. u, p. 342. S. Euuap., VU. soph., JEdesius. — S. Grog. Naz., Or. iv, îl. — ZOS., II, 40.

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