Zos., ibid
JQ iUHAMASE ▲ ROME*
venus probablement à Constantinople pour les ûinéraillea de leur oncle ; enfin cinq autres membres de la fiamille impériale qui ne sont pas nommés, périrent assassinés en peu de jours. Ces scènes nous sont racpntées crûment et sans détail,, avec ce laconisme énigmatique qui est la ilalterie des hisloriens de cet âge. Il ne resta de toute cette branche collatérale de la maison de Constantin, que deux enfants en bas âge, dont Tun était tenu en réserve par la justice divine pour venger ces forfaits. Le soulèvement s'étendit assez loin autour de Constantinople, car Ablave périt aussi de [a même manière dans sa maison de plaisance de Bilhynie , où il s'était retiré. Quand on vint le chercher pom* le faire mourir, le vieux ministre crut, avec la présomption naturelle aux ambitieux en disgrâce, qu'on le rappelait à la cour, peut-être même pour le couronner. Il courut donc de lui-même au-devant du messager, qui n'eut que lu peine de le frapper. Telle est la vanité des volontés des mourants. Constantin avait tout fait pour mettre la dignité impériale à Tabri des caprices militaires , et on l'accusait même d'avoir compromis, dans cette vue, la défense de l'État. A peine avait-il fermé les yeux qu'un de ses fils suscitait une émeute de soldats, pour se débarrasser de rivaux importuns *.
1. Zos., loccit. — Eus., Vit. Const,, ly, 68. — Jul., adAfhen.g p. 497, 498. — Eunap., loc. cit. ■— Aiirèl. Vict., de Cœs.y 42. — Eutr., X, 9. — Soc, II, 25; III, 1. —S. Athan., ad So/., p. 856. — S. Jér., Chron. — En faisant suivre immédiatement la mort de Constantin du massacre de ses neveux, nous nous conformons à Ja chronologie
là
ATHARASE A ROME. fl
Pendant que ces scènes sanglantes se passaient à Constantinople, sous les yeux et avec le tacite assentiment dn fils de Ganstantin, la nouvelle de la mort de l'emp©reur arrivait à Rome, où elle était reçue avec toutes les marques de la douleur officielle. Les speclacles, les divertissements étaient suspendus: les bains, les lieux de réunion publics étaient fermés. On espérait que le corps de l'empereur serait rapporté dans la vieille capitale de Tempire; Rome eût aimé à posséder après sa mort celui qui l'avait dédaignée et qu'elle avait haï pendant sa vie. Quand on sut que cette espérance devait être trompée, le dépit des Romains fut assez vif. Les cérémonies ordinaires ne furent pourtant pas interrompues, et rien ne fut changé à l'éliquette accoutumée. Constantin eut son apothéose comme ses prédécesseurs» Le sénat ne recula pas devant le ridicule de donner aux dieux pour collègue dans le ciel le souverain qui sur la terre avait détruit leurs autels. Il exprima en même temps le vœu que les fils de l'empereur fussent seuls appelés au rang d*Augustes. On ne sait si quelque nou-«
adoptée par Pagi, préférablement à celle de Tilleniont. Eus^be dit, en effet, que ce fut aussitôt après la mort de Constantin, que les soldats demandèrent que les fils de l'empereur seuls fussent Augustes; et tous les auteurs s'accordent à charger Ck)nstance seul do meurtre de fies parents, ce qui n'aurait pas eu lieu s'il avait auparavant, comme le suppose Tillemont, fait le partage de l'empire avec ses trois frères. — D'ailleurs, à Dalmaoe avait régné, même un jour, il. eût régné à Constantincple, puisqu'il avait la Thrace en partage; et comment ce fait serait-il demeuré sans mention dans l'histoire? — Voir dépendant les difficultés de texte que Tillemont oppose. Constance,^ notei*
velle des massacres de Constantinople était déjà parvenue aux sénateurs, ou s'ils devinaient seulement, avec l'in-
stinct de la servilité, le cours prochain qu'allait suivre la fortune. Quoi qu'il en soit, ce vœu était exaucé pai avance*.
Mais il fallait refaire le partage de l'empire, puisque les dispositions testamentaires de Constantin avaient été si violemment bouleversées. Pour procéder à cette division nouvelle, les trois empereurs se donnèrent rendez- . D. vous à Sirmium en Pannonie *. Ni Constantin , ni Constant, ne réclamèrent, comme on peut le présumer, contre des crimes dont ils n'étaient pas complices, mais dont ils ne dédaignaient pas de profiter. La dépouille des morts ne fut point partagée sans quelques difficultés. Il y a lieu de croire, d'après plusieurs indices, ou que la conférence de Sirmium se prolongea fort longtemps, ou qu'il y eut deux réunions de souverains différentes et successives dans le même lieu. La question la plus difficile à trancher paraît avoir été la possession de la Thrace, qui entraînait celle de Constantinople. Quelques expressions de la Chronique alexandrine et de Zosime feraient croire que Constantin le jeune y prétendit
1. Eus., vu, ConsL, iv, 69. — Aurèl. Vict., 42. — Eutr., x, 8 : atque inter diTOt meniit referri. Voir des médailles où CoDstantin est . représenté parmi les dieux. Dncaoge, Fam. Byz,, p. 23 et sniv. — U est difficile d'interpréter autrement que comme une des conséquences de Papottuéoee les tableaux qu'Eusèbe nous dit ayotr été faits à Rome après la mort de Constantin, et où cet empereur était représenté montaiit au ciel.
8. A. D. 838.— Indictio. xi.— U. G. 1091.— UrsusetPolemius.Goss.
ÀTHANA.SB A ROME. 13
en sa qualité d'ainé, et qu'il exerça même cette souveraineté pendant quelques mois. Mais c'était une province trop éloignée pour le monarque qui avait à régir les Gaules et à défendre la frontière du Rhin. Constantinople appartenait naturellement au maître de TOrient : ce fut, après quelques hésitations. Constance qui finit par l'avoir en partage, et il reçut par là le prix de sa criminelle audace et en même temps de Thabile modération dont il fit preuve dans ses relations avec ses frères. Constant s'agrandit en Illyrie et céda l'Afrique à Constantin^. Le monde se trouva ainsi partagé, au sein de la profonde indifférence des peuples, sans plus de formalités ni d'embarras que s*il se fût agi de la succession d'un bourgeois riche*
Au nombre des points que débattirent entre eux les royaux interlocuteurs, lesafiaires de l'Église, le schisme triomphant en Orient, i'exil d'Athanase, durent tenir une grande place. Ils avaient trop longtemps vécu auprès de leur père, et sous ses yeux, pour ne pas attacher à
1. Jul.^ Or. I, p. 33. — Cod, Theod.y Chron,, p. 88. — Cos., u, SB. — Chron, Alex,, p. 670. — Ces deux autears disent, l'un en propras termes, Tautre par une expression indirecte, mais tssez claire^ qoa Constantin régna à Constantinople : et, d'an autre côté , la suite des faits fera voir que Constance y fut maître, même avant la mort de son frère aine. La cession de TAfrique à Constantin par Constant résulte de la comparaison des deux lois du code Théodosien (Chron,, p. 39 et 40), où Ton voit successivement ces deux empereurs régner en Afrique. Ce sont aussi deux lois du code Théodosien, citées aux mêmes pages de la Chronologie, toutes deux datées de Pannonie presque à un an d'intervalle, qui font croire, ou que le séjour des princes en Pannonie se prolongea huit mois, ou qu'ils y revinrent deux fois.
14 ATHâNâSE a ROME.
tout ce qui touchait TÉglise chrétienne une extrême importance. Sur le fond même des questions, ils étaient tous à peu près dans une égale ignorance ; mais comme ils arrivaient des points opposés de Tempire, et que chacun d'eux avait subi l'influence de ceux qui l'entouraient, leurs impressions étaient fort différentes. Constance, qui n'était pas sorti d'Orient, et n'avait guère quitté la cour de son père, était tombé dès le premier jour sous l'empire presque exclusif d'Ëusèbe de Nicomédie et de son parti. Les historiens ecclésiastiques, Rufîn, Socrate, Théodoret, font aussi reparaître auprès de lui le même prèlre arien qu'ils ne nomment pas, et qui avait abusé des derniers moments de l'impératrice Constantia, et de l'émotion pieuse de son frère \ Il paraîtrait que ce prêtre était employé dans le palais aux missions les plus confldentielles, et qu'il jouissait surtout de Taffection des princesses et des dames de la cour. L'impératrice, femme de Constance, vivait entièrement sous sa direction. H n'était pas moins bien placé dans l'esprit d'un ordre de cour^tisans, trop illustre dans les annales de l'empire, que Constantin paraît avoir éloigné de sa faveur *, mais qui reprenait auprès de Constance un rôle depuis longtemps connu, de servilité et d'astuce. C'étaient les ennuques, ces victimes dévouées de l'immoralité des cours anciennes, toujours pressés de cacher leur humiliation
1. Voir première partie de cette histoire, t. u, p. 129 et suiv. 8. Lampridias dans l'histoire Auguste loue (^ODstantin de s'ôtra soustrait aa joug des eunuques. Gibbon, cb. xiz.
4THÀNASB A ROME. 15
SOUS réclat du pouvoir, et de tromper par Tactivité de rinlrigue l'oisiveté de leur vie. Le chambellan de Constance, Ëusèbe, était l'un de ces élres malheureux, et il avait tous les vices de sa condition. Il entra avec passion dans la carrière de machinations ecclésiastiques où se plaisaient les prélats ariens. U se fit ainsi tout naturellement, autour de Constance, un concert de récriminations contre les évêques orthodoxes. On les accusait de tous les maux de TÉglise; et comme le nouvel empereur ne pouvait porter à Toeuvre du concile de Nicée le même attachement que Constantin, qui se flattait d'y avoir concouru, on s'enhardissait jusqu'à accuser le symbole même de cette assemblée, et jusqu'à désigner de nouveau le fameux mot consubstantiel , comme Tinnovalion téméraire qui jetait le trouble dans les consciences *.
Constantin le jeune et Constant rapportaient d'Occident, où la foi de Nicée régnait sans contestation, des sentiments tout opposés. Le premier surtout venait de voir à Trêves l'illustre martyr de cette foi, proscrit à la fois et triomphant, opposant à la condamnation impériale et à Tenthousiasme populaire la même impassibilité chrétienne. Il n'avait point échappé à
i. Soc, II, 2. — Théod., II, 3. — Rufin, i, 11. — S. Athan., ad Sol., p. 813. — Nous avons expliqué dans le volume précédent (p. 875) pourquoi nous écartons Thisloiie d'un testament confié à ce prêtre arien par Constantin, puis livré par lui à Constance. Les dispositions testamentaires de Constantin étaient parfaitement connues, puisque le partage de rempire était consommé de son vivant.
16 ATHÂNÂSE A ROME.
l'ascendant du génie et de la sainteté. Aussi, pressé par Topinion de tous ceux qui Tenvironnaient , à peine avait-il été maître de ses actions qu'il en avait profité pour révoquer de sa propre autorité la sentence qui condamnait Athanase. Par un reste de précaution et de modestie, il avait seulement eu soin de se mettre encore /ci à couvert derrière le nom de son père, et de lui supposer des intentions qu'il savait probablement lui-même fort contraires à la réalité '.
c< Vous n'ignorez pas, avait-il écrit au peuple d'Alexandrie, qu' Athanase, l'interprète de notre adorable loi, a été envoyé dans les Gaules pour quelque temps, de crainte que l'inimitié de ses sanguinaires ennemis ne menaçât sa tête sacrée, et qu'il ne souffrit du crime de ces hommes vils quelque mal sans remède. Pour le dérober donc à la férocité de ces gueules ouvertes qui cherchaient à l'engloutir, on lui a ordonné de venir vivre sous ma loi ; et pendant qu'il a demeuré dans cette
î. Noos refusons encore ici d'admettre que Constantin eût vérita- Llement rappelé saint Athanase avant de mourir. — Sozomène ( m, 2), est le seul historien qui parle de ce rappel, et il se sert de ce mot : On dit : As-yeTai. — On ne peut rien tirer non plus, à Tappui de ce fait, de la lettre du jeune Constantin que nous allons citer, car elle est évidemment contraire en substance à la vérité. Constantin le jeune savait parfaitement que ce n'était point pour soustraire Athanase à la fureur de ses ennemis que son père l'avait banni. Les termes dont il se sert n'ont donc pour but que de ménager le respect filial, en révoquant la volonté paternelle. Saint Athanase, qui rapporte cette lettre, en aurait tiié un plus grand parti si elle avait contenu la preuve d'un changement dans les dispositions de Constantin. Il dit seulement que Conitantln le jeune se souvenait de ce que son père avait écrit : expression Irès-Tague, dont on ne peut rien conclure (S. Athan., àpol., p. 805 );
AtlIANASE A ROME* 17
ville, on a pourvu avec abondance à tout ce qui lui était nécessaire, quoique sa vertu si renommée, soutenue par le secours divin, se soit montrée assez forte pour supporter sans fléchir le fardeau de la mauvaise fortune. Mais comme notre père et seigneur Constantin, voulait rendre ce grand évêque à votre piété et le rétablir dans son siège, et qu'il a été prévenu par la mort avant d'exécuter ce dessein, j'ai pensé qu'il me convenait d'accomplir moi-même la résolution de ce prince de divine mémoire. Et quand vous verrez Athanase, vous apprendrez de lui le respect que je lui ai témoigné. Et il n'y a rien là qui doive vous surprendre, car la pensée de vos regrets et la vue d'un si giand homme ont poussé mon àme à cette conduite, Que la divine providence vous conserve *. )i
La lettre était datée de Trêves du 15 des calendes de juillet (17 juin), moins d'un mois par conséquent après la mort de Constantin. Athanase, cependant, n'avait pas fait usage sur-le-champ de cette permission. Il attendait probablement que tous les arrangements étant réglés entre les co-partageants du pouvoir, il fût sûr de l'accueil que Constance lui réservait *.
t. s. Aihan., loc. ciU
3. Cette date du 17 juia a fort embarrassé les érudits. Ils ne savcni à on doit la rapporter à l'année 337 ou à l'année 338. Si on met la lettre de Constantin en 337, on ne comprend pas pourquoi saint Atlianase ne rentra à Alexandrie que l'année suivante, ce qui ressort pourtant d'un t€xte de Théodoret (ii, 1 . Si on la met en 338, on tombe dans une autre difficulté. Saint Athanase dit en effet qu'il vit Constance à ion retour, à Viminac, en Mœsie (4po/., p. 676 ). Or, il y a des lois an nu \
En effet* malgré Topposition de leurs sentiments, les princes avaient trop d'affaires à régler et trop d'intérêt
à se ménager réciproquement, pour ne pas essayer de se mettre d'accord, au moins extérieurement , sur les affaires de TÉglise. On convint, par conséquent, de rappeler purement et simplement les évêques exilés» sans procéder à aucune représaille contre leurs persécuteurs, sauf à laisser les diverses églises se démêler comme elles pourraient dans ce balancement d'autorités rivales et ce conflit d'intérêts contraires. Le pouvoir civil, dans ses interventions maladroites, ne savait rien imaginer de mieux en faveur de l'Église, que de faire yivre, de force, la vérité avec l'erreur dans une confusion humiliante.
En même temps qu'Athanase, d'autres évêques exilés recouvrèrent donc leurs sièges. C'étaient Marcel d'Ancyre; Asclépas de Gaza; enfin Paul, "^lu à Constantinopie dans les derniers jours du règne de Constantin pour remplacer le vieil Alexandre, et qui avait partagé sa disgrâce ^ Mais, comme compensation, Eusèbe de Nico* médie recevait en ce même moment, de Constance, la plus haute marque défaveur. On lui confiait l'éducation des deux jeunes cousins de l'empereur, échap-
€oâfi, datées de cette viUe de Yiminac, et qui montrent que les empereurs y étaient réunis dès le 12 jain de cette année ( Cod, TheodU, Chron.f p. 38). Noos noas sommes décidé ponr Tannée 337^ en donnant nne expLication» qui nous semble satisfaisante, du retard d'Atha»* nase.
i. S. Atban., orf Soi., p. 813 et 814. — Pbilost, u, 18.
ATMAM ASE A BOMB» it
pésan raassaere de leurs parents. Le dernier, qui portait le nom de Julien, lui était allié par sa ^re Basiline.
Easèbe reçut ainsi la commission de faire oublier à ces (UnfBuaits le meurtre de leur père et le crime de leur parent \
Les partages faits, et la balance à peu près établie entre les intérêts opposés et les affections différentes de? trois jeunes princes, ils se séparèrent en assez bons ter« mes, sans inimitié vive, mais aussi sans affection, etcha* dm retourna à la conduite de ses propres affaires. Constance dut reprendre le commandement de la guerre coBlre les Perses, qui n'avaient pas désarmé, quoiqu'ils n'eussent pas profité de Tinterrègne autant qu*on aurait pn le craindre. Ses premières armes turent heureuses; les Perses reculèrent devant ks enseignes romaines; les Arméniens, un instant ébranlés dans leur vieille alliance avec Rome, renlièrenl promptemenidans la soumission; des tribus du désert, qui suivaient habituellement la destinée du plus fort, vinrent aussi en aide aui armes de TËmpire ^ ; le Tigre fut franchi sans obstacle k plusieurs reprises. Mais Constance prc^ta mal et se hâta trop de triompher de ces succès. Il aimait Tagitation des camps et non le péril des combats. Assez uitendu pour exercer des troupes , poar discipliMr les sol«lats barbares
I. Amm. Marc. , ixii^ 9. •» Ab Easebio educatos episcopo, quem génère longhis contiDgebat.
î. Jnl., Or,ip, 36-38. — Liban., Or. ui, p. 121; x, p. 309.— On n'ose guère se fier aux récits des succès de Gonstai^^, faits par cet dag paaàCTw>t« ^»* ^tewigmi ri. tagidaBBMU wté éirMlWM ib
et présider même à l'organisation de nouveaux corps, il craignait la responsabilité du champ de bataille. Son esprit indécis et cauteleiix reculait en tout genre devant les partis décidés et se plaisait dans les demi-mesures. Sous sa conduite, la guerre des Perses, au lieu de marcher à un prompt résultat, fut soutenue avec un mélange de ténacité et de mollesse qui entretint sur cette fron* tière de Tempire comme une fièvre continue. La tactique qu'il mit en œuvre dès la fin de 338, et qui ne se démentit guère pendant toute la durée de son règne, consistait à tenir les ennemis en échec sur la limite des provinces romaines, repoussant leurs attaques sans leur en porter aucune, évitant les engagements trop décisifs, et hasardant juste assez pour rapporter chaque hiver à Antioche les trophées qui pouvaient orner un triom* phe. Chaque année ramenait par conséquent les mêmes incidents presque sur les mêmes lieux, et c'est ainsi que les sièges deNisibe et de Singare, qui nous sont signalés comme les événements principaux de la première campagne, reparaissent trois ou quatre fois dans le cours de dix ans, à peu près avec les mêmes circonstances. Cette incertitude explique aussi pourquoi les divers historiens ont pu à peu près également, suivant leurs penchants, représenter les Romains comme habituellement vainqueurs où comme toujours vaincus dans cette longue guerre ; comment, par exemple, le même orateur Libanius peut dans deux discours différents et dans des termes également emphatiques; exalter tour à tour la gloire ou dépré-
ATHANASE A ROME. fl
cier la valeur de Constance ^ . L'hésitation de Constance maintenait à la guerre un caractère indécis qui permettait ces appréciations différentes. Toujours victorieux quand ils se lançaient en avant, les Romains, après chaque succès partiel, reculaient avec un empressement qui pouvait donner souvent h leur retraite l'apparence d'une fuite. Toujours vaincus dans les engagements sérieux, mais jamais découragés, les Perses reprenaient leur avantage par des attaques inattendues sur des villes sans défense ou par des actes de pillage dans les campagnes. Au fond, cependant, dans cet échange timide de représailles, c'était l'empire qui perdait le plus; il y laissait surtout son prestige, la plus grande de ses forces contre les attaques barbares. Des succès partiels étaient sans importance, mais la moindre défaite était fatale pour les armes réputées invincibles des Romains*.
Pendant que l'un des empereurs s'épuisait ainsi dans
ces luttes ingrates ', les deux autres s'engageaient dans
une rivalité déplorable. Autant entre les deux moitiés
X occidentale et orientale de l'empire le partage était na-
1. Gonf. Liban., Or. m, p. 121 ; x, p. 810; zu, p. 400. — Jul.^ loe. cit., et ad Athen., p. 498.
2. L'impression générale que nous donnent tons les écrivains, sans, qu'ils racontent aucnn grave échec, est pourtant que les guerres de Constance contre Sapor furent en somme malheureuses. — Amm. Marc., xn, 16^ dit de lui : In externis bellis hic princeps fuit saucius et afflictus.— Eutr., x, 10 : A Persis multa et gravia perpessus.— Soc. n, 25.
3. A. D. 339. — Indictio. x. — U. G. 1092. — Constantius n et Constans. Goss. — A. D. 340. — Indictio. xiv. — U. C. 1093. — Acyndinus et Proculus. Goss.
^ ATHANASS A BOMI.
tarel, conforme tut habitudes et aax inâtînets des popslations; autant en Occident, où toutes les nations marquées de la forte empreinte de Tunité romaine parlaient la même langue et étaient habituées à vivre de la même vie, toute division était arbitraire et difficile à maiîitenir» Il n*y avait pas de raison suffisante pour que le maître delà Gaule etderEspagne n'étendtt pas sa domination sur r Afrique et sur Titalie. Les points de contact toujours nombreux et les intérêts souvent croisés, faisaient éclater à tout instant entre les souverains de contrées si naturellement unies les rivalités et les conflits* On ne sait trop d'où partit rhostilité entre Constantin le jeune et son irère : elle naquit probablement de Timpatience d'ambitions trop rapprochées et trop souvent aux prises. Quoi qu'il en soit« dès le commencement de Tannée 340, à propos de quelques débats sur une délimitation de frontières, Constantin le jeune avait franchi les Alpes et s'était avancé jusqu'à Aquilée, dans la haute Italie. Il trouva ces provinces sans défenseur, leur souverain étant alors en Dacie,où il s'était porté pour se rapprocher de rOrient> sur la demande de Constance. Cette facilité inattendue fut précisément ce qui perdît le jeune vainqueur. Son ar- '' mée se répandit à l'aventure dans ces plaines fertiles de Lombardie qui semblaient lui être livrées sans contestation. Lorsque Constant, averti à temps, eut fait enfin partir quelques troupes pour s'opposer à cette invasion, elles trouvèrent l'armée de Constantin débandée et abandonnée au pillage. L'empereur lui-même tomba
àTHAHASB A BtIVl. . 2S
avec un petit nombre dliommes dans une embuscade, où il périt, percé de coups et écrasé sous les pieds des chevaux. Son corps fut précipité dans les eaux de la petite rivière d'Aise » d*où quelques serviteurs fidèles purent cependant le retirer*. « Ainsi, ajoute rhistorien Eutrope, la république fut réduite à deux empereurs. » C'était là désormais la division que commandait la nature des choses. L*empire avait deux tètes et parlait deux langues : il lui convenait d'avoir deux matlres, <* la division était si conforme à la nécessité que Constance n'insista pas pour prendre sa part dan*^, (a succession de son frère. Constant recueillit rO'^cident tout entier*.
Peu s'en fallait qu*îl n'y eût aussi dès lors deux "Églises. A la suite de la convention de Sirmium, Athanase était rentré dans son diocèse vers le milieu de Tannée 338. Il avait traversé en triomphe Constantinople d'abord, où révoque Paul, récemment rentré comme lui, l'avait ostensiblement reçu dans sa communion^ puis toute l'Asie Mineure et toute la Syrie. Par-
1. Eutr.,x, 9. — Soc, II, 5, 25. — Aurèl. Vict., de Cœs., 41; EpiU, 41. — Zon., ini, 5.— Zos., ii, 4!. — No»is n^empruntous aucun détail à un petit écrit d'un panégyriste, qui a passé longtemps pour l'oraison funèbre du jeune Constantin, et dont Gibbon,Tilleniont et M. A. Thierry se sont, suivant nous, trop servis. Le dernier éditeur de ce patit écrit nous paraît avoir prouvé jusqu'à Tévidence qu'il se rapporte à un autre Coustantin et à une date fostérieure {Anonymi Grœci oratio fw nebris in Constantinum. Friburgae, 1856).